Nous vivons une époque formidable (ou pas)

Ces derniers mois, j’ai passé beaucoup de temps à anticiper ce qui allait se passer après. Après l’avènement des smartphones et des chatbots, après la mise sur le marché des premiers casques de réalité virtuelle et enceintes connectées, après la généralisation des intelligences artificielles… Comme nous approchons de la fin de l’année et ses traditionnelles bilans et récapitulatifs, je vous propose de faire le point sur la place des outils et supports numériques dans notre quotidien.

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« Y’a deux ans je comprenais pas grand-chose, maintenant c’est pire » (Orelsan)

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression que nous avons franchi un cap dans notre rapport quotidien avec le web et les NTIC en général. En témoigne, cette sélection d’actualités et articles qui ont été publiés dans la semaine :

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Comme vous pouvez le constater, nous avons là un beau florilège d’actualité qui nous aurait fait réagir, ou à minima tiquer, il y a quelques années, mais qui passe quasi inaperçu maintenant. Comme si tout cela était normal, naturel, comme si nous étions devenus insensibles à toutes ces dérives. Car oui, vous pouvez l’interpréter comme vous voulez, mais il y a bien une dérive dans notre sur-utilisation des outils et supports numériques. À un point où j’en viens à me demander si la technologie nous facilite ou nous complique la vie au quotidien.

Certes, il y a du bon et du moins bon dans toutes ces nouvelles technologies et ces usages innovants, mais la question de savoir si le bilan est globalement positif ou négatif ne se pose pas dans la mesure où le numérique domine notre quotidien, il faut donc faire avec.

Des sentiments et comportements très ambivalents

Les consommateurs et citoyens entretiennent un rapport paradoxal avec le numérique : d’un côté ils veulent encadrer les usages, légiférer sur le droit à l’oubli et la confidentialité ; et de l’autre, ils passent leurs journées, soirées et vacances à s’afficher sur les médias sociaux et scotchent sur les services de messagerie mobile.

Trois études récentes illustrent bien l’ambivalence de leurs comportements :

  • L’étude de l’Institut ViaVoice sur les Français et leur rapport au numérique (Français et réseaux sociaux : le grand désenchantement ?), où l’on apprend que pour 2/3 des sondés les médias sociaux ne contribuent pas à renforcer la démocratie et pour 61% qu’ils ne renforcent pas le lien social (un sacré paradoxe !) ;
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  • L’étude Deloitte sur Les Français et la santé, qui nous montre que 78% des Français sont favorables au développement de dispositifs de suivi et de consultation à distance pour la médecine préventive, mais plus de 40% ne font pas confiance dans les nouveaux acteurs de la e-santé ;
  • Le dernier rapport d’Ericsson sur les 10 hot consumer trends, selon lequel 20% des sondés seraient favorables à l’idée de remplacer un dirigeant politique, un patron ou un manager par une intelligence artificielle, mais ont peur des potentielles destructions d’emplois.
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Je ne sais pas pour vous, mais je trouve ces chiffres particulièrement alarmants, et surtout symptomatiques d’une société qui subit la technologie. Le fond du problème est que le rythme d’innovation a largement dépassé la capacité d’assimilation du grand public. Du coup, on se retrouve avec des terminaux et supports numériques très largement déployés, mais pas du tout maitrisés (ex : la prolifération des fakes news qui ont visiblement influencées l’élection présidentielle US).

Peut-être est-il temps de ralentir le rythme de mise sur le marché de nouvelles technologies et/ou de nouveaux services numériques ? Loin de moi l’idée de vouloir jouer les censeurs, mais force est de constater que rajouter plus d’innovations ne va faire qu’empirer les choses. La question me semble de plus en plus légitime, surtout que les éditeurs ne s’encombrent pas de ces considérations et poussent pour une adoption à marche forcée de la réalité virtuelle, de la réalité augmentée, des intelligences artificielles, de la blockchain…

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Comprendre et maitriser la technologie, c’est réussir sa transformation digitale

Encore une fois, le but de cet article n’est pas d’endosser le rôle d’une quelconque forme d’autorité qui jugerait du bienfondé de la mise sur le marché de telle ou telle innovation (une sorte de CSA des NTIC), mais de nous questionner sur cette fuite en avant technologique. Cela fait vingt ans que je travaille dans le milieu du web, et je n’avais jamais ressenti une telle effervescence dans l’innovation.

