Le no-code pour s’adapter plus vite dans un environnement post-COVID

Aviez-vous remarqué que « printemps » rime avec « déconfinement » ? Après 55 jours d’assignation à résidence, nous retrouvons enfin une partie de notre vie d’avant. Mais si de nombreux salariés sont retournés au travail et si nous n’avons plus besoins d’attestation pour sortir, notre quotidien reste tout de même très perturbé par le COVD. Ce qui est vrai pour les personnes l’est encore plus pour les entreprises : cette phase de déconfinement ouvre une longue période d’incertitude où la capacité d’adaptation sera le principal facteur-clé de survie. Dans ce contexte, l’agilité n’est pas un plus, c’est une nécessité : il faut réagir vite et développer sa capacité à faire évoluer les pratiques et outils numériques.

La date du 11 mai est dernière nous, nous avons donc officiellement achevé la troisième phase de la pandémie (atténuer les effets) et nous apprêtons à opérer un retour à la normale. Après la gestion de l’urgence sanitaire, l’objectif à court terme est maintenant de s’adapter à une nouvelle normalité où la seule constante est l’incertitude.

Si nous commençons à nettement mieux appréhender ce contexte provisoire, personne n’est néanmoins capable de dire combien de temps il va durer. Oubliez donc vos feuilles de route et cahiers des charges, le maitre-mot est l’agilité et plus particulièrement l’adaptabilité.

Réactivité et faculté d’adaptation pour stimuler la reprise de votre activité

Comme j’ai eu l’occasion de vous l’expliquer dans un précédent article (Le numérique comme moteur de votre Plan de Reprise d’Activité), la situation actuelle force les entreprises à improviser, car il y a encore énormément d’inconnu dans l’équation de la reprise. Or, les entreprises ont horreur de l’improvisation : tout n’est que processus et économie d’échelle. Soit, à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Il va donc falloir se faire violence pour espérer survivre jusqu’à la fin de l’année.

De par leur nature, les supports numériques sont parfaitement adaptés à cette contrainte de très forte volatilité du marché. Dans ce contexte, une application ou un tableau de bord doit prouver son utilité en moins de 3 mois. Difficile dans de telles conditions d’envisager une gestion de projet classique avec un découpage des responsabilités et un séquençage bien respecté (le fameux cycle en V).

Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de dire que cette approche de gestion de projet n’est pas bonne, simplement qu’elle n’est pas viable en période post-COVID.

Le problème de la gestion de projet dite « classique » est qu’elle implique de nombreux profils (concepteurs, designeurs, développeurs, testeurs, chefs de projet…) et fige le périmètre fonctionnel du projet. Voilà pourquoi cette approche n’est pas viable : car le contexte actuel complique considérablement la mobilisation d’une équipe entière et car il faut réagir vite (en quelques semaines) pour pouvoir ajuster le périmètre du projet en fonction des aléas du marché. Certes, le contexte du marché était également tendu l’année dernière (forçant déjà les entreprises à revoir leurs méthodes de travail : Du growth hacking au growth marketing), mais là, c’est encore pire !

C’est bien simple, tout ce que l’on considérait comme potentiellement valable dans un futur proche est maintenant une nécessité : Agilité et servicisation sont les ingrédients du marketing du futur.

La reprise pour les entreprises va donc principalement consister en une réorganisation pour raccourcir les circuits de décision et donner un maximum d’autonomie aux équipes : il va falloir accepter, voir encourager, le bricolage à tous les niveaux, car l’important est de relancer l’activité au plus vite, pas de concevoir un modèle d’entreprise qui sera amené à durer des décennies (From surviving to thriving: Reimagining the post-COVID-19 return).

Le DTC pour se substituer aux distributeurs physiques

Avec le déconfinement, les commerces sont à nouveau autorisés à ouvrir, mais selon des règles très contraignantes d’occupation de l’espace et de désinfection systématique des surfaces et produits. Certes, ces règles sont indispensables pour éviter une nouvelle vague de contamination non-maitrisée, mais vous conviendrez qu’elles rendent les points de vente physiques quasiment impossibles à rentabiliser. C’est fort regrettable pour les distributeurs, mais cela ne doit pas empêcher les marques et producteurs de trouver des solutions alternatives.

