Mythes et réalités du Web3

Depuis quelques mois, nous subissons une véritable cacophonie médiatique autour de nombreux concepts technologiques comme les cryptomonnaies, les blockchains, les NFTs, les DAOs, les métavers… Un gros gloubiboulga alimenté par d’innombrables spéculateurs et marchands de rêves numériques qui attisent la frénésie ambiante. Mais comme le marché adore les raccourcis, tous ces concepts sont rassemblés sous la bannière du Web 3, un meta-concept qui se retrouve à la croisée de nombreuses innovations et évolutions parfaitement légitimes, mais qui souffrent d’un déficit pédagogique pour aider les utilisateurs à s’y retrouver et à en apprécier le vrai potentiel. En synthèse : le Web3 est l’avenir, le présent et le passé du web.

Ces dernières semaines, pas une journée ne passe sans que l’on nous parle de telle nouvelle cryptomonnaie ou blockchain, de telle nouvelle collection de NFTs ou de tel nouveau métavers. L’impression que cela me donne est que le web est en ébullition, pris d’une frénésie d’innovations, motivé par une très forte volonté disruptive. En gros, c’est comme si le web cherchait à faire sa mue.

Si personne ne peut nier la dynamique qui stimule le marché, c’est peut-être qu’elle est réelle et que le web semble effectivement en train de franchir un nouveau palier de maturité. Un nouveau stade de développement très bien résumé ici :

Pour bien appréhender ce troisième stade d’évolution, il convient de détailler les différentes phases :

  • Web 1.0 = un web décentralisé, en expansion, qui était dominé par les portails et agrégateurs (Yahoo, MSN, Google…) avec des contenus essentiellement textuels (pages, articles…) monétisés par des bannières ;
  • Web 2.0 = un web plus mature, centralisé car dominé par les médias sociaux, smartphones et plateformes (Facebook, YouTube, iOS, Android, Amazon…) avec des contenus essentiellement visuels (images, vidéos, stories…) monétisés par des publicités natives ciblées ;
  • Web 3.0 (ou Web3) = un web qui cherche à se reconfigurer autour d’écosystèmes reposant sur des protocoles décentralisés (Ethereum…) et de petites communautés d’intérêts monétisées par abonnements (ex : Substack).

La situation actuelle est très confuse, car nous n’en sommes qu’aux prémices d’un vaste mouvement de déplateformisation visant à réduire la mainmise des GAFAM sur l’économie numérique et à s’éloigner des modèles économiques qui reposent sur la publicité ciblée. Le problème est que la partie visible de l’iceberg nous envoie des signaux très contradictoires avec des projets et technologies hypercentralisées (ex : les plateformes de gestion de portefeuilles de cryptomonnaies comme Binance ou Coinbase) et ultra-mercantiles (ex : les nombreuses collections de NFTs qui s’échangent à des prix indécents).

J’ai déjà détaillé les différents stades d’évolution du web dans un précédent article, mais le brouhaha médiatique est tellement fort et les avis tellement tranchés que je me sens obligé de clarifier et surtout d’y apporter un regard éclairé. Mais pour y parvenir, je vais avoir besoin de fournir un certain nombre d’explications et de précisions. Autant vous le dire tout de suite : le Web3 n’est ni une arnaque, ni une révolution, c’est simplement une nouvelle étape dans l’évolution des usages et pratiques.

Pour vous en convaincre, je vous propose une série de trois articles qui vont aborder le Web3 selon trois angles : le décryptage des nombreuses pseudo-innovations, l’évolution majeure des modèles économiques et la maturation de nombreux usages.

Un marché en pleine ébullition stimulé par l’appât de gains rapides

Comme expliqué en début d’article, j’ai réellement l’impression que le monde se divise en deux : les vieux ringards qui n’ont rien compris et les jeunes cools qui profitent des immenses opportunités offertes par la blockchain. Force est de constater qu’il y a bien une sorte de « fracture numérique 3.0 » qui se cristallise autour de nombreuses cryptomonnaies, collections de NFTs et projets de métavers.

Je ne suis pas là pour prendre la défense de l’un ou l’autre camp, mais je pense ne pas me tromper en disant que si l’on veut trouver des défauts à ces nouveaux usages, il ne faut pas chercher bien loin : Web3, NFT, crypto, métavers : entre arnaque, bullshit et cauchemar… et si nous reprenions le contrôle ? et Web3 Is Not a Scam, But It Can Feel Like One.

Je déplore le fait que le débat se concentre essentiellement sur des considérations techniques (la blockchain est-elle réellement une architecture décentralisée ?) et mercantiles (les cryptos et collections de NFTs valent-elles réellement les prix auxquels elles sont échangées ?). Ainsi, je ne vois pas le Web3 comme un nouvelle façon de gagner rapidement de l’argent, mais comme un nouvelle étape dans la maturation des usages dont le dernier palier s’articule autour de nombreuses évolutions récentes.

Pour vous aider à bien apprécier le potentiel du Web3 au-delà des gimmicks habituels (cryptos, NFT…), je vous propose ce tableau qui liste en vrac un certain nombre d’évolutions dans les usages, pratiques et technologies :

Bien évidemment, ce tableau n’est pas exhaustif, son unique objectif est de vous aider à comprendre cette notion de palier d’évolution. Tout ceci sera expliqué dans le troisième article de la série consacrée au Web3 (à paraître dans les prochaines semaines), mais je souhaite dans un premier temps apporter un éclairage sur les usages et technologies les plus obscures et surtout les plus décriées : les cryptomonnaies, les blockchains, les NFTs, les métavers et les DAOs.

