Mes réflexions sur Silverlight 3 et la stratégie RIA de Microsoft

L’édition 2009 du MIX s’achève et comme à chaque fois, Microsoft nous a régalé avec de nombreuses annonces. Oublions le faste et les paillettes de Las Vegas pour prendre du recul et analyser à froid (tiède ?) la teneur de ce qui a été annoncé.

mix09_canyon_1.jpg
Adieu Las Veags et le Grand Canyon

Silverlight 3 et IE8

Annoncé il y a moins de trois ans, Silverlight en est déjà à sa troisième version. Une version par an c’est beaucoup, c’est même énorme pour un acteur de la taille de Microsoft. La preuve qu’ils mettent les bouchées double pour rattraper leur retard sur Flash et s’imposer sur un créneau où Adobe a beaucoup de mal à s’implanter : les RIA d’entreprise. Car ce sont bien les entreprises qui sont la cible principale de Microsoft, tout est fait pour capitaliser sur le framework .Net sur lequel Microsoft a énormément investi (temps et argent).

Le grand public n’est pas en reste avec un focus sur le streaming vidéo et la HD. Petit à petit Microsoft est en train de faire mûrir son offre et sa légitimité avec des partenariats industriels (notamment Akamai) et des partenaires média (NBC, France Television…). Cette approche verticalisée me fait penser à celle d’Apple et QuickTime qui s’est imposé sur la niche des bandes annonces. Sur ce créneau, les ambitions sont clairement affichées : concurrencer le marché des DVD avec de la VOD de qualité et les services qui vont avec. Les disques Blu-ray sont-ils également menacés ? Pourquoi pas, c’est juste une question de débit.

Concernant IE8, il n‘y a pas grand chose à dire : ils sont complètement largés face à une concurrence acharnée de la part de Mozilla (Firefox), Google (Chrome), Apple (Safari) et même Opera. Mon analyse : à quoi bon se battre pour conserver les parts de marché des navigateurs alors qu’ils peuvent noyauter les concurrents avec Silverlight ?

Expression

Débarqué récemment sur un terrain où on ne les attendait pas du tout, Microsoft continue de capitaliser sur la suite Expression qui adresse trois populations distinctes : les designers avec Design, les intégrateurs avec Web et les animateurs avec Blend (désolé pour ce terme barbare mais je n’ai rein trouvé de mieux). Avec SketchFlow il adresse une nouvelle cible (les concepteurs) qui jusque là avait été largement délaissée (laissant quelques miettes à des acteurs de niche comme Axure).

Intégrer un quatrième profil est donc une très bonne chose car ils remontent ainsi encore plus haut dans la chaine de création et peuvent à terme lancer un quatrième produit (qui pourrait potentiellement s’appeler « Flow« ).

Restera alors une cinquième population à cibler (les chefs de projet) qui seraient ravi d’avoir entre les mains un outil de pilotage du projet et de collaboration (avec les équipes internes / externes, le client…). Pourquoi pas une offre hébergée à la Basecamp ? Cela collerait tout à fiat avec la philosophie S+S chère à Ray Ozzie.

Un effort considérable est également réalisé pour développer l’écosystème SL et pour mobiliser une communauté de développeurs (une extension de MSDN ?). Macromedia disposait d’un écosystème incroyablement dense qu’Adobe n’a pas su conserver (changement de marque et de cible). Il y a donc des places à prendre pour convaincre une communauté que la complexité de la gamme Adobe peut rendre sceptique (Photoshop vs. Illustrator vs. Fireworks, Flash Pro vs. Flex Builder…). Sur ce point précis, Microsoft n’a pas a gérer la complexité de l’héritage de nombreux produits.

J’attends donc avec impatience la réponse d’Adobe avec le futur Flash 11 et surtout avec l’évolution de Flash Catalyst, et je vous donne rendez-vous l’année prochaine pour découvrir Silverlight 4 !

12 commentaires sur “Mes réflexions sur Silverlight 3 et la stratégie RIA de Microsoft

  1. @Macromedia disposait d’un écosystème incroyablement dense qu’Adobe n’a pas su conserver (changement de marque et de cible).

    Pas su conserve ? Peut-on affirmer cela ? On parle quand même du adobe exchange, du adobe labs, de son developpers network, ainsi que de son bug tracker et de la partie open source de flex. Pour peu qu’on soit développeur, y’a pas de quoi être malheureux avec adobe. Surtout avec leur écoute de leur clientèle (CF: l’affaire du préfixe FX dans gumbo a.k.a flex 4).

