La télévision est-elle l’avenir de l’internet ? En partie

Vous connaissez la télévision ? Mais si enfin, ce gros boitier moche qui trône au beau milieu de votre salon, celui-là même qui n’a quasiment pas évolué en 20 ans (si ce n’est quelques centimètres d’épaisseur en moins). Et bien figurez-vous qu’après des décennies de bons et loyaux services, la télévision s’apprête enfin à connaitre sa révolution. Non je ne veux pas parler de la haute définition (il s’agit « juste » de quelques pixels en plus) mais plutôt de la révolution des services accessibles au travers de cette télévision. Des services que l’on retrouvent ailleurs (ordinateurs, mobiles…) mais qui prennent un sens différent dans le contexte de l’écran de télévision.

Télévision + Internet = $

Souvenez-vous, il y a plus de 3 ans j’avais rédigé un article sur les intérêts croisés de la télévision et de l’internet : Internet = l’avenir de la télévision (et inversement). Il y était question des ambitions de conquêtes des grandes chaînes TV sur le net et des grands acteurs du net sur la TV. Ce sujet est toujours d’actualité mais la situation a largement eu le temps de mûrir :

Bref, plus que jamais les uns convoitent les audiences des autres, ou plus exactement les parts d’audience.

Le web s’invite sur les télévisions

D’après un récent rapport de Forrester (Connected TVs Need To Sharpen Their Value Proposition), les télévisions connectées devraient représenter près d’1/3 du parc d’ici à 2014 :

Croissance des parts de marché des TV connectées
Croissance des parts de marché des TV connectées

De nombreux constructeurs sont ainsi lancés dans une course à l’armement (Samsung, Philips, Sony…), mais également des industriels comme Intel (qui vient de lancer un processeur dédié à ce marché : Intel tries anew to built its smarts into TVs), des éditeurs comme Opera (et son navigateur Opera for TV) ainsi que des éditeurs de services comme Yahoo! avec sa Yahoo! Connected TV :

FlickR sur Yahoo! Connected TV
Les widgets de Yahoo! sur votre TV

Avec autant de gros acteurs sur le créneau, il faut croire que le marché à du potentiel. Mais ce n’est pas tout, car il sera bientôt possible d’intégrer bien plus de choses que des widgets dans votre télévision.

Télévision + médias sociaux = :-)

Le problème des services distribués sur des TV connectées, c’est qu’il faut qu’elles le soient (connectables). Si ce n’est pas le cas, pas de problème il y a toujours une solution. Et cette solution c’est les consoles de jeux au travers desquelles il va être possible d’exploiter des services comme Facebook ou Twitter : Twitter and Facebook Launch on the Xbox 360 et PS3 3.10 Update Adds Facebook Features, Fixes Up Friends List.

Facebook sur votre Xbox 360
Facebook sur votre Xbox 360

Notez que cela fonctionne aussi avec des contenus TV diffusés sur le net et regardés sur votre télévision à l’aide de boitiers comme la future Boxee Box (cf. The Boxee Box will rock your sox!). Vous seriez tenté de me dire « pourquoi ne pas tout simplement être devant sa télé à l’heure où le programme est diffusé ? » et je vous répondrais « non, l’époque de l’asservissement des spectateurs par les grilles de programme est révolue !« . Car les téléspectateurs sont également des internautes comblés, comblés par la praticité de l’internet et par sa dimension sociale que l’on ne retrouve absolument pas dans la télé à papa. Ces terminaux (et une connexion haut débit) permettront ainsi de réconcilier ces deux mondes : l’interactivité et la sociabilisation de l’internet avec les contenus de la télé (cf. The future of television: Social TV).

Pourquoi la TV est-elle l’avenir de l’internet ?

Tout simplement parce qu’il reste très peu de leviers de croissance sur le web. Comprenez par là que l’audience de l’internet est en croissante constante depuis ces dernières années mais que cette croissance va très bientôt se tasser à mesure que les foyers vont s’équiper. À partir de là, comment va-t-on faire pour gagner des parts d’audience ? Tout simplement en augmentant le temps d’exposition en multipliant les occasions de connexions. Et pour cela, rien de tel que la diversification des terminaux. Vous passez de moins en moins de temps devant les programmes de la télévision pour aller sur le net ? Qu’à cela ne tienne, ils sont en train de travailler dur pour injecter le web dans votre TV pour faire en sorte que vous ne bougiez pas vos fesses du canapé. Car c’est bien là qu’est l’enjeu : vous maintenir devant l’écran (et les coupures pubs).

