Lifecast = Podcast 2.0 (et plus si affinité)

Connaissez-vous les lifecasts ? Mais si enfin, ces Web TV où il n’y a qu’un seul protagoniste : l’auteur qui se filme quasiment 24H/24H. C’est Justin Kan qui a été précurseur sur ce segment avec son site Justin.tv (dont j’avais déjà parlé dans un précédent billet sur la notion de sous-veillance).

Le site Justin.tv est maintenant devenu un portail sur lequel cohabitent plusieurs programmes. Mais il existe aussi d’autres services vous permettant de lancer votre propre lifecast : UStram.tv, BlogTV.com ou encore le récent Yahoo! Live.

YahooLive

 

Une évolution extrême du podcast

Nous pouvons considérer ces services de lifecast comme une évolution extrême des podcasts. L’objectif ultime du lifecasteur étant de filmer un maximum de son quotidien, idéalement la totalité (ça ne vous rappelle rien ?).

A priori il n’y a pas trop d’intérêt à se filmer en quasi-continu, sauf si vous avez la possibilité de fouiller dans les archives et de faire des rétrospective des meilleurs moments (des best-of). Et c’est là où ça coince : ces services ne sont visiblement pas encore structurés pour offrir une proposition de valeur suffisante. Comprenez par là qu’il manque à mon sens 3 outils essentiels :

  • Un moteur de recherche vidéo pertinent (l’équivalent d’un Blinkx ou d’un Google Video Search) ;
  • Un outil d’édition et de montage (l’équivalent de JumpCut ou de YouTube Remixer) ;
  • Un mécanisme d’exportation et de publication (un mini-lecteur à encapsuler dans les blogs, pages persos, réseaux sociaux…).

En intégrant ces outils, les services de lifecasting pourraient apportés une réelle valeur ajoutée. Exemple : un passionné de voyage qui ferait des résumés de ces étapes ou de ces rencontres. Le plus gros potentiel de ces services réside ainsi dans la sélection et la compilation d’instants de vie, c’est en quelque sorte la longue traîne de la téléréalité.

Quid du modèle économique ?

Ces services sont encore balbutiants mais l’on se pose déjà la question de savoir comment les rentabiliser, ou du moins de savoir comment les auteurs pourraient monétiser leur audience. Il existe plusieurs options :

  • La publicité contextualisée. Visiblement Google est en train de finaliser un algorithme qui permet d’extraire le sens d’une vidéo et de proposer une publicité ayant un rapport. Toute la difficulté pour ce type de service serait de parvenir à faire ça en temps réel et à synchroniser la pub avec le lifecast à un rythme régulier (toute les 5 minutes par exemple).
  • Les publicités incrustées. Dans la mesure où les sociétés de production arrivent à incruster des bannières dans des matchs de foot ou des produits dans certaines séries TV, pourquoi ne pas le faire dans un lifecast ? Idéalement le lifecasteur pourrait porter un t-shirt avec un carré vert où la publicité viendrait s’incruster. Il y a également la possibilité de faire des bannières en sur-impression (plus simple).
  • Le placement de produits. Ceci peut s’apparenter à du sponsoring mais avouez que ça serait quand même plus simple de mettre de la pub sur le t-shirt du lifecasteur (le transformant ainsi en homme -sandwich) plutôt que de s’embarquer dans des systèmes complexes d’incrustation de produits à la volée.
  • Les productions sur commande. Puisqu’il existe des billets sponsorisés, pourquoi pas des séquences sponsorisées ? Nous parlons ici d’un petit jingle de temps en temps comme on peut en entendre à la radio. Où alors ça peut être une opération plus ambitieuse lors de manifestations. Exemple la couverture du spring break par iJustine pour le compte d’American Eagle (cf. Du bonne usage de la vidéo pour faire de l’événementiel marchand).

Et Seesmic dans tout ça ?

Même si la nouvelle start-up de Loïc Lemeur peut vous sembler très proche de ce concept, il n’en est rien. Seesmic s’apparente plutôt à une solution de micro-blogging vidéo (quelques courtes séquences dans la journée) qui est plus adaptée à de la conversation collective en mode vidéo. La différence est subtile mais il ne me semble pas du tout pertinent de comparer Seesmic à Yahoo! Live. Deux services au positionnement et à la finalité complètement différente. Peut-être serait-il plus juste de comparer Seesmic à un forum en mode vidéo.

Conclusion : gros potentiel, mais grosses dérives potentielles

Force est de constater que le lifecast est encore une pratique extrême réservée à une minorité d’individus : entre le coût d’acquisition du matériel et le tournage des séquences, c’est un métier à plein temps !

Il y a de plus une forte dérive potentielle à prévoir, notamment quand à l’utilisation des lifecasts comme du contenus pornographiques payants (des sortes de peep-shows ouverts 24H/24H). Qui se souviens ainsi de JennyCam, une expérimentation très en avance sur son temps ?