Puisque les règles du commerce et de la distribution sont irrémédiablement bouleversées (commandes prises par téléphone et livraison à domicile dans la journée), il faut s’adapter au plus vite et monter dans l’urgence de nouveaux canaux de distribution. C’est le cas pour de nombreuses marques qui tentent de mettre en place en urgence des projets Direct to Consumers (DTC). Pour se faire, elles peuvent s’appuyer sur des plateformes de vente en ligne clé-en-main, ou tenter l’aventure elles-mêmes pour préserver leurs marges. C’est notamment le cas de PepsiCo qui a racheté de noms de domaines à prix d’or pour se lancer dans la vente en direct : Buy your quarantine snacks directly from PepsiCo’s new websites.

L’exemple de PantryShop est très intéressant, car nous avons ici un grand groupe alimentaire qui innove à la fois dans sa distribution (vente en ligne) et son offre (packages individuels ou familiaux), le tout en un temps record avec une approche qui sent bon le pragmatisme. Un exemple assurément à suivre, aussi bien pour les grands groupes internationaux, les marques nationales ou les artisans / commerçants. Idem pour de nombreux éditeurs qui basculent sur un modèle à l’abonnement pour compenser l’effondrement des recettes publicitaires (Publishers see DTC services as bright spots in a bleak ad landscape).

Lancer son activité de commerce en ligne alors que l’on fait de la vente indirecte depuis des décennies est assurément une opération complexe, mais le volet informatique peut maintenant être réduit au strict minimum.

No-code = DiY IT 4 n00bs

Mettre en oeuvre rapidement une nouvelle activité nécessitant un outil informatique, sans avoir à mobiliser les équipes informatiques… voilà une promesse particulièrement alléchante, surtout en cette période de crise sanitaire. Pour ce faire, les entreprises et organisations ont à leur disposition de nombreux outils dits « no-code » pour pouvoir lancer un site web, une application mobile ou même un tableau de bord sans avoir à coder.

Le no-code n’est ainsi pas une technologie, mais plutôt une philosophie : redonner de l’autonomie à ceux qui veulent faire des choses. Pour bien comprendre l’intérêt du no-code, revenons 15 ans en arrière avec l’explosion des blogs : auparavant, pour publier des choses en ligne, il fallait un minimum de compétences informatiques pour pouvoir créer son site web. Les blogs ont démocratisé la publication en proposant aux néophytes des outils de publication simplifiés. Idem pour la vague de solutions e-commerce comme Prestashop ou Shopify : elles permettent de vendre en ligne sans (quasiment) avoir à taper une seule ligne de code.

L’idée est maintenant d’appliquer ce principe au monde de l’entreprise : fournir aux différentes équipes métier les outils leur permettant de créer leurs propres outils informatiques / numériques. L’ancêtre de cette tendance est assurément le défunt Yahoo Pipes. J’en parlais déjà il y a quelques années : Le mythe du système d’information à la carte se précise.

Tout comme les outils de RAD à l’époque (Rapid Application Development), les outils no-code viennent combler l’écart entre les besoins et les faibles capacités de production des équipes informatiques. Si l’on pouvait légitimement être sceptique il y a quelques années (No code, low code : mythes et réalités), la situation est aujourd’hui différente, car il y a eu de gros progrès, et car l’offre est maintenant parfaitement mûre (No-code/low-code : les trois bonnes raisons de s’y mettre).

Cette nouvelle génération de plateformes dites APaaS (Application Platform as a Service) permet à tout un chacun de rapidement concevoir une application et de la mettre en ligne. Une capacité qui se révèle particulièrement utile en situation de crise : How A Man With No Coding Experience Built An App That’s Bringing Solar Power To Yemen.

Outre ces très belles histoires comme seuls les américains savent en publier, il y a derrière le no-code un gigantesque marché pour les entreprises qui sont soumises à la même tension : d’un côté des besoins qui augmentent de façon exponentielle, et de l’autre des équipes informatiques qui sont sur-chargées. Il en résulte un marché dans lequel les grands acteurs du numérique se sont engouffrés : Microsoft, SalesForce, Zoho, Google et cie (Google acquires AppSheet to bring no-code development to Google Cloud).