Autant le mobile est l’avenir de l’internet car il permet de prolonger le temps d’exposition à des services en ligne pour les utilisateurs en situation de mobilité (ça fonctionne aussi avec les netbooks), autant la télévision est également l’avenir de l’internet car il permet de prolonger le temps d’exposition à des services en ligne pour les utilisateurs en situation de repos. Hé oui, car un autre enjeu de cette évolution est de pouvoir toucher les internautes dans un contexte différent (en mode « détente ») où les sites des concurrents ne sont plus réellement à un clic de souris vu que ces internautes n’ont pas de souris à portée de main (juste une télécommande améliorée).

Elle est donc là l’astuce : repackager les services en ligne dans un contexte où les internautes seront plus perméables aux messages publicitaires (moins méfiants). Devant votre ordinateur vous êtes alerte, concentré, prêt à fermer les pop-up ou à ouvrir un nouvel onglet si un site est trop long à charger. Dans votre canapé ça sera différent : vous serez détendu (plus de temps, plus de patience) et vous n’aurez pas du tout le même équipement (un navigateur équipé d’un bloqueur de bannière).

Faut-il se réjouir ou redouter ce scénario ? Il est encore trop tôt pour le dire. Ce dont je suis certain c’est que les publicitaires ne sont pas stupides et qu’ils seront faire preuve de subtilité pour ne pas nuire à cette nouvelle expérience de consommation de services en ligne au travers de votre télévision. D’autant plus que la concurrence sera rude (lire à ce sujet cet autre rapport de Forrester sur l’IP TV : European IPTV Forecast, 2009 To 2014) et que de nouveaux entrants vont également venir briguer la place en face du canapé (notamment les fournisseurs de cloud-gaming comme OnLive).

Croissance des parts de marché de l'IPTV
Croissance des parts de marché de l'IPTV

Moralité : Grâce au web, vous passez plus de temps devant votre TV (et devant votre mobile) (et sur votre netbook).

Vers des marques générées par les utilisateurs

Au début des années 90, un concept curieux a fait son apparition : l’auto-marketing. L’idée étant que les clients allaient eux-mêmes choisir (concevoir) les produits qu’ils allaient acheter. Ce concept a trouvé un écho notable au début des années 2000 avec la vague du marketing 1to1 (« marketing individualisé » en français) où il était question de personnaliser l’offre de façon tellement fine que les prospects ne pouvaient refuser ce qu’on leur proposait.

Plus tard, nous avons vu apparaitre des boutiques en ligne d’un nouveau genre où les client participaient de façon active à la conception des produits : LaFraise pour des T-shirt, Lego pour des constructions, Ponoko pour les objets artisanaux, Crowdspirit pour des produits électroniques… aujourd’hui le crowdsourcing semble donc être le modèle le plus proche de l’auto-marketing. Pourtant je suis persuadé que nous pouvons aller plus loin, beaucoup plus loin… notamment grâce à l’open innovation, aux pro-ams et aux marques grises.

Open source et open hardware viabilisés par la communauté

Le modèle open source nous a ainsi démontré qu’il est tout à fait possible de concevoir, développer et distribuer des produits performants en ayant recours à la communauté. Bien évidemment il faut une communauté savamment orchestrée et stimulée pour que cela fonctionne sur la durée mais des exemples comme Linux, Mozilla ou Apache nous prouvent que c’est possible, d’autant plus avec un média de masse comme le web.

Plus récemment nous avons vu des expérimentations tout à fait intéressantes du modèle open source appliqué non pas aux logiciels mais à des produits génériques : l’open hardware. L’idée étant de publier librement les schémas de conception d’appareils et de compiler les contributions de la communauté pour améliorer ce schéma et surtout trouver un moyen de production viable.

Il existe ainsi le cas de cette machine à laver (Open source Washing Machine), cette surprenante console de jeu portable open source (la GP2X) ou encore le Touch Book, le premier netbook dont les spécifications matérielles sont disponibles :

Touchbook

Pour le moment le résultat ne dépasse pas la qualité des produits commercialisés par les marques, mais avec le temps il se peut que certains des produits que nous utilisons au quotidien soient remplacés par des équivalents génériques et open-source (personnellement je rêve d’un four à micro-ondes Mozilla qui remplacerait ma grosse daube chinoise).