Vous noterez d’ailleurs que je ne suis pas le seul à être agacé par la cacophonie médiatique autour du Web3 qui nous empêche d’en apprécier le réel potentiel (cf. le Web0 manifesto).

Les cryptomonnaies sont des actifs financiers numériques

Il existe de nombreuses définitions des cryptomonnaies, plus ou moins complexes et abstraites, mais j’affectionne particulièrement celle du Petit Robert : « Les cryptomonnaies sont des monnaies numériques en usage sur Internet, indépendantes des réseaux bancaires et liées à un système de cryptage« .

D’après CoinMarketCap, il existe plus de 16.500 cryptomonnaies et jetons pour une valeur totale supérieure à 2 T$ avec une forte concentration : Bitcoin and Ethereum dominance. Que vous trouviez ce marché grotesque ou non, personne ne peut ignorer ce phénomène. Car oui, la meilleure façon de décrire le marché des cryptomonnaies est de l’assimiler à un phénomène de société : des centaines de millions de personnes à travers le monde qui cherchent à s’extraire du système bancaire traditionnel.

Maintenant que nous avons planté le décor, il convient d’énoncer un certain nombre de faits sur les monnaies, qu’elles soient physiques ou numériques :

  • 1 euro est une monnaie fiduciaire matérialisée par une pièce en cuivre / nickel de 7,5 g. C’est un moyen de paiement reconnu dans l’ensemble de la zone euro, un regroupement de 19 états membres de l’UE, représentant 340 M d’habitants qui créent 11,9 T€ de richesses par an, avec la plus grosse réserve d’or au monde (10.776 tonnes contre 8.133 tonnes pour les USA et 1.948 tonnes pour la Chine). Il y a actuellement l’équivalent de 1,5 T€ de billets et pièces en circulation.
  • 1 euro peut également être une unité de compte numérique, utilisée en tant que moyen de paiement alternatif aux monnaies fiduciaires (billets et pièces) ou scripturales (chèques). C’est techniquement un enregistrement dans la base de données de services de paiement en ligne (ex : PayPal, Lydia, PayLib…) affiliés à la Société Financière du Porte-Monnaie Electronique Interbancaire (SFPMEI) qui est agréé auprès de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), une institution intégrée à la Banque de France en charge de la surveillance de l’activité des banques et des assurances, affiliée à l’Eurosystème qui fait partie du système européen de banques centrales.
  • 1 bitcoin est un actif numérique stocké sur un support électronique. C’est techniquement une ligne dans le registre partagé entre les membres d’un système de paiement pair à pair. Il y a actuellement environ 15.000 utilisateurs actifs et un peu moins de 19 M de bitcoins déjà créés.

Ces précisions permettent de mieux appréhender la différence entre monnaie numérique affiliée à un système bancaire et monnaie numérique décentralisée issue d’une initiative privée (ou communautaire). Ces différences expliquent la très forte volatilité des cryptomonnaies ainsi que les craintes et reproches formulés par les détracteurs (Web3 Inequality).

Est-ce que les cryptomonnaies sont l’avenir des moyens de paiement ? Absolument pas, car le volume de transactions autorisé par l’architecture du réseau Bitcoin ou des autres cryptomonnaies est largement inférieur aux besoins du marché. Pour connaitre l’avenir des moyens de paiement, il suffit de regarder au Brésil ou en Chine où une version numérique de la monnaie nationale a été déployée en s’appuyant sur une application mobile officielle (Pix breaks ground in Brazil, shakes up payments market) ou un certain nombre d’applications tierces (China’s digital yuan wallet now has 260 million individual users).

Est-ce que le bitcoin ou les autres cryptomonnaies sont des alternatives viables aux systèmes monétaires centralisés ? Oui et non. Oui, car jusqu’à preuve du contraire ces cryptomonnaies existent et remplissent parfaitement leur fonction. Non, car seul l’avenir nous dira si elles sont viables sur le long terme, aussi bien en termes écologiques (consommation d’énergie) que financiers (stabilité).

Encore une fois, je ne tiens absolument pas à rejoindre l’un ou l’autre camp (prosélytes vs. sceptiques), et je réitère la position modérée que j’avais exprimée dans un précédent article : La finance décentralisée n’est pas une lubie, mais une nécessité.

Nous sommes dans une phase de transition entre un ancien modèle qui s’essouffle (la finance traditionnelle) et de nouveaux modèles qui se mettent en place et redistribuent les cartes. Oui, la DeFi (finance décentralisée) est un pari risqué, mais salutaire face à un marché apathique qui a bien besoin d’un électrochoc.

Pour résumer : les cryptomonnaies sont une réalité pour des centaines de millions d’utilisateurs ; elles reposent sur une architecture informatique énergivore, mais fonctionnelle ; elles proposent une souplesse et un ratio risque / gains potentiels qui n’existent pas avec les actifs financiers traditionnels.

Une blockchain est une base de données distribuée

Le principe de registre distribué n’est pas neuf, car les premiers travaux sur les chaînes de blocs sécurisées par cryptographie remontent à 1991. J’avais déjà publié un article sur la question en 2016 (Définition, usages et enjeux des blockchains).

Les blockchains peuvent potentiellement désintermédier tous les systèmes transactionnels, même ceux qui n’ont aucun rapport avec des services financiers. […] Les blockchains sont une technologie révolutionnaire, mais vont-elles révolutionner le marché ? Il y a de grandes chances, mais pas à court terme.

