Bilan de mes prédictions 2022

La fin d’année est proche et le cycle des bilans / prédictions se répète. 2022 a été une année particulièrement chargée en évènements majeurs : guerre en Ukraine, catastrophes climatiques, crise énergétique… Mais cette année a également été chargée pour l’économie numérique avec des répercussions qui vont bien au-delà du web. Pour vous la faire courte, après une crise de croissance et d’adolescence, internet rentre dans l’âge adulte et se confronte aux problèmes des adultes : guerre psychologique, désinformation, jeux de pouvoir, régulations, frasques de milliardaires mégalomanes…

Comme je le fais chaque année avec mon bilan des prédictions de l’année précédente, je vous propose une rétrospective de mes prédictions de l’année passée. Mais avant toute chose, parlons de ce qui s’est passé.

Si l’année a été particulièrement marquée par les faillites dans le milieu des cryptomonnaies (Terra, Celsius, FTX…), les rachats aux montants spectaculaires (ex : Elon Musk avec Twitter, Adobe avec Figma, Amazon avec MGM), nous pouvons identifier plusieurs tendances de fond survenues cette année :

  • L’essoufflement du concept de métavers. Comme à chaque fois, c’est le même scénario qui se produit : des promesses intenables, des attentes qui atteignent des sommets… et ça n’a pas raté pour le métavers dont tout le monde a fini par se lasser tant la déception est grande, il fallait s’y attendre. Nous assistons maintenant à des départs de collaborateurs-clés (John Carmack is leaving Meta). Soit, Rome ne s’est pas bâti en un jour, la route sera encore longue avant que la réalité virtuelle ou les univers synthétiques ne soient adoptés par le grand public…
  • La perte de confiance dans les cryptomonnaies. Comme pour le métavers, des promesses insensées ont été formulées pour la finance décentralisée. Nous mesurons maintenant l’ampleur des dégâts et nous rendons mieux compte de l’intérêt des institutions financières. Soit, bâtir un système économique et monétaire alternatif exige du temps et surtout un minimum de garde-fous. Un peu de régulation ne fera pas de mal au secteur (How a Series of Crypto Meltdowns Is Reshaping the Industry) et surtout ne remet pas en cause la volonté de s’éloigner des acteurs bancaires / financiers historiques.
  • La prise de conscience que les médias sociaux ne sont plus sociaux. Avec l’avènement des flux algorithmiques calqués sur le fonctionnement de TikTok et les décisions arbitraires d’u nouveau patron d’Elon Musk (Twitter Suspends Accounts of Half a Dozen Journalists et Twitter abruptly bans all links to Instagram, Mastodon, and other competitors), nous nous rendons compte que les médias sociaux ne sont plus réellement des lieux de partage et de discussion. Ce ne sont ni plus ni moins que des médias s’appuyant sur des contenus générés par la communauté (de la main-d’oeuvre gratuite). Social Media Is Dead. Soit, l’important est d’avoir un regard lucide sur nos sources d’information et supports de divertissement.

Intéressons-nous maintenant à mes prédictions 2022 et leur réalisation ou non.

La frontière entre jeux vidéo et TV/ciné s’estompe = 😁

J’avais prédit le retour des contenus transmédia pour pouvoir monétiser sur toujours plus d’écrans. Effectivement, il ne vous aura pas échappé que les médias traditionnels sont en perte de puissance (The “Oscar Movie” is Dying), tandis que les jeux vidéo intéressent une audience toujours plus large (2022 Game Awards breaks viewership, social engagement records). De ce fait, les budgets suivent l’audience. Aussi, nous assistons à une réorientation des investissements pour la création de jeux vidéo (Netflix has 55 more games in development) ou la reprise de franchises (Amazon to Publish the Next Tomb Raider Video Game). De nombreuses adaptations de jeux vidéo sortiront ainsi l’année prochaine (ex : The Last of Us, Gran Turismo… cf. 10 of the Biggest Video Game Adaptations Coming in 2023). Même les éditeurs les plus respectables commencent à s’aventurer sur d’autres médias pour pouvoir capter des sources de revenus complémentaires (Nintendo acquires animation studio that’ll become ‘Nintendo Pictures’).

Le métavers fera-t-il la jonction entre les jeux vidéos et la TV (How the metaverse is blurring the lines between TV, theater and gaming) ? J’en doute, car il y a un réel savoir-faire dans l’industrie du jeu vidéo qui a su conquérir une audience très large (notamment avec le portage de grosses franchises sur smartphone ainsi qu’avec les jeux hyper-casual). La balle est donc dans le camp des professionnels du jeu vidéo.