Tout ça me laisse à penser que la clé du succès de ces services réside dans leur capacité à fournir des outils simples pour les utilisateurs, sinon ces derniers se contenteront de « picorer » ces services. Peut-être les terminaux mobiles sont-ils une solution aux problématiques logistiques : intégrer une application aux téléphones mobiles qui serviraient à capturer et à diffuser les séquences. Il existe déjà des services proposant cela (Flixavagon, QIK… voir à ce sujet le billet d’Eric) mais sans parvenir à apporter la même expérience utilisateur que les services leaders cités en début d’article.

Moralité : la compétition reste ouverte et chacun à ses chances…

Deviendrons-nous tous des médias potentiels ?

Je constate depuis un certain temps une montée en puissance des services d’agrégation du type SocialThing, Ziki, mEgo ou encore LiFE2Front. Dernier en date, FriendFeed qui est semble-t-il la nouvelle coqueluche de la Silicon Valley : FriendFeed Gets $5M, Launches to the Public.

Il faut dire qu’avec cette ribambelle de services « 2.0 » tout est prétexte à publication et partage : vos billets (via flux RSS), vos favoris (del.icio.us), vos photos (FlickR), vos diaporamas (Slideshare), vos achats (Shopalize), vos films loués (Netflix), vos chansons écoutées (Last.fm), vos humeurs (Facebook Feed & Status), vos moindres faits et gestes (Twitter)…

N’importe qui peut se prêter à ce petit jeu, mais il est tout de même préférable d’avoir un peu d’audience pour que ça devienne intéressant. Exemple : Loic Lemeur, l’homme public que l’on peut suivre au quotidien à l’aide de son blog, de son flux Twitter ou des ses podcast. Imaginez un peu ce que cela pourrait donner avec une version mobile de Seesmic

Petit à petit nous nous rapprochons de la notion de sousveillance pour laquelle il existe déjà des services comme Justin.tv, BlogTV ou encore le tout récent Yahoo! Live. Nouvelle forme d’expression ? Très certainement, car contrairement aux blogs où il faut publier pour exister, dans le cas de ces services de Lifecast l’exposition est passive et quasi-pervasive, du moins pour la partie publique de la vie des auteurs. D’ailleurs, produisent-ils réellement du contenu ? Vaste question…

Comment cette tendance va-t-elle évoluer ? Difficile à dire, d’autant plus avec Google qui a récemment racheté Jaiku. Essayez donc d’imaginer ce qu’ils pourraient faire en appuyant ce service sur leurs data-centers : une indexation en quasi-temps réel de notre quotidien, une sorte de back-up permanent de notre vie de tous les jours.

Finalement le concept de lifestream n’a jamais été autant d’actualité (lire à ce sujet ce blog : Lifestream Blog). Je m’étonne que les éditeurs de services en ligne n’ont pas encore étendu ce principe en proposant des variantes :

  • des lifestreams familliaux (regroupant les activités quotidiennes des différents membres de la famille) ;
  • des lifestreams locaux (regroupant le quotidien des habitants d’un même quartier) ;
  • des lifestreams verticaux (pour des groupes homogènes de passionnés ou de professionnels d’un même métier)…

Vous êtes libre de compléter cette liste dans les commentaires.

Où s’arretera le Software-as-a-Service ?

Vous connaissez le SaaS (Software-as-a-Service) ? Mais si enfin, c’est le nouveau nom pour ASP (Application Service Provider), les fournisseurs d’applications en ligne. Bref, c’est un créneau en pleine explosion, car avec la banalisation du haut-débit et des data-centers, héberger soi-même ses applications devient plus une contrainte qu’un avantage compétitif. Des services comme SalesForce ou les Amazon Web Services ouvrent ainsi la voie à de nombreuses innovations.

Dernière innovation en date : le Platform-as-a-Service, à savoir la possibilité de créer une application directement dans votre navigateur. Plus besoin de déployer des environnements de développement ou de pré-production / production, tout ce fait en ligne. C’est en tout cas la promesse de services comme Bungee Connect (cf. Bungee Launches PaaS for Building Web Apps in the Cloud) ou Heroku (cf. Heroku Lifts Ruby on Rails Development into the Cloud).

BungeeConnect.jpg

Toujours dans cette optique, d’autres services vous propose de prendre en charge vos bases de données, ils appellent ça le DaaS (Database-as-a-Service). Le principe est le même : tout se fait dans la fenêtre du navigateur, à l’image de services comme Blist (cf. Blist Prepares Easy Web-Based Database Application) ou LongJump (cf. LongJump: Database in the Cloud).

Difficile de suivre une actualité aussi chaude et surtout de se faire une idée sur ces services encore en finalisation. On en vient à se demander jusqu’où pourra aller la virtualisation des entreprises ? L’utopie de l’extraprise serait-elle en passe d’être viabilisée par ces nouvelles générations de fournisseurs de service ? Peut-être… A suivre…

LiFE2Front + Sprout = mEgo

Décidément, les services d’agrégation égo-sociale sont à la mode. « Agrégation ego-sociale » ? Mais oui enfin, les services qui vous permettent de centraliser les micro-contenus que vous publiez librement (photos, blog, micro-blog, signets…). Dans cette catégorie nous pouvons citer Jaiku, Ziki et surtout le très avant-gardiste LiFE2Front.