Nous reprenons ici une réflexion que j’avais initiée il y a quelques mois à propos des dernières pratiques de programmatic buying : La publicité en ligne en pleine crise de croissance. Ma conclusion est la même : il nous faut reprendre le contrôle, car l’important n’est pas d’essayer de rattraper son retard, mais de comprendre après quoi on court et surtout pourquoi on court.

Conclusion : nous vivons une époque formidable, essayons de ne pas la gâcher avec des technologies et services numériques mal maitrisés qui peuvent au final abaisser notre productivité ou exposer nos données personnelles. Vous remarquerez que l’air de rien, c’est bien de transformation digitale dont je suis en train de parler : adopter de nouveaux usages, services et supports numériques, mais en ayant conscience de leurs limites et des dérives potentielles.

La transformation digitale implique nécessairement l’adoption de nouvelles technologies, mais elle se fait également sur le plan culturel (comprendre l’évolution des usages) et émotionnel (accepter les changements). Réussir une transformation digitale, c’est aider les uns et les autres à exploiter toutes ces nouveautés au quotidien, et ne laisser personne en retrait. Ceci est valable à la fois pour le plan personnel, mais surtout professionnel, car c’est bien là que la fracture numérique se creuse.

En synthèse : mettre l’effort sur l’éducation pour que l’innovation soit inclusive et non source de conflits entre les sachants (ou ceux qui pensent l’être) et les autres.

13 réflexions sur “Nous vivons une époque formidable (ou pas)

  1. Bonjour Frédérique,
    Je pense qu’on est à peu près de la même génération et je tire à peu près le même constat. Plus l’innovation numérique avance, moins nous semblons en être les maîtres. C’est vraiment quelque chose dont je me rends compte dans ma vie numérique au quotidien, à tel point que plus le temps passe, plus j’essaie de me dégager – difficilement – de ses entraves.

    Exemple simple : je n’utilise plus Google comme moteur de recherche. Non seulement, je refuse de continuer à être espionné en permanence, mais en plus, je trouve que Google est devenu un moteur orienté business. Il ne remplit plus sa fonction de base de données du Net, celle qui était à l’origine de sa création.

    Je plussoie également ton constat sur Facebook. C’est une catastrophe en terme d’informations. Les gens relaient n’importe quoi, ne lisent que les titres (ça a été prouvé) et surtout n’approuvent et ne partage que ce qui leur plait sans aucune réflexion (et même parmi des tas de gens très intelligents). Le problème n’est pas tant le manque de recul des gens, mais que Facebook soit considéré et utilisé comme un média, ce qu’il n’est absolument pas.

    Mais plus encore, je trouve que la technologie nous rend stupides. Nous ne sommes plus capables d’accomplir des tâches simples sans recourir à une machine. Or, je suis sûr que dans 80% des cas, les machines ne sont pas utiles.
    Encore un exemple simple : le correcteur orthographique de mon iPhone. Il est censé faire gagner du temps. Si c’est peut-être vrai, il me fait aussi gagner 200% d’énervement et me stresse, alors que je n’avais jamais eu ce problème auparavant. Résultat, j’ai fini par le désactiver. Je suis beaucoup moins énervé, il y a plus de fautes dans mes SMS et autres messages, mais je m’en porte beaucoup mieux.

    Dernier exemple. Je travaille beaucoup avec des équipes digitales dans des grosses sociétés. Il est devenu aberrant de voir à quel point celles-ci réclament des données et des outils de haute technologie pour pouvoir piloter leur activité. Or, une fois qu’elles possèdent ses outils, elles ne s’en servent pas ou n’utilisent que 5% de leurs capacité. Tout simplement parce qu’elles n’ont pas le temps de s’y former et de s’en servir. En revanche, leur retirer ces outils serait comme de retirer un hochet à un bébé. Elles sont carrément devenues accros à la technologie, alors qu’en réalité, selon moi, dans de nombreuses situations, elles pourraient s’en passer (le phénomène est proportionnellement croissant à la jeunesse des équipes).

    Je crois de plus en plus personnellement qu’il faudra apprendre aux nouvelles générations à se servir de la technologie avec discernement. Or, quand on voit à quoi ressemble une classe de l’enseignement supérieur où chaque élève surfe sur son ordinateur portable plutôt que d’écouter le prof, on est en droit de se demander si on en prend la bonne direction.