Force est de constater que depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts…

Comme pour les cryptomonnaies, l’opinion publique est partagée entre indifférence (« C’est quoi déjà ?« ), hyper-enthousiasme (« C’est l’avenir !« ) et scepticisme (« Il y a bien trop de limitations…« ). Les principaux reproches faits au Web3 en général et aux blockchains en particulier sont que ces architectures ne sont pas réellement distribuées (My first impressions of web3) et qu’elles sont une aberration en termes de puissance de calcul et de consommation d’énergie (The Web3 Fraud).

Comme précédemment, je vous propose de lister certains faits :

  • Une base de données est un logiciel permettant de stocker des données de façon structurée, semi ou non-structurée. Il existe différents types de système de gestion de base de données en fonction des usages (relationnel, hiérarchique, orienté objet…) et différentes configurations (centralisée, distribuée, embarquée…).
  • Une blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations sans organe de contrôle central, donc distribuée, exploitant un registre (ledger en anglais) qui est obligatoirement partagé par tous les membres du réseau (les nodes). Pour qu’une transaction soit validée, il faut obtenir un consensus au sein des membres (rajout d’un bloc à la chaine).
  • Ethereum est un protocole d’échanges décentralisés s’appuyant sur un réseau de 300.000 ordinateurs avec une capacité de traitement de 600.000 opérations / seconde, soit 0,02 % des 3 MM d’opérations / seconde qu’est capable d’effectuer un Raspberry Pi.
  • Une transaction sur le réseau Bitcoin nécessite 2.265 KwH d’électricité, tandis que 100.000 transactions par cartes bancaires demandent 150 KwH, soit un ratio de 0,00000066 % (source : Statista).

Oui vous avez bien lu : la capacité de traitement de la blockchain la plus utilisée est de 0,02% celle d’un petit ordinateur à 45$ ! Vues sous cet angle, les critiques formulées par les détracteurs sont largement justifiées.

Ceci étant dit, l’argumentation ci-dessus s’appuie sur la première génération de blockchain. Car figurez-vous qu’en 10 ans, les projets ont évolué et qu’il existe non seulement des évolutions de la blockchain « originelle » (Ethereum), mais également des alternatives au concept de blockchain :

  • les blockchains qui utilisent d’autres modèles de consensus que le proof-of-work et proposent ainsi de bien meilleures performances, moins de consommation d’énergie et plus de souplesse (ex : Ethereum 2.0, Neo N3, Solana, Cardano, Algorand…) ;
  • les blockchains de 2nde ou 3e couche qui fonctionnent en parallèle des blockchains de 1ère couche et apportent de la souplesse, mais également beaucoup plus d’autonomie (ex : Polygon, Loopring, Skale…) ;
  • les architectures de registres distribués dont le fonctionnement diffère tellement qu’elles ne se définissent plus comme des blockchains (ex : le hashgraph de Hedera ou Hyperledger Fabric).

Comme vous pouvez le voir, de très gros efforts ont été faits pour améliorer le principe original de la blockchain et rendre les projets les plus récents tout à fait robustes et légitimes d’un point de vue informatique. Reste à savoir s’ils vont bénéficier d’un niveau d’adoption suffisant pour être viables…

Les NFTs sont des certificats d’authenticité numérique

Popularisés l’année dernière par le biais de ventes records, les NFTs sont des jetons non fongibles (qui sont uniques et ne peuvent pas être remplacés par un autre) représentant un objet numérique (image, vidéo, audio…) rattaché au portefeuille numérique du propriétaire grâce à un certificat numérique reposant sur une blockchain qui lui procure une valeur sur le marché (généralement exprimée dans la cryptomonnaie associée à la blockchain utilisée).

Les détracteurs des NFTs sont généralement les plus véhéments, car les montants investis dans ces certificats sont astronomiques : plus de 40 milliards de $ (source : Bloomberg). Dire que les NFTs sont une arnaque car les objets numériques ne valent rien revient à dire que le marché de l’art est une arnaque, car ce ne sont que des toiles avec un peu de peinture dessus. Je grossis le trait, mais il est important de faire cette analogie pour pouvoir dépassionner le débat et réfléchir de façon plus éclairée à l’impact que les NFT ont sur les dynamiques économiques autour des créateurs de contenus.

Je pense ne rien vous apprendre en écrivant qu’il est compliqué de vivre de sa passion quand on est un artiste. Les plus grandes difficultés auxquelles sont confrontées les artistes sont : de se faire (re)connaitre, de toucher les bons acheteurs et d’organiser la vente de ses créations. Dans un pays comme la France où les plus-values sont défiscalisées, le marché de l’art permet de faire vivre d’innombrables intermédiaires (négociants, experts, galeristes, agents…) qui s’enrichissent sur le dos des artistes. Grâce aux NFTs, les artistes peuvent se concentrer sur leur art et confier la monétisation des oeuvres à un intermédiaire unique qui s’occupe de faire se rencontrer l’offre et la demande (On crypto art and NFTs). C’est ce qui fait aujourd’hui la fortune de places de marché comme OpenSea ou Rarible (NFT Platform OpenSea Hits Record $3.5B in Monthly Ethereum Volume).

Méprisés et moqués dans un premier temps, les NFTs ont néanmoins su séduire de nombreux artistes ainsi que d’autres métiers de la création comme la musique ou le journalisme (The Web3 Renaissance: A Golden Age for Content, Top 5 Ways NFTs, 3D Avatars and the Metaverse Are Changing Music and Entertainment et The Associated Press is starting its own NFT marketplace for photojournalism).