Montée en puissance des contenus synthétiques = 😁

Ma prédiction était que les acteurs ou célébrités commenceraient à vendre leur image ou voix sous forme de licence pour laisser les autres créer des contenus les mettant en scène. Oui c’est arrivé, mais pas tout à fait dans la légalité (‘Deepfakes’ of Celebrities Have Begun Appearing in Ads, With or Without Their Permission).

Sinon, 2022 a assurément été l’année de la révélation pour les modèles génératifs : A Coming-Out Party for Generative A.I., Silicon Valley’s New Craze. Que ce soit pour du texte, des images, de la vidéo ou de la musique, les « transformers » sont la nouvelle coqueluche des investisseurs et des médias (Les IA génératives annoncent une révolution dans les médias et la publicité) et viennent prendre le relai des méthodes d’apprentissage profond (Deep Learning Is Hitting a Wall).

La prochaine étape logique sera de réguler ce nouveau far-west numérique (comme c’est déjà le cas en Chine : China bans AI-generated media without watermarks), et l’étape suivante sera de nous rendre compte que toutes les promesses formulées ne pourront pas être tenues. Comme toujours…

Lancement de super apps financières en France = 😕

J’avais prédit le lancement et l’échec de projets de super apps par des banques françaises proposant l’accès à un bouquet de services bancaires, marchands et financiers (dont l’achat / revente de cryptos). L’année a été particulièrement secouée par un certain nombre de crises qui ont douché les espoirs des uns et des autres. Donc non, ça ne s’est pas produit en France. En revanche, les succès récents de super apps en Asie (Tata to open up super app Neu to outside brands et AirAsia’s super app roadmap sets up ride-hailing battle for Bangkok) relancent les ambitions des géants numériques : Microsoft Eyes ‘Super App’ to Break Apple and Google’s Hold on Mobile Search et Elon Musk Wants Twitter to Be WeChat-Style ‘Super App’ With Payments.

Sur ce créneau, je me dois également de mentionner les pseudo super apps financières comme Revolut et bien évidemment PayPal qui ne cachent pas leurs intentions et pourraient bien coiffer au poteau les BigTechs : Revolut Wants to Compete With PayPal and Apple at Online Checkouts et PayPal Working With Crypto Wallet MetaMask to Offer Easy Way to Buy Crypto.

Lancement de projets pilotes de monnaies numériques souveraines = 😁

Avec la folle ascension des cryptomonnaies, j’avais prédit le lancement en Europe et en France de projets pilotes de monnaies numériques souveraines. Il y a effectivement eu des annonces officielles, mais avec un horizon de réalisation à plusieurs années. Plutôt que d’annonces, je préfère parler d’évocation de projets en Europe et aux États-Unis : La monnaie numérique de banque centrale (MNBC) et l’intermédiation bancaire à l’ère numérique et Technical Possibilities for a U.S. Central Bank Digital Currency.

J’adorerais que les choses avancent un peu plus vite en France, comme ça a été le cas au Brésil (In Brazil, a Central Bank Payment App is More Popular Than Any Card), mais ils veulent visiblement bien faire les choses et se posent beaucoup de questions sur l’interopérabilité et les paiements au quotidien (La Banque de France se joint à la nouvelle expérimentation de l’euro numérique), ce qui est plutôt une bonne chose, car nous ne voulons pas revivre le faux départ de Monéo.

Généralisation d’offres groupées par abonnement = 😕

Avec la multiplication des offres par abonnement, j’avais prédit le lancement d’offres groupées multi-services et multi-supports dont potentiellement un abonnement chez Sony qui donnerait accès à l’ensemble de son catalogue (jeux vidéos, musique, séries et films). Visiblement, les opérateurs de ces services ne sont pas encore prêts à rentrer dans une logique d’offres groupées multi-marques, ils préfèrent réduire les prix avec de la publicité (Disney+ is introducing ads but its plans aren’t getting any cheaper) ou compléter leurs propres offres (How Streaming Services Are Bundling Like Cable Networks Used To). Il y a bien eu des tentatives, mais restreintes à certaines cibles, comme ici pour les étudiants.

Toujours est-il qu’il va falloir continuer à empiler les abonnements, notamment pour se réchauffer les fesses ou manger des pizzas (BMW starts selling heated seat subscriptions for $18 a month et 35 euros par mois pour manger tous les jours chez Del Arte).