Mélanger ça avec un service de création de widget comme Sprout Builder et vous obtenez mEgo :

mEgo

 

Ce service vous permet donc de générer des cartouches personnalisables dans laquelle vous pouvez fourrer tout un tas de trucs (qui concernent vos goûts sociaux-culturels) et agréger des flux qui sont régulièrement mis à jour. Les widgets ainsi produites sont agrémentées de petits effets visuels plutôt sympas.

Un concept intéressant, à quand une version mobile ? (via Olivier)

Après les Rich Internet Applications, les Rich Internet Games ?

Les jeux en ligne seront la grosse tendance de l’année 2008. Mais qui dit « jeux en ligne« , dit « trouver des joueurs« . Et c’est là où ça coince car les éditeurs de plateformes sociales basées sur le jeux sont confrontés à un choix très complexe : développer un jeu qui tourne sur le bureau et l’associer à une plateforme sociale ; ou se limiter à la fenêtre du navigateur et miser sur la dynamique communautaire.

RIA + Jeux en ligne = Rich Internet Games

Donc si je résumé : sophistication vs. universalité. Et s’il existait une solution intermédiaire ? Une solution qui permettrait de faire tourner des jeux en ligne très sophistiqués dans la fenêtre du navigateur… et bien figurez-vous que c’est le pari que Unity3D tente de relever avec un concept proche du Rich Internet Game.

Unity3D

 

Mon raisonnement est le suivant : puisque le partage de musiques, de photos et de vidéos sont des créneaux saturés, il faut fournir un autre type de contenu aux internautes pour pouvoir acquérir des parts d’audience. Audience qui pourra par la suite être fidélisée puis monétisée.

Mais le problème est le suivant : il existe déjà des portails de mini-jeux en ligne (les fameux casual games) : Shockwave, Pogo, Cafe… Il va donc falloir apporter un bien meilleur gameplay aux internautes pour les recruter. C’est donc là que le Unity Web Player rentre en scène : un plug-in d’à peine 3Mo (quelques secondes de téléchargement) qui s’installe à chaud (sans avoir besoin de redémarrer votre navigateur). Ce plug-in est particulièrement intéressant car il propose un moteur de rendu 3D très satisfaisant et surtout un modèle physique d’un réalisme saisissant. Jugez plutôt avec cette petite vidéo d’une démonstration technique (Room of Shadows) où je m’amuse à tout casser dans ce salon :

Ce qui surprend dans cette vidéo c’est la qualité du rendu, le jeu des ombres et surtout le réalisme de ces chaises qui rebondissent et s’entrechoquent. En extrapolant, on est en droit de se dire que le potentiel de cette technologie est énorme, surtout si on la compare à d’autres réalisations qui n’exploitent « que » Flash comme UltraKillz (un jeux de tir en ligne).

Plus de réalisme pour les annonceurs

C’est avant tout dans une optique marchande que les implications de ces RIG (Rich Internet Games) sont les plus intéressantes :

Des produits et des environnements mieux restitués, à l’exemple de World Golf Tour :

WorldGolfTour

 

Il s’agit d’un jeu de golf entièrement en Flash qui utilise de vraies photos pour modéliser les parcours de golf (6 mois de travail pour un parcours à raison de plusieurs personnes). Le rendu est quasi photo-réaliste… tout comme le rendu des équipements et des fringues (à vendre) ainsi que des parcours (l’abonnement en ligne est pour bientôt).

Car c’est bien de cela dont il est question : de véritables catalogues 3D photo-réalistes sur lesquels les internautes passent des heures à jouer et à sociabiliser. Certains n’hésitent pas à décrire ce jeu comme le World of Warcraft des grands. Plus d’infos ici : Online Golf With Flash – Warning Highly Addictive.

Les Rich Internet Games permettent également de créer des univers plus riches au sein desquels les internautes seraient mieux disposés à « investir » de l’argent dans le look de leur avatar ou dans la déco de leur appartement. Appliquez donc ce principe à des pseudo-univers virtuels comme SmallWorld et vous démultipliez les dépenses moyennes par utilisateurs :

SmallWorld

 

Plus d’infos sur ce service ici : Smallworld: The coolest Flex application I’ve ever seen.

Est-ce du jeu ou du business ?

Les deux mon capitaine ! Encore une fois, n’allez pas vous imaginer que ces technologies et services ne sont là que pour vous distraire. Il est ici question de gros sous, de captation de part d’audience, de création de communautés en ligne, de monétisation de l’audience, de placement de produits…

Je maintiens ce que j’avais annoncé dans mes prédictions 2008 : le jeu en ligne sera le levier de croissance des prochaines années. Les Rich Internet Games sont une première piste à explorer, mais il existe d’autres filons quasi-vierges : Rich Desktop Games, User-Generated Games

Je ne peux que vous encourager à observer de près ce créneau et à vous préparer à un nouveau mode de communication et d’interaction avec les internautes (joueurs ?). A suivre…