Aujourd’hui, les NFTs sont devenus un marqueur social, au même titre qu’une Rolex, on affiche fièrement son NFT pour dire « Moi aussi je peux m’en payer un !« . Ce n’est ainsi pas un hasard si les grandes plateformes sociale s’y intéressent, notamment Twitter qui propose à ses utilisateurs payants d’utiliser un NFT comme image officielle de leur profil : Twitter brings NFTs to the timeline as hexagon-shaped profile pictures. Idem chez Facebook et Instagram qui prévoient même d’en faire commerce : Facebook and Instagram are reportedly exploring plans to make, showcase, and sell NFTs.

Avec les NFTs, l’art numérique entre dans une nouvelle ère, car ils permettent à la fois de reproduire le phénomène de rareté et de garantir la propriété des oeuvres (les deux fondamentaux de la valeur). De plus, ils sont assez simples à mettre en oeuvre, ce qui permet à de petites équipes de lancer leur propre collection, à l’image de Panda Dynasty qui a été lancé en moins d’un mois (Gabriel Mamou-Mani : “les NFT, ou comment mettre un terme au monopole des GAFA”).

Est-ce ça l’avenir de l’art numérique : des collections d’images générées par un ordinateur qui sont vendues à des investisseurs / spéculateurs frustrés par les taux d’intérêt ridiculement bas proposés par les institutions financières traditionnelles ? Dans les faits, oui, mais la réalité est plus nuancée.

Il y a bien évidemment cet argument très réducteur qui consiste à dire qu’un fichier que l’on peut copier à l’infini n’a aucune valeur. OK, mais laissez-moi juste vous rappeler qu’un tableau peut également être copié à l’infini (par un faussaire ou en le prenant en photo), de même qu’une chanson (qui peut être interprétée par n’importe quel groupe de musique). À partir du moment où l’on peut garantir la véracité d’un contenu numérique (en l’associant à un créateur) et sa propriété (en l’associant à un propriétaire), alors son existence et sa valeur sont bien réelles. Ceci ne répond pas à la question de savoir quelle est la juste valeur pour une image, mais là encore, nous pouvons faire des analogies.

J’ai ainsi eu l’occasion de longuement discuter avec Gabriel, le créateur de Panda Dynasty, qui m’ai aidé à y voir plus clair dans les dynamiques sociales qui animent le marché des NFTs. D’une part, l’idée d’avatars numériques à collectionner n’est pas neuve, car M6 avait déjà lancé il y a quelques années les Skaaz, un projet très novateur à l’époque, mais arrêté depuis (Skaaz : l’avatar intelligent à la conquête du grand public). D’autre part, si vous remettez en question la valeur des avatars numériques comme les pandas de Panda Dynasty, alors vous remettez également en question la valeur des cartes Pokémon (de simples bouts de carton qui peuvent s’échanger plusieurs centaines de milliers de $) ou les figurines Games Workshop (de simples bouts de plastiques qui sont vendus entre 10 et 50 € dans les boutiques spécialisées). Dans les deux cas, nous parlons de sociétés TRÈS rentables (respectivement 100 MM$ de C.A. cumulé et une valorisation de 4 MM$ : Investors should beware Games Workshop’s fantastical share price).

Étant un fan inconditionnel de Warhammer 40K, je comprends tout à fait le point de vue de Gabriel Manou-Mani : « Une collection de NFT se réalise dans une logique communautaire ». L’idée est la suivante : l’important n’est pas la valeur technique du fichier, mais sa valeur perçue, celle qui est liée à l’attachement émotionnel des propriétaires. Une valeur sentimentale qui repose sur l’imaginaire qui est développé autour des créations et incite les propriétaires à investir et conserver leurs biens. Dans le cas des Pokémons, l’imaginaire est alimenté par de nombreux mangas, animes et jeux vidéo. Idem pour Warhammer 40K avec les jeux de plateau, les livres, les courts métrages, les jeux vidéo…

Pour les collections de NFTs, c’est la même chose : le créateur de la collection doit prendre à sa charge l’animation d’une communauté de fans en leur proposant de développer l’imaginaire autour des créations pour augmenter la valeur sentimentale, donc la valeur de revente s’il y a suffisamment de fans (les places de marché se chargeant d’assurer de la praticité et de la fluidité dans les transactions : Coinbase NFT Marketplace Will Enable Purchases With Mastercard). Dans le cas de Panda Dynasty, il y a l’imaginaire, mais également le divertissement avec une série de jeux qui mettent en scène les pandas (puzzles, chasse au trésor, escape games, jeux de hasard, point & clic…) et prochainement un portage sur d’autres environnements pour le plus grand plaisir des heureux propriétaires (c’est encore au stade de projet).

Pour résumer : oui, les NFTs ne sont que des fichiers informatiques, mais laissez-moi vous rappeler que de « simples » fichiers informatiques sont capables de générer des centaines de milliards de dollars (App stores to see record consumer spend of $133 billion in 2021) et d’alimenter une économie qui emploie des dizaines de milliers de personnes (App Store Developers Made About $60 Billion in 2021).

Le métavers est un concept abstrait qui repose sur des technologies disparates en constante évolution

Poursuivons notre décryptage avec le métavers. J’ai déjà publié une série d’articles où je détaille mon point de vue sur ce sujet : Le métavers est un échappatoire aux monopoles numériques et Meta est la seule société qui a la vision, l’ambition et les moyens de créer le premier métavers.

Le métavers est une fuite en avant pour tenter de s’extraire des monopoles existants sur les différents usages numériques exercés par les GAFAM. Le problème est que l’hégémonie des géants numériques, et plus particulièrement celle de Facebook (Meta), en font les mieux placés pour devancer la concurrence et façonner le marché autour de leurs produits.