Une recherche d’optimisation des coûts des services cloud = 😁

Avec l’accélération du basculement des applications dans le cloud, ma prédiction était que les entreprises chercheraient à optimiser leurs coûts en faisant jouer la concurrence. Ce n’est pas tant la recherche d’optimisation des coûts que la permacrise et la baisse globale de l’activité qui a forcé les entreprises à ralentir ce mouvement de bascule (Cloud Companies’ Outlook Cools as Customers Tighten Spending) ainsi que des considérations environnementales pour les opérateurs les plus conscients (Salesforce to expand Sustainability Cloud into full ESG reporting tool).

Rassurez-vous, le marché du cloud se porte toujours à merveille (Cloud : les géants de la tech se partagent le marché mondial), c’est simplement sa croissance effrénée qui est remise en compte par l’impératif de faire mieux avec moins.

Montée en puissance des plateformes d’expérience employé = 😕

Avec la prolifération des applications en ligne et solutions de collaboration, j’avais prédit un retour des portails d’entreprise qui agrègent l’ensemble des canaux de communication, des communautés, des applications et des référentiels métiers. Effectivement, la baisse de productivité reste un problème (Employees spend 89 days a year on wasted work), d’autant plus dans un contexte de travail hybride où l’on en vient à questionner la notion même de rendement (What is productivity? A new definition for a new era). Il est donc urgent de repenser l’environnement (numérique) de travail : Digital Workplace Technology Landscape. À ce sujet, j’avais de très gros espoirs pour des solutions intégrées comme Viva de Microsoft, mais il faut croire que son déploiement n’est pas si simple, car il y a encore de nombreux outils à refondre et à intégrer (Microsoft’s great OneNote merge begins with a single app in the Windows store et Microsoft Teams now has Solitaire and Minesweeper in a games for work push).

Ce sont donc logiquement les concurrents et les startups qui profitent de ce contre-temps : Zoom is coming for Microsoft’s territory with email and calendar services et Seeking to be hybrid work all-in-1 platform, Envoy acquires Worksphere.

Des influenceurs aux créateurs = 😁

Après la mise en place de règles publicitaires pour empêcher la monétisation de contenus complotistes / antivaxx et l’encadrement des pratiques de ciblage publicitaire pour les organisations politiques, j’avais prédit que les grandes plateformes sociales chercheraient à étendre l’auto-régulation en gelant les comptes d’influenceurs / arnaqueurs, laissant ainsi plus d’espace aux créateurs de contenus originaux. Il y a effectivement eu un durcissement de la régulation (Le gouvernement se penche sur l’encadrement des influenceurs) ainsi qu’une prise de conscience des dérives des pratiques d’influence (70% des influenceurs français affirment retoucher leurs photos et Le monde de l’influence à l’aube d’une transition) qui pousse les acteurs du secteur à se tourner vers de nouvelles têtes (l’ARPP dévoile les 150 créateurs certifiés « Influence responsable »). Au passage, chapeau bas à Booba pour avoir eu le courage de dénoncer tout haut ce que le monde pensait tout bas : Booba veut lutter contre les « influvoleurs » et voici ce qu’il propose.

Les « influenceurs » qui sont connus simplement parce qu’ils sont connus se font logiquement éclipser au profit des créateurs de contenus originaux. Cette correction du marché couplée à la possibilité de réduire la dépendance aux grandes plateformes sociales pousse maintenant les créateurs de contenu les plus talentueux (ou les plus extrémistes) à faire autrement : The New Creator Playbook: Jumpstarting Communities Through Tokens.

Une régulation toujours plus forte des activités numériques = 😁

Avec les dérives du Web3 et l’hégémonie des médias sociaux, j’avais prédit un renforcement des lois bancaires sur les cryptomonnaies et un encadrement des algorithmes d’affichage des flux d’actualité sur les plateformes sociales. Nous avons ainsi pu voir la finalisation ultra-rapide d’un projet de cadre juridique sur les cryptomonnaies (EU Finalizes Legal Text for Landmark Crypto Regulations Under MiCA), mais il n’y a pas de quoi pavoiser, ça leur pendait au nez.

En ce qui concerne l’encadrement des médias sociaux, il y a bien évidement le gendarme de la finance qui s’intéresse de très prêt aux malversations des « influenceurs crypto » (SEC says social media influencers used Twitter and Discord to manipulate stocks), mais il y a surtout un projet de loi qui a été voté puis dénoncé qui aurait pu complètement bouleverser le paysage des médias sociaux (A federal court clears the way for a Texas social media law). Ce qui est certain, c’est que l’âge d’or des médias sociaux est derrière nous : The Age of Social Media Is Ending.