Reste également le problème de la fabrication qui doit répondre à une logique de masse pour être viabilisée (plus vous construisez d’unités et moins ça coute cher) mais avec une communauté motivée, il est même possible de crowdsourcer la publicité (souvenez-vous de la campagne de promotion de Firefox 3).

Quoi que… la fabrication de masse est-elle un pré-requis ? Pas sûr quand on regarde l’exemple de Local Motors, un constructeur qui sollicite la communauté pour concevoir des voitures et les fait fabriquer dans des usines locales : Local Motors, une nouvelle marque automobile basée sur le crowdsourcing local. La première voiture a avoir été produite est la Rally Fighter :

RallyFighter

Un bel exemple de matérialisation du concept de crowdsourcing appliqué à un produit très complexe.

Pro-ams consacrés par les médias sociaux

Autre tendance lourde de ces dernières années : les pro-ams, ces amateurs ayant réussi à quasi-professionnaliser leur activité grâce à l’audience qu’ils ont acquis auprès des médias sociaux. Citons ainsi ces blogueurs devenus éditorialistes (cf. Peter Cashmore de Mashable, Peter Rojas de Gizmodo et Engadget…), ces blogueuses culinaires réussissant à vivre de leur passion en vendant des livres (Scally…), ces livecasteurs devenus animateurs TV (comme iJustine), ces chanteurs auto-produits (comme Grégoire)…

Bref, avec du talent et un savant usage des médias sociaux, il est possible de rapidement se créer une visibilité suffisante pour en vivre. En d’autres termes : convertir de l’audience en revenus.

Prenons maintenant l’exemple de blogueuses « modes » et autres chasseurs de tendances (Deedee, Betty…). Pour le moment ils génèrent des revenus avec de la publicité ou de l’affiliation, mais pourquoi ne pourraient-ils pas devenir créateurs et lancer leur propre marque ? Tout simplement parce que derrière chaque marque il y a une dynamique industrielle (pour la production) et une logistique en béton (pour la distribution et le CRM). Est-ce que la clé de tout ceci serait l’adossement à une marque ? Peut-être bien.

De la marque blanche à la marque grise

Vous connaissiez déjà les marques blanches dont les enseignes de distribution sont particulièrement friandes (après tout, on ne peut pas s’inventer producteur de biscuits, de confiture, de pulls en laine polaire…), mais connaissez-vous les marques grises ? Et pourtant vous en avez déjà croisées : « Powered by… » ça vous dit quelque chose ?

L’idée est simple : mettre la capacité de production / le savoir-faire d’un industriel au service d’une marque qui valorise le capital-confiance durement acquis auprès de ses clients. Illustration avec mon four où se côtoient les marques du fabricant et du distributeur :

ikea-whilpool

Dans le monde du web nous connaissons cela depuis longtemps avec notamment les grands moteurs de recherche qui propulsent les fonctions de recherche des petits sites :

GoogleCustomSearch   blogger-powerby

 

Dans ces deux cas de figure, c’est la réunion de la marque hôte (celle qui maitrise le contact-client) avec un industriel / spécialiste (celui qui maitrise la technologie et/ou la capacité de production) qui fait des merveilles : échange audience et confiance contre savoir-faire et crédibilité.

Plus récemment nous avons également vu un fabricant de soupes produire une recette élaborée par les internautes (Quand l’innovation vient de la créativité du consommateur) :

Liebig_Tatiana

Inversez le rapport de force (la marque s’efface au profit de la communauté) et vous obtenez un best-seller de niche.

Du crowdsourcing au social branding

Poursuivons la réflexion avec cet exemple de soupe : une blogueuse culinaire qui élabore des recettes, les fait produire par un industriel et en assure la promotion au travers de son blog. Surréaliste ? Pas tant que ça, en fait cet exemple n’est plus farfelu que celui d’un blogueur high-tech qui se mettrait à concevoir et produire son propre tablet PC : le Crunchpad (cf. TechCrunch Tablet makes an early debut).

Crunchpad

Dans ce cas de figure, le fabriquant est complètement éludé, mais ce projet gagnerait en crédibilité s’il y avait une marque crédible pour cautionner le tout (« Power by Asus / Toshiba / …« ).

Avec un peu d’ambition et une petite prise de risque, cet exemple pourrait être étendu à d’autres domaines d’activité :

  • Les plats cuisinés (où vous remplacez Cyril Lignac par votre blogueuse favorite) ;
  • Les produits financiers (où vous confiez l’élaboration et le suivi d’une SICAV par un analyste / blogueur) ;
  • Les fringues (où vous substituez Karl Lagarfeld par votre chasseuse de tendance préférée)…

Les exemples sont nombreux, il faut juste trouver la bonne configuration de marché pour faire se rencontrer une audience (restreinte) et un produit en petite série (du moins bien plus petite que dans la grande distribution). Tout est une question de maitrise des couts de production et de distribution mais comme « small is the new big« , tout est possible !