Dans la mesure où le métavers devient un enjeu géopolitique en Asie (China in the Metaverse race, Taïwan : une oasis pour le développement du métavers ?, Seoul to ring in the new year inside the metaverse, Japon : six villes au cœur d’un « début de métavers du monde réel »…) et que les premières initiatives de régulation sont en train de naitre (This group of tech firms just signed up to a safer metaverse), il y a manifestement encore un gros travail pédagogique pour expliquer et rassurer.

Pour mémoire, le métavers est un monde numérique fictif proposant aux utilisateurs de s’immerger dans des environnements virtuels persistants à l’aide de terminaux dédiés (ex : casques de réalité virtuelle). Si vous prenez le temps de chercher, vous verrez qu’il existe de nombreuses définitions qui sont toutes associées au mouvement culturel cyberpunk, soit l’exact opposé de ce que l’on nous propose en ce moment : des jeux en ligne extrêmement pauvres d’un point de vue graphique et fonctionnel, avec un certain nombre d’activités qui tournent toutes autour de la vente d’objets et priorités numériques ainsi que du gain rapide d’argent. Les promoteurs de ces pseudo-métavers ont sans doute oublié que dans « cyberpunk » il y a « punk »…

Je me permets d’insister : si vous voulez comprendre ce que sont les métavers et en appréhender le potentiel, ne perdez pas votre temps avec tous les projets dont on nous fait la promotion en ce moment, car leur objectif est avant tout de développer l’imaginaire autour de collections de NFT comme décrit plus haut (ex : Decentraland, The Sandbox, Zed Run…).

En revanche, si l’on se donne l’occasion de prendre du recul, on se rend compte qu’il existe déjà un certain nombre d’usages, plateformes ou technologies qui nous rapprochent fortement de ce que doit être un métavers :

  • une architecture technique décentralisée permettant à des milliards d’utilisateurs d’être connectés à travers des ordinateurs ou smartphones (Internet) ;
  • des plateformes sociales qui permettent à des milliards d’utilisateurs de se rencontrer et d’interagir (Facebook, WhatsApp…) ;
  • des jeux massivement multijoueurs où des centaines de millions de personnes peuvent s’affronter et se divertir (ex : Fortnite, Call of Duty Warzone, Roblox…) ;
  • des univers virtuels offrant beaucoup de liberté (ex : Second Life) ou de contenus / activités (ex : Entropia Universe, Star Citizen…) ;
  • des solutions libres de droits permettant de créer un univers virtuel décentralisé (OpenSimulator) ;
  • des équipements de réalité virtuelle offrant de très belles sensations d’immersion (ex : Oculus Quest).

Pour le moment chacune de ces briques est isolée des autres, mais… mais en en fait je suis bien incapable de vous dire quand nous pourrons envisager de les assembler pour en faire un tout cohérent tant la tâche est dantesque (lire à ce sujet : Parlons vrai sur le Metaverse).

Comme pour les trois précédents sujets, la prudence est de mise : il ne sert à rien d’émettre un jugement ou une opinion hâtive, car nous parlons ici d’usages et de technologies en constante évolution. Les progrès sont nombreux et les avancées spectaculaires, aussi nous pourrions avoir très prochainement un début de commencement de métavers.

Les DAOs sont des organisations autonomes sans organe central de décision

Achevons cette série de décryptages avec le concept qui est certainement le plus abstrait pour les néophytes : les Decentralized Autonomous Organizations (« Organisation Autonome Décentralisée » en français). Là encore, je me suis déjà exprimé dans un précédent article (Sommes-nous et souhaitons-nous être contrôlés par des algorithmes ?), mais le sujet est tellement obscur et complexe, qu’il faut l’aborder sous plusieurs angles pour bien l’expliquer.

Pour faire court, une DAO est une organisation fonctionnant grâce à un ensemble de contrats numériques (« smart contracts« ) qui établissent les règles de gouvernance de façon transparente et immuable (car inscrites dans une blockchain) et lui permettent de fonctionner de façon autonome en ayant recours à des prestataires indépendants (What Is a DAO?).

Certes, il y a bien eu des gros ratés comme les tentatives de rachat d’exemplaires originaux de livres rares comme l’édition originale de la Constitution américaine ou du roman Dune (Chaos Reigns as ConstitutionDAO Fails to Buy the Constitution et The Dune NFT Fiasco Is the Least of Crypto’s Legal Worries), mais ces initiatives bancales ne doivent en aucun cas parasiter votre jugement sur le potentiel que représentent les DAOs.

Avec l’approche des élections présidentielles en France, les débats se durcissent et les comportements sont de plus en plus violents, notamment envers les élus ou candidats. Ceci, et le mouvement des Gilets Jaunes, illustrent bien la crise sociale que nous sommes en train de traverser et qui trouve son origine dans des institutions politiques qui semblent en bout de vie. Si l’on prend également en compte l’ascenseur social qui est en panne depuis de nombreuses années et un monde du travail qui montre ses limites (nombreuses failles du système de subventions aux entreprises, précarité des travailleurs indépendants, difficultés des PMEs à recruter…), on se dit que oui, c’est plutôt une bonne chose de réfléchir à un autre modèle.

L’idée n’est pas de faire la révolution et de balayer la 5e République, mais de proposer une alternative aux organisations et sociétés traditionnelles (associations, SARL, SA…), aux contrats de travail (CDI, CDD, prestations…) et à l’environnement administratif / comptable / social très pesant dans les pays occidentaux (A DAO Defined: The Big Picture). En gros : un pas de côté permettant d’offrir une bouffée d’oxygène aux entrepreneurs du XXIe siècle et aux organisations dites « blockchain-native » (The Tao of “The DAO” or: How the autonomous corporation is already here).