Des amplitudes records dans les variations du cours des cryptomonnaies = 😁

Oui effectivement, avec l’effondrement du TerraUSD, les faillites de Celsius et FTX, ou l’abandon de projets majeurs (Maersk, IBM shutting down blockchain-enabled supply chain project). J’avais prédit de gros mouvements spéculatifs qui pousseraient les autorités à enquêter et mettre la pression sur les gros porteurs, mais le marché des cryptomonnaies a pris une énorme claque : la valorisation globale a été divisée par trois en 12 mois.

Dans ces conditions, il devient de plus en plus compliqué d’être optimiste. Heureusement, certains s’accrochent : A few of the things we’re excited about in crypto.

Lancement du vrai métavers de Facebook = 😕

Facebook avait annoncé des investissements records dans le métavers et une implication totale du groupe. Ma prédiction était que Meta allait lancer une version mobile dégradée de Horizon Worlds reposant sur Facebook Avatars et le graphe social de Facebook. S’ils ont effectivement livré une nouvelle version de leur masque de réalité virtuelle (The Meta Quest Pro is a cutting-edge headset looking for an audience), les ambitions du groupe ont été revues à la baisse avec l’annonce d’une version effectivement dégradée de leur plateforme virtuelle (Meta is working on a web version of its Horizon Worlds metaverse platform) et des chiffres de fréquentation très décevants (Company Documents Show Meta’s Flagship Metaverse Falling Short).

Ce à quoi nous avons droit, ce sont de nouveaux avatars dans WhatsApp et un nouvel éditeur de niveau dans leur FPS en réalité virtuelle : WhatsApp is adding official support for Meta’s Bitmoji-style avatars et Meta’s VR battle royale adds Fortnite-like level building tools.

Vous pouvez vous moquer, ou vous pouvez reconnaitre qu’ils se sont lancés dans un projet titanesque qui va demander de nombreuses années de dur labeur. Au moins, le patron de Facebook y croit fermement (Zuckerberg is all in on the metaverse whether you like it or not), ce qui est une très bonne chose, car il y a réellement d’immenses opportunités (Meta: Investing for An Exponential Future).

Les géants numériques se rachètent une image grâce à des projets d’envergure liés à l’environnement = 😖

L’environnement est un sujet de premier ordre. Ma prédiction était que les grands acteurs du numérique allaient lancer des initiatives d’envergure en ce domaine, notamment Tesla. La baisse généralisée des revenus publicitaires, la crise énergétique et la bataille commerciale avec la Chine ont eu raison des bonnes volontés des BigTechs (Tim Cook says Apple will use chips built in the U.S. at Arizona factory). Plutôt que des usines géantes de captation du CO2 dans l’atmosphère, nous avons eu droit à des licenciements en masse (Visualizing Tech Company Layoffs in 2022) et aux psychodrames liés au rachat de Twitter par Elon Musk.

Espérons qu’ils renouvelleront leurs ambitions l’année prochaine…

Le numérique devient un enjeu majeur de la campagne présidentielle (ou pas) = 😖

À une époque pas si lointaine, les cryptos étaient à la hausse et les projets d’organisations décentralisées étaient nombreux. Ma prédiction était qu’après le Piratpartiet en Suède ou le Piraten en Allemagne, une formation politique dissidente sous forme de DAO serait lancée. L’hypothèse a effectivement été évoquée (Decentralized parties: The future of on-chain governance et Could Politics be replaced by Decentralized Autonomous Organizations), mais aucun parti politique ou assimilé n’a franchi le pas, à part quelques projets éparses de pseudo nations souveraines reposant sur l’acquisition d’une île déserte.