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  2. Bonjour Frédéric. Je viens de lire avec intérêt votre billet… alors intérêt a priori hein, parce que, à la lecture de l’article comment dire… je n’y trouve pas mon compte… accumulation de buzz word et blabla sur les thématiques du moment… et là, le paroxysme… je vous cite :

     » Le fond du problème est que le rythme d’innovation a largement dépassé la capacité d’assimilation du grand public. Du coup, on se retrouve avec des terminaux et supports numériques très largement déployés, mais pas du tout maitrisés (ex : la prolifération des fakes news qui ont visiblement influencées l’élection présidentielle US). »

    sur le fond, bof, ras, meme s’il me semble que vous enfoncez des portes ouvertes… mais au delà : en quoi les « fake news » ont elle un lien avec de l’innovation ? la propagande existe depuis la nuit des temps et aucune technologie n’a jamais été nécessaire pour se faire… et les plateformes sur lesquelles elles sont diffusées sont largement maîtrisées par leurs utilisateurs, c’est d’ailleurs cela même le fondement de la prolifération de ces « news » ne pensez vous pas ?

    enfin si je vous comprends bien, votre conclusion est de dire que pour que la transfo digital se fasse, dans de bonnes conditions, il faut mettre en place du change management… n’est-ce pas là encore une bien maigre analyse critique des enjeux techno/culturels de la transfo digitale ?

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    1. Merci pour le commentaire. Mes réponses en plusieurs points :
      – Les fake news (et leurs conséquences sur les élections) sont un exemple de dérives quand les nouveaux supports sont mal maitrisés. Ici, nous avons des dizaines de millions d’américains qui se sont laissés influencer par leur news feed avec des actus bidons qu’ils n’ont pas su détecter et qu’ils ont propagé. Donc non, ces plateformes ne sont pas du tout maitrisées par leurs utilisateurs (quel % de la population sait régler les paramètres de confidentialité de Facebook ou réinitialiser ses préférences personnelles ?)
      – En ce qui concerne la transfo digitale, j’ai publié un certain nombre d’articles tout au long de l’année sur le sujet, cet article est une énième façon d’aborder le sujet en mettant l’accent sur l’inclusion : faire de la pédagogie auprès de tous (tous les salariés d’une entreprise) plutôt que de laisser un petit groupe partir devant (ex : hackathon).

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  3. Il est essentiel que l’on puisse comprendre, accompagner, faire évoluer les comportements du consommateur, de l’homme, l’aider dans son l’évolution tout en gardant la conscience de son humanité, de son pouvoir de réflexion, de son libre arbitre avec un esprit critique et éthique nous sommes nombreux à penser cela, suivez mon blog http://bmondoulet.wixsite.com/blog-wchf le somment que nous montons, sur l’impact des technologies sur notre humanité, et le blog de jeremie Berrebi qui soulève des points fondamentaux : https://www.linkedin.com/pulse/eloge-de-la-d%C3%A9connexion-reprendre-le-contr%C3%B4le-son-temps-berrebi?trk=prof-post pour que nous restions avec notre espirt d’analyse, de libre arbitre , un esprit critique et que notre créativité et culture fassent que nous restions humain… !

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  4. Éduquer sur les outils numériques est vain si nos jeunes enfants ne maîtrisent ni la lecture ni les mathématiques. Commençons par le système d’éducation, le reste suivra.

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    1. L’un n’empêche pas l’autre, d’ailleurs l’algorithmie est au programme du collège depuis cette année. Au passage, savez-vous que c’est la semaine de l’apprentissage du code ? Véridique !

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  5. « Peut-être est-il temps de ralentir le rythme de mise sur le marché de nouvelles technologies et/ou de nouveaux services numériques ?  » Ceci est impossible et vous le savez aussi bien que toute personne bien informée. Chacun a le droit à la réussite désormais et nombreuses sont les startups qui proposent des services dits innovants même si cela ne profite pas nécessairement à tous. Chacun est libre, à grand coups de marketing ciblé, d’acheter l’outil qui lui semble bon. La diversité des offres ne fait que de croitre qu’on le veuille ou non car nous sommes tous en quête du futur et du nouvel outil parfait. De ceci naitra un jour des nouveaux produits phares tels qu’Apple ou Facebook mais de nouvelles vagues se broderont à leur tour recréant alors de nouvelles diversités et de nouveaux moyens de se perdre dans un océan de possibilités. Celui qui réussira le mieux sera toujours le mieux informé et celui qui connait les raisons du « pourquoi » il utilisera un outil plutôt qu’un autre et pour arriver à quelles fins.

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  6. À la lecture de cet article, je me pose la question suivante : commencerions-nous à être dépassés, nous les quarantenaires, pour trouver que ca va trop vite ? ;-)
    Il faudrait l’avis de quelqu’un de 25 ans…

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