Le problème est que les promoteurs des DAOs ont une approche très intellectuelle qui fait que l’on se perd rapidement dans une terminologie soporifique et des concepts qui ne donnent pas envie d’investir (de perdre) du temps (cf. DAOs, DACs, DAs and More: An Incomplete Terminology Guide), à l’image de cette classification qui est mûrement réfléchie, mais qui donne carrément mal à la tête !

Comme pour les sujets abordés précédemment, je ne suis pas en train de dire que les DAOs sont LA solution à tous les problèmes de notre société, mais que la démarche de chercher un paradigme permet de faire avancer le débat sur des enjeux prioritaires (inclusion, maillage territorial, concentration des richesses…) et d’inciter les institutions historiques à se remettre en question.

Là encore, il faut prendre un peu de recul et se dire que nous n’en sommes qu’aux prémices d’une évolution nécessaire d’outils de travail qui n’ont pas beaucoup évolués depuis plus de 150 ans. Pour votre information, je vous rappelle que le concept de « responsabilité limitée » appliqué à une entreprise en France remonte à lois du 23 mai 1863 !

Cryptos, blockchains, NFTs, DAOs et métavers sont les arbres qui cachent la forêt

Comme précisé au début de cet article, le Web3 est difficile à appréhender, car c’est un meta-concept : un concept qui regroupe d’autres concepts. Dans ce premier article, j’ai tenté de décrypter les usages et technologies dont on parle le plus en ce moment. J’insiste sur deux points : ces derniers sont loin d’être parfaits et maitrisés (ils vont nécessiter de nombreuses améliorations) et ne sont pas représentatifs de tout ce que le Web3 peut nous offrir.

Dans un prochain article, je rentrerai dans le vif du sujet en abordant notamment le grand tournant du Web3, à savoir le refus d’utiliser le modèle publicitaire pour financer les opérations ou les contenus.

8 commentaires sur “Mythes et réalités du Web3

  1. Merci, très intéressant et très instructif, comme toujours !
    Juste une remarque : la comparaison avec le Raspberry Pi me semble un peu hasardeuse. Si les « opérations » d’un RPI mentionnées sont bien les instructions du CPU, les « opérations » sur une blockchain semblent plutôt assimilables à des « transactions », donc nécessitant un très grand nombre d’instructions CPU, y compris celles accédant aux données d’un support de stockage, celles pour l’écriture sur ce même support, etc.
    Bien cordialement