Aujourd’hui, il existe des plateformes no-code pour faire tout et n’importe quoi : site web, boutique en ligne, application mobile, chatbot, assistant vocal, jeu vidéo, IA…il existe même un site pour toutes les référencer : No-coders.fr.

Les nombreuses incertitudes qui accompagnent la période de déconfinement qui s’ouvre est un contexte particulièrement favorable à l’adoption rapide de ces solutions : With so much remote work, the time is ripe for low-code and no-code software development. D’ailleurs, nous commençons déjà à voir fleurir les premières success stories relative au COVID : KPMG launches Mortgage Forbearance app using no-code platform Unqork.

Des compromis difficiles à accepter en période normale, mais largement tolérables en période de forte instabilité

N’allez pas penser que ces solutions no-code offrent tous les avantages sans les inconvénients, car oui, il y a de gros compromis à faire : sacrifier la performance et la richesse fonctionnelle pour gagner en agilité et rapidité. Autant en période normale, les plateformes no-code étaient surtout utilisées pour faire des prototypes ou MVP ; autant elles se révèlent parfaitement adaptées à cette phase de déconfinement où nous perdons tous nos repères.

Pour faire simple : dans la mesure où nous ne sommes plus sûrs de rien, pour progresser, il faut avancer à tâtons. Les plateformes no-code sont donc idéales pour tester l’appétence du marché pour une offre (boutique en ligne), un service (application mobile) ou tester un outil d’aide à la décision (tableau de bord).

Les plateformes no-code internes sont ainsi parfaites pour s’essayer à l’automatisation d’un certain nombre de tâches auparavant réalisées à la main ou pour mettre en place des outils de collecte, enrichissement ou diffusion de l’information dans des ordres de coûts et délais réduits.

Je me doute que l’évocation des plateformes no-code vont hérisser les poils du cou de nombreux DSI ou développeurs, mais dans l’immédiat, c’est exactement ce dont nous avons besoin pour bien aborder cette période de reprise : donner de l’autonomie à celles et ceux qui veulent / doivent opérer des changements radicaux (organisation, offre, parcours client…).

Ceci étant dit, je me dois de préciser que la promesse du no-code n’est transformée que dans le cadre d’une organisation où les équipes peuvent travailler en autonomie : Si vous conservez les mêmes circuits de décision (type Command & Control), l’intérêt est tout de suite amoindri. Ceci relance alors le débat sur les pratiques agiles dans les entreprises traditionnelles (Mythes et réalités de l’entreprise agile).

En conclusion, je répète ce qui est écrit plus haut : à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Survivre en cette période post-COVID nécessitera des changements en profondeur de l’organisation (plus d’autonomie pour les équipes) et des façons de travailler (observer > tester > optimiser) pour pouvoir maximiser la capacité d’adaptation. Il existe des outils pour soutenir une telle démarche, encore faudra-t-il adopter la bonne mentalité (autonomisation des équipes).

MàJ (25/06/2020) : C’est maintenant au tour d’Amazon de se lancer sur le créneau avec Honeycode, une offre très intéressante qui intègre une gestion simplifiée de la donnée, une interface de création d’applications web/mobile et même une logique d’automation : AWS launches Amazon Honeycode, a no-code mobile and web app builder.

Vous noterez dans la description des fonctionnalités que leur approche se positionne en concurrence directe avec les solutions de gestion de projet et d’auto-organisation citées plus haut.

Un commentaire sur “Le no-code pour s’adapter plus vite dans un environnement post-COVID

  1. Super article Fred. Très clair et instructif. Je suis sûr que le no code ne va faire que progresser dans les prochaines années et qu’il va prendre toute sa place au sein des entreprises et auprès de bon nombre d’entrepreneurs. Je pense que le mouvement « no code » va être amené à durer et qu’il ne va pas seulement se cantonner à la sortie de crise actuelle. Pour apporter un petit complément, j’ai écris un article qui complète tes propos si ça t’intéresse : https://nocodestation.com/revolution-no-code/

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