Il faut croire que c’est un concept encore trop abstrait pour le grand public, sans parler de la blockchain…

Des IA « clés en main » toujours plus sophistiquées = 😁

Comme expliqué plus haut, les modèles génératifs bénéficient d’une très forte exposition médiatique. Ceci grâce à leur mise à disposition auprès du grand public. Tout est ainsi mis en oeuvre pour faciliter l’adoption des IA, notamment la partie matérielle (IBM announces system-on-chip AI hardware) ou logicielle (AI’s ‘Creativity-As-A-Service’ Is Here), ainsi que la commercialisation des créations (Adobe will sell AI-made stock images). Et pendant que les journalistes s’extasient sur les belles images générées par les IA, personne ne se soucient de comment ces modèles génératifs ont été entrainés, ni les suivants d’ailleurs…

Ma prédiction était que les investisseurs institutionnels allaient pratiquer une forme de surenchère pour acquérir des jeux de données sectorielles (automobile, alimentaire…) afin d’établir de nouvelles rentes de situation. Il suffit de regarder le montant astronomique déboursé par Oracle pour mettre la main sur cet acteur de niche de l’information de santé pour se convaincre qu’ils ont une petite idée derrière la tête (Oracle quietly closes $28B deal to buy electronic health records company Cerner).

Comme toujours, ce sont des sociétés dont absolument personne n’avait entendu parler, mais pour lesquelles il faut débourser près de 30 milliards de $ en pleine crise politique / énergétique. Il y a nécessairement une rente de situation cachée avec l’assurance de multiplier la somme par 2 ou 3 dans les prochaines années.

Hybridation des profils liés à la transformation digitale = 😖

Il y a encore quelques années, avant que l’on ne nous parle plus que de Web3 / métavers / IA génératives, la transformation digitale était un réel sujet de préoccupation : il ne fallait pas prendre de retard par rapport à la concurrence. Je pensais que cette préoccupation allait perdurer, voilà pourquoi j’avais prédit l’émergence de profils de type « business technologists », collaborateurs capables de réconcilier de façon opérationnelle les contraintes métier et les opportunités offertes par les outils numériques. Entre temps, nous nous sommes enfoncés dans la permacrise et dans la fuite en avant technologique. Ce qui est bien dommage, car si 81% des dirigeants de petites entreprises sont convaincus des avantages du numérique (Baromètre de la transformation numérique des TPE et PME), la transformation est lente à venir, très lente, trop lente. Le sujet est grave, car il en va de la compétitivité de notre économie et plus largement de notre souveraineté numérique. Ceci explique sans doute la création du volet numérique du Conseil National de la Refondation. L’idée étant d’accompagner les TPE / PME dans leur transformation numérique pour qu’elle se passe bien et ne soit pas subit (4 Types of Business Transformation).

Je déplore le fait que le sujet de la transformation digitale se soit fait éclipser, car je suis persuadé que c’est la clé du développement durable (cf. L’accélération de la transformation digitale dans un contexte de sobriété numérique). Plus généralement, je regrette le manque de prise de recul par rapport à un authentique changement d’époque que nous sommes en train de vivre (« Homo numericus. La “civilisation” qui vient » : la fin de dix mille ans d’histoire et le début d’une autre), mais que nous avons du mal à appréhender, car notre attention est focalisée sur le petit écran de nos smartphones. Pourtant les enjeux sont immenses (Les macro-tendances et grands enjeux qui vont façonner la civilisation numérique du 21e siècle).

Le no-code est le nouvel épouvantail des DSI = 😖

Il y a 15 ans, je vous parlais d’intranet wikifié, puis de systèmes d’information à la carte. Récemment, avec le virus, je me suis beaucoup passionné le no-code : les outils et pratiques qui permettent aux citoyens et collaborateurs de concevoir et développer eux-mêmes leurs applications numériques (Le no-code pour s’adapter plus vite dans un environnement post-COVID). La promesse est alléchante et les solutions particulièrement bien conçues, mais les collaborateurs sont visiblement incapables de s’extraire de leur statut d’utilisateur : ils préfèrent se plaindre plutôt que de prendre les choses en main. J’avais prédit un grand avenir au no-code avec des DSI mobilisées pour lutter contre la prolifération des applications « maison » et de conserver un minimum de maitrise.

Comme vous avez dû le comprendre, il n’en est rien. Pourtant, le besoin est là (The future of the web will need a different sort of software developer) et les solutions sont au point (Microsoft’s new Power Apps feature turns sketches into apps). À défaut de no-code, je pense néanmoins que les DSI vont devoir très rapidement se méfier de la prolifération des modèles génératifs dans les applications bureautiques ou métier (Canva targets business users with generative AI-powered tools et Google introduces new machine learning addon for Google Sheets) et des dérives que cela va engendrer.

Ceci clôture le bilan de mes prédictions 2021. Avec un taux de fiabilité de 50%, je pense avoir plutôt bien réussi l’exercice cette année. J’espère avoir autant de réussite pour mes prédictions 2023 qui seront publiées d’ici la fin de semaine.