  2. (désolé pour la longueur mais ce sont des sujets complexes qui ne peuvent se résoudre en trois phrases, deux idées et une punchline pour buzzer :-))
    J’élargirais la perspective en replaçant ces outils dans une « tendance lourde » initiée depuis quelques décennies : l’horizontalisation. Le paradigme sociétal sur lequel nos sociétés actuelles sont fondées (comment et autour de quoi sont-elles structurées ?) peut se modéliser assez simplement en prenant l’exemple de la voiture : on a une carrosserie (la structure contenant l’ensemble des passagers) et un moteur (ce qui la fait se déplacer), où la carrosserie serait l’Etat sous sa forme moderne, une structuration sociétale extrêmement verticalisée avec un pilote en charge de conduire (on peut le changer ou pas à intervalles réguliers), quelques co-pilotes à ses côtés et le reste de la population disposée sur le siège arrière, et où le moteur serait l’industrie, un système économique complet constitué d’une méthode de production de biens/services elle aussi très centralisée (usines), d’une gestion/relation particulière au travail (salariat) et d’un système d’écoulement des produits (marchés), le tout fonctionnant avec un carburant : la monnaie.
    Toute cette architecture n’est pas née du vide mais de l’Histoire, elle est apparue telle que nous la connaissons actuellement entre la fin du XVIIIe et le milieu du XIXe. Et comme tout ce qui apparaît à un moment historique, après un certain temps ça peut disparaître.
    Concernant la question de la « valeur » soulevée juste avant, on ne peut savoir ce qu’elle sera demain (ce que cet article explore) mais on peut savoir ce qu’elle a été, puis ce qu’elle est devenue.
    Des Lumières jusqu’à la fin du XVIIIe la valeur des choses était intégralement incluse dans la « similarité » : ce qui se ressemblait valait strictement la même chose. On pouvait donc classer les choses du monde en ordres de similitudes, et donc de valeurs équivalentes. C’est le projet de l’Encyclopédie. Pour la monnaie c’est pareil : une pièce d’or ou d’argent contenait en or ou en argent exactement ce qui était écrit sur la pièce (sa valeur faciale), et le portrait du roi ou du prince de l’autre côté en garantissait le bon aloi. Pareil pour la science (comment s’explique le monde), et même pour le langage sous certains aspects : lire à ce sujet « les mots et les choses » de M. Foucauld qui explore en détail ces questions.
    Puis apparaît assez vite, entre 1770 et 1850 (en gros 3 générations) un tout autre paradigme sociétal : la valeur des choses n’est plus comprise dans leur similarité – ni évaluable par elle – mais incluse dans leur structuration interne. Et ça a des conséquences colossales : la monnaie s’autonomise de sa similarité « contenu/valeur » (invention du billet de banque, puis du chèque, de la CB) ; la génétique de l’évolution (Mendel, Darwin) montre que les caractères de ressemblances/similitudes en un moment donné sont aléatoires ; Hume, Smith et Ricardo fondent la théorie de l’économie moderne, et 1789 instaure dans la douleur la république et la démocratie représentative où, là aussi, la loi générale n’est plus la similitude/ressemblance (familles royales de même sang se partageant l’Europe) mais l’émergence en interne d’êtres dotés de capacités à gouverner (méritocratie qui nous mène à l’ENA).
    Dans le même temps, la révolution industrielle invente l’économie du capital fondée sur la plus-value du salariat (Marx) et dote la chose produite d’une toute nouvelle valeur : selon la façon dont un même objet sera produit, il n’aura pas du tout la même valeur monétaire sur le marché. Qu’un même objet puisse valoir du simple au double – ce qui nous paraît naturel aujourd’hui, étant la base théorique du jeu de l’offre et de la demande – était tout simplement inconcevable un siècle plus tôt.
    Aux quelques grandes questions auxquelles notre monde contemporain est confronté (environnementales, démocratiques, etc) commencent à apparaître des esquisses de solutions, certes maladroites, certes expérimentales, qui sont nécessairement vouées à l’échec sous leurs formes actuelles, parce les mutations radicales en cours ne clôtureront leur cycle que dans quelques décennies, le temps de trouver leurs rationalités opérationnelles.
    Remplacer la monnaie bancaire centralisée par des monnaies horizontales décentralisées est une réponse. Remplacer la production industrielle centralisée par des micro-fablabs (impressions 3D) très localisés en est une autre qui permet à la fois d’éviter le transport des matières premières à travers le monde, le transport des employés du domicile au travail, le stockage massif, le transport des pièces produites à travers le monde, etc. Remplacer l’entreprise (dont l’objectif structurel est de « durer » : Peugeot a fabriqué des pièces de moulin avant de fabriquer des outils, puis des cycles, puis des voitures…) par des DAO dotées de missions (produire ceci puis disparaître) permet de faire muter, sociologiquement parlant, le travail de « salariat » à « interaction ». Remplacer le titre de propriété émis par un tiers extérieur (notaire, cadastre, administration) par un contrat numérique écrit dans un bloc auditable (NFT) permet d’accroître la confiance et l’universalité du titre. Etc.
    Comme pas mal de choses en ce monde, nos sociétés connaissent deux types d’évolutions : les évolutions systémiques (innovations dites disruptives) et les améliorations progressives (innovations dites incrémentales). Historiquement, la dernière « innovation sociétale de rupture » date d’il y a deux siècles ; depuis on n’a fait que modifier en surface ses caractéristiques. Concernant la « carrosserie » (l’Etat-nation) et le « moteur » (l’économie industrielle) on a pu s’entre-étriper sur plus de ceci ou plus de cela (gauche vs. droite, privé vs. public, régulation vs. entreprendre, etc, voir 2 siècles de débats et d’expérimentation sociétales de toutes sortes) mais sans jamais remettre en question le modèle structurel. Ce qui, il me semble, caractérise tout ce dont parle cet article, c’est précisément que nos sociétés sont actuellement engagées dans une « disruptive » à grande échelle dont nous ne sommes pas encore capables, collectivement, de mesurer les conséquences et les implications, n’étant qu’au début du cycle. Si on peut en dire une chose, et on le voit à toutes sortes de « signaux faibles » émergents ça et là dans des domaines aussi variés que l’attente de nouvelles formes de démocratie, de nouvelles formes de production, de nouvelles formes de valeurs, de nouvelles formes d’actions sociales et politiques (Gilets jaunes par ex), de nouvelles formes de rapports aux choses et aux autres, c’est qu’on tend probablement, sociétalement parlant, vers beaucoup plus d’horizontalisation. L’hyper-centralisme (politique, économique, social) de ces deux derniers siècles n’est plus jugé apte à répondre qualitativement aux enjeux et aux attentes de notre « modernité ».
    Pour terminer avec la « valeur », ce qui me paraît se dessiner à travers toutes ces technos et méthodes, c’est l’établissement d’un nouveau paradigme fondé non plus sur la similitude (ça c’était il y a longtemps) ni sur le mode de production (ça c’est encore maintenant) mais sur l’interactivité : plus un objet sera capable d’interagir dynamiquement avec son environnement, plus il prendra de valeur. Ceci pouvant expliquer la « trivergence » dont parle Ascott : le croisement de la cryptomonnaie/blockchain, de l’IA et de l’IOT. Idem pour les êtres sociaux : plus un acte dans le monde social s’inscrira dans une horizontalité/interactivité, plus il prendra de valeur.
    La loi d’entropie dit que plus une structure est verticale, plus la dépense énergétique pour la maintenir en état est élevée ; inversement, une structure horizontale non-chaotique est celle qui nécessite le moins de dépense. C’est peut-être vers ce modèle que nous sommes en train de nous diriger, parce qu’il répondrait à la fois aux enjeux climatiques, sociaux et politiques. Disons qu’en règle générale, dans l’Histoire, quand une société est prise dans une contradiction insurmontable elle n’a d’autre choix que d’inventer des réponses expérimentales. On en est peut-être là ?
    En tout cas merci pour cet article :-)

    1. Un grand merci pour ce long commentaire très éclairant. J’ai plusieurs remarques qui abondent dans le sens de votre argumentation :
      – « Nos sociétés sont actuellement engagées dans une « disruptive » à grande échelle dont nous ne sommes pas encore capables, collectivement, de mesurer les conséquences et les implications », oui, c’est ce que l’on peut grossièrement résumer par la 4e révolution industrielle, dont l’impact porte sur tous les aspects de notre quotidien, pas que l’industrie
      – « la « trivergence » au croisement de la cryptomonnaie/blockchain, de l’IA et de l’IOT », oui, nous avons ici trois domaines scientifiques / techniques dont les trajectoires se croisent à un même moment (je parlerai dans mon prochaine article d’alignement des planètes qui donne naissance au Web3)
      – « quand une société est prise dans une contradiction insurmontable elle n’a d’autre choix que d’inventer des réponses expérimentales », oui tout à fait, face aux défis du XXIe siècle que nos institutions semblent incapables de surmonter (crise économique, environnementale, sociale…) la communauté numérique tente maladroitement d’apporter une réponse (les concepts et technologies du Web3 sont encore très immatures), mais au moins elle tente !