    @Débarqué récemment sur un terrain où on ne les attendait pas du tout, Microsoft continue de capitaliser sur la suite Expression qui adresse trois populations distinctes : les designers avec Design, les intégrateurs avec Web et les animateurs avec Blend

    A mon sens la concurrence va être très rude, le monopole chez adobe ça signifie 100% des part du marché (avec photoshop par exemple), et il va être dur de toucher le public des designer. Ce n’est pas le même problème que chez les concepteur et chef de projet dont les outils reste encore loin de ce qu’il devrait être.

  2. @ Jun > Avec la complexification de Flash et la nouvelle politique de gamme d’Adobe (effort considérable déployé pour séduire les développeurs), la cible d’origine de Macromedia (les flasheurs) est complètement diluée. J’ai par exemple croisé très très peu de designeurs interactifs aux 2 dernières éditions de MAX.

    Photoshop approche peut-être des 100% de parts de marché (à confirmer) mais est-ce le bon outil pour autant ? (dans « Photoshop » il y a « photo ») N’est-il pas abérrant que la profession (agences, écoles, annonceurs…) utilise un logiciel de retouche de photo pour concevoir des sites web ? Fireworks est un outil bien mieux conçu pour concevoir des interfaces web mais il cohabite plutôt mal avec les deux poids lourds Photoshop et Illustrator.

    /Fred

  3. Merci pour cet état des lieux du monde M$ !

    Je n’ai pas d’expertise pour le monde de l’entreprise (% ASP/Net/Visual Basic vs Java). Mais il semble évident que Microsoft a les moyens $$ de convaincre de grands groupes de choisir leurs technologies, et de convaincre les écoles d’informatique à enseigner les technologies .Net. Même si Flex est sans doute le java qui a réussi.

    En ce qui concerne le grand public (= le web), il me semble que c’est la vidéo qui fait qu’aujourd’hui flash a pu s’imposer et retourner de nombreux détracteurs (malgré les bannières, les jeux flash idiots, les intros qui n’en finissent plus).

    Si Microsoft impose son plug-in via les mises à jour de ses différents OS (XP, Vista, 7), cela va devenir très difficile pour Adobe de faire les malins avec leurs 98% de pénétration, et leur avantage compétitif sera très faible.

    A mon avis, l’avenir de Flash dépendra beaucoup des partenariats avec des plateformes issues du web et tournés vers les utilisateurs/créateurs de contenu (Google avec Androïd et YouTube, Apple).

    Une chance pour Adobe : c’est pas des copains à M$… Mais c’est pas gagné, car c’est un peu dangereux de compter sur des gros poissons pour se sauver d’un autre gros poisson !

  4. Je me demande si les concepteurs web (ou tous ceux qui « font office de » et ont appris sur le tas, faute d’avoir reçu une formation initiale spécifique) sont prêts à abandonner les bricolages perso sur des logiciels peu adaptés à la base, mais qu’ils maîtrisent suffisamment pour les détourner.

    Axure a tenté le coup, mais faute de notoriété à la fois chez les concepteurs et auprès de ceux qui achètent les licenses en entreprises, je n’ai pas l’impression que ce logiciel arrive à faire sa place. Dans les agences de com tout du moins.

    Microsoft peut-il compter sur le pack Expression comme cheval de Troie pour au moins mettre ces outils à disposition ? En supposant que Silverlight se répande suffisamment pour devenir incontournable, et que les concepteurs démontrent une véritable envie de changement.

  5. Effectivement beaucoup de Flasheurs se sentent abandonnés par Adobe qui semble déployer trop d’efforts pour séduire les développeurs au détriment de leurs utilisateurs historiques. Il y a fort à parier que Microsoft gagne la bataille des développeurs mais qu’Adobe se reconcentre sur son cœur de métier.

  6. @ ariel sommeria > Non hônetement il y a très peu de chances pour qu’Adobe abandonne face à MS, ils ont trop investis pour se retirer. Par contre le maintient de leur politique de séduction vis à vis des développeurs doit se faire de paire avec un renouveau du discours (et de la gamme) vis à vis des populations créa / designeurs interactifs.