  3. « Aujourd’hui, les NFTs sont devenus un marqueur social, au même titre qu’une Rolex, on affiche fièrement son NFT pour dire « Moi aussi je peux m’en payer un !« « .

    Grosse simplification du marché de l’art.
    Il faudrait préciser que l’achat d’art et de luxe (on passera sur les ÉNORMES différences entre un tableau et une Rolex) repose sur des procédés et rituels d’ostentation. On achète un tableau pour le montrer dans un musée, la Rolex pour montrer qu’on est le manager en meeting… Dans le luxe en particulier, cette logique repose sur une perception partagée de cette norme : Si Séguéla peut dire qu’on a raté sa vie sans Rolex, c’est parce qu’on a tous une idée qu’une Rolex ca coûte à minima une douzaine de SMICs.

    De plus, ce qui fait carburer le marché de l’art (en hausse constante, décorrélee de l’inflation), c’est son utilisation comme moyen d’optimisation fiscale.

    On est donc encore TRÈS loin des cartes magic, et encore plus loin de Warhammer (valeur marginale d’utilisation par le jeu, externalités de réseaux due au besoin de masse critique d’utilisateur pour rendre une communauté viable…).

    Comme très bien expliqué par une métaphore qui court les interwebs, en parlant de la Joconde et de son ticket de caisse, les NFTs ne sont pas la possession d’un objet, mais juste l’achat d’un ticket de caisse. Les collections de Generative Art en vogue ces jours ci (Mechaverse etc) sont en fait assimilable à un système de pyramide de Ponzi dont les investisseurs originels (coucou Eminem) seraient donc assis à son apex.

    Le seul salut actuel (pitié arrêtez de parler de NFTs dans les jeux videos, il n’y a que les marketeux pour arriver à sortir de telles bêtises, demandez aux développeurs, designers etc qui bossent dans le milieu) viendraient des NFTs qui reposent sur autre chose que du statut.

    Un ami s’évertue à filmer et 3D scanner des bâtiments abandonnés en passe d’être démolis avant de faire un travail d’histoire et d’archive de ces bâtiments. Dans ce projet, la possession du NFT garantie le copyright sur les assets 3D qui ont été scannés et rendus réutilisables pour des effets spéciaux, du jeu vidéo, remix du NFT originel…

    Là on s’éloigne des cartes pokémon, non?

    Et je seconde le commentaire d' »expressionnumérique » sur la comparaison Raspberry Pi et Ethereum: mix total de deux concepts complètement différents. Faites plutôt une comparaison avec le temps, l’énergie et l’argent utilisés par avocats et notaires pour enregistrer le même nombre d’actes.

    1. Merci pour votre longue réponse. Oui, je sais qu’il y a une grosse différence entre un tableau et une Rolex (les motivations à l’achat sont différentes, de même que l’impact fiscal), mais il faut bien que je simplifie le propos, sinon ça allonge la longueur de l’article.

      Je suis également d’accord pour dire que le « marché » des NFTs est gangréné par de nombreuses arnaques, souvent portée par des artistes reconnus qui les cautionnent et empochent de belles sommes alors qu’ils ne sont pas vraiment dans le besoin. Ce qui est bien dommage, car de nombreux artistes de petite envergure peuvent s’appuyer sur les NFT en tant que source de revenus directs et pouvoir vivre de leur art sans être obligé de passer par tout une série d’intermédiaires très gourmands (ce que je décris dans l’article).

      OK pour la comparaison entre avocat / notaire et Ethereum, c’est très pertinent pour illustrer le gain de temps et consommation d’énergie. Mais là nous restreignons l’utilisation des blockchains aux actes notariés, hors c’est loin d’être le cas, car on nous présente les dApps comme l’évolution logique de l’outil informatique (une logique qui m’échappe…).

  4. Bonjour,
    je ne suis pas sur que vous ayez bien lu/compris ce qu’explique Moxie dans My first impressions of web3 à propos des NFTs.

    « Most people think of images and digital art when they think of NFTs, but NFTs generally do not store that data on-chain. For most NFTs of most images, that would be much too expensive. Instead of storing the data on-chain, NFTs instead contain a URL that points to the data. »

    On achète donc un lien et pas l’image elle même. Si l’image n’est pas stockée dans la block chain mais sur un quelconque serveur web alors son contenu peut changer ou simplement disparaitre… Il fait l’exercice en codant une telle dApp et se retrouve modérer par OpenSea pour avoir transgresser les règles d’utilisation. Soit. Mais ce qui est réellement surprenant c’est:

    « What I found most interesting, though, is that after OpenSea removed my NFT, it also no longer appeared in any crypto wallet on my device. This is web3, though, how is that possible? »

    C’est possible car le wallet utilise les APIs d’OpenSea… La blockchain a beau être immutable et distribuée, à partir du moment ou on n’y accède pas directement, la plateforme a tout loisir pour faire ce qu’elle souhaite avec les données.

    Sa critique est beaucoup plus complète et il vaut mieux lire l’article que se baser sur ce simple exemple mais ses inquiétudes sur la mainmise des plateforme sur le futur web3 semblent malheureusement motivées, on imagine mal les plateformes dominantes du web2 perdre la main si facilement.

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