    /Fred

  7. Le gros avantage de Microsoft sur ce coup-là, c’est qu’ils proposent leur Silverlight gratuitement avec un environnement de développement qui peut lui-aussi être gratuit pour les versions allégées.
    Tout cela devient donc accessible au plus grand nombre, contrairement à Adobe qui fait payer très cher sa suite logicielle et qui ne peut donc pas attirer le débutant ou l’étudiant.
    J’ai eu l’occasion de tester Silverlight 2 et quand on voit son intégration avec le reste de la suite de développement, on ne peut qu’être impressionné.
    Je reste déçu en revanche du JavaFX qui ne pourra vraisemblablement jamais devenir un concurrent de MS.

  8. Merci pour l’insight sur Silverlight. Je cherchais depuis longtemps une logique pour comprendre ce que Microsoft faisait dans la chaîne.

    En streaming, Radio-Canada, ici, utilise Silverlight depuis presqu’un an déjà (et non sans cris ou gloussements dans la blogosphère locale) pour toute diffusion web.

    Ça ne reste pas sans douleur (Radio-Canada est une firme d’État et de savoir notre patrimoine visuel encodé dans un format propriétaire étranger n’est pas sans provoquer une réaction) surtout pour des raisons de plugins à télécharger ou à mettre à jour constamment. On n’est plus habitué à se faire « popper » une fenêtre de mise à jour comme aux temps héroïques du début des années 90.

    Ce que je retiens, et corrige moi si j’extrapole trop, Silverlight devra son succès davantage à cause de la force de vente de Microsoft que pour les qualités intrinsèques du produit.

    Merci encore du compte rendu.

  9. Euh… je fais du Flash sur Mac depuis un moment.
    Silverlight sur Mac, c’est que pour les neuneux de graphistes…
    grave erreur.
    Tant qu’il n’y aura pas de suite de dev sous osx. Je ne ferais pas de silverlight… n’en déplaise à MS.
    Là oui je suis captif.
    je n’installerai pas winmoche sur mon portable pour faire du dev.

    Quand a Adobe et Flash… regardez les nouveautés orientées designer (cinématique inverse, pseuso 3D…).
    Est-ce que c’est pas un peu trop tard.
    C’est fini me semble-t-il de faire bouger des mickey en Flash. seraitce en 3D ou avec un vrai outil d’anim (à confirmer)
    On génère l’anim tout en code… et sinon ce sont des vidéos… plus des anims en Flash.

    Le gros bizzness se fera à mon sens sur la VOD en HD.
    Et pourquoi Apple veut pas de Flash sur son téléphone ?
    Peut-être que ça mettrait à plat son emprise sur le business juteux de l’ITMS (musique et vidéo et HD) et son super accord avec youTube pour des videos « HQ » en mp4, pas en Flash.
    Et que dire encore du Adobe Media Player, fourni avec la suite CS4?
    Tout le monde se bouscule au portillon…
    Il nous reste que l’embarras..
    Comme formateur, je commence à douter de l’accessibilité de Flash à de jeunes graphistes qui voudraient se lancer dans le code.
    C’est devenu trop complexe come approche du code.
    Flash était un outil pour graphiste avec de l’interactivité accessible à des non développeurs.
    c’en est bien fini depuis l’AS3. l’as2 sous couvert d’homogénéisation du code, en a foutu un coup aux néophites.

    Flash et les RIA d’entreprise….
    ah zut, j’ai vomi sur les chaussures d’adobe… c’est l’émotion sans doute.

  10. @ mrbbp > Merci pour ce commentaire, mes compléments :
    – Oui, pour que Silverlight monte en puissance il lui faudra impérativement un environnement de dev sous Mac (Eclipse est-elle la bonne option ?) ;
    – La bataille de la 3D me semble perdue d’avance pour Flash et SL face à des plug-in qui ne font que ça comme Unity3D ;
    – Oui la VOD HD est un très gros business et MS mise dessus car c’est complémentaire avec d’autres produits (Xbox…)
    – Pas de Flash sur iPhone car Apple veut garder la main-mise en espère surtout ne pas enterrer son format Quicktime ;
    – Oui Flash perd de son âme face à des jeunes graphistes qui ne savent plus trop s’ils vont faire du code ou de l’animation ;
    – Non Flash et RIA d’entreprise ça n’est pas sérieux (par contre Flex c’est déjà beaucoup mieux).

    /Fred

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s