Pour des produits plus complexes, une seule personne ne peut assumer la conception / promotion, mais encore une fois, une communauté bien orchestrée peut venir à bout des marques les plus puissantes. D’ailleurs le sont-elles réellement (puissantes) ? Prenons les cas de figure suivants :

  • Dans l’automobile, depuis combien de temps n’avez-vous pas été bluffé par un nouveau modèle (un qui ne soit pas un mélange de modèles concurrents issus eux-mêmes de compromis) ? ;
  • Dans l’informatique, voilà près de 2 ans que les constructeurs s’arrachent les cheveux sur un netbook réussissant le grand écart entre puissance et mobilité (sans trop y parvenir) ;
  • Dans l’électronique, depuis combien de temps attendons-nous un baladeur MP3 capable de détrôner l’iPod ? Idem dans la téléphonie avec un smartphone open-source « crédible » (cf. The quest for a truly open smartphone: can it be done?)…

Là encore les exemples sont nombreux et il suffit d’une communauté suffisamment bien organisée et motivée pour… pour quoi déjà ? Détrôner le leader ? A-t-on réellement besoin d’être le N°1 sur son segment pour être viable ? Non, bien sûr que non puisqu’il est juste question de lancer une offre alternative (qui permettrait au constructeur de rentabiliser ses investissements industriels). Avec une communauté solide, il est tout à fait possible de créer une marque forte qui soit synonyme de stabilité, d’intégrité et de confiance (Linux, Mozilla…). Adossez-lui un industriel reconnu (« Powered by…« ) et vous pouvez sans aucun problème grappiller quelques parts de marché et stimuler les marques historiques (au bénéfice des clients). L’idée ici n’est pas de tirer les prix vers le bas mais plutôt de tirer la qualité vers le haut.

Nous avons déjà vu des exemples de marques générées par les utilisateurs dans Second Life, je suis intimement persuadé qu’il est tout à fait possible de faire la même chose IRL (« In Real Life« ). Les experts avaient prédit ça pour 2012 (cf. The Future of The Social Web) mais je pense que les conditions de marché sont réunies.

Si vous avez des exemples, merci de publier les URL dans les commentaires.

Les conversations remplaceront-elles les messages ?

Saviez-vous que le premier email avait été envoyé durant les années 60, soit il y a plus de 40 ans. 40 ans… et une bonne partie de notre activité quotidienne en ligne repose toujours sur les emails. Entre temps il y a eu de nombreuses révolutions technologiques ou des usages (web, intranets, web 2.0, médias sociaux…) mais les messages, eux, n’ont pas beaucoup changé dans leur mode de fonctionnement : un expéditeur, un destinataire, un objet et un corps. Avec le temps, les messages sont devenus plus riches (nombreuses possibilités de formatage ou de pièces jointes) mais le fonctionnement est toujours le même.

Là où ça devient problématique c’est quand :

  1. Plus des 2/3 des messages échangés sur la planète sont du spam ;
  2. Il existe une multitude de moyens de communication (tweets, systèmes de messagerie des plateformes sociales…) et que ces derniers font saturer votre attention ;
  3. Votre activité en ligne est répartie entre différents ordinateurs / terminaux.

À partir de ce constat, il devient plus qu’urgent de revoir le mode de fonctionnement de ces messages et de passer à autre chose. Cet autre chose, ce sont les conversations : les conversations privées ou publiques, indexables et archivables, enrichies ou non (contenus riches, fichiers joints, modules applicatifs encapsulés…), éditables ou non.

En fait, quand on y réfléchit bien, le point de bascule est déjà dernière nous avec l’apparition de messages structurés en conversations dans Gmail :

gmail-conversations

Mais ceci n’était qu’un début car les conversations sont petit à petit passées au centre des attentions et ne font qu’entamer un long processus d’évolution.

Et les conversations deviennent publiques

La déferlante des médias sociaux a ainsi apportée une dimension « sociale » aux conversations en les rendant publiques, comprenez par là que certains sites comme Facebook ou Twitter sont devenus des lieux de rencontre où il faut être vu et où chacun écoute les conversations des autres. Les public walls ont donc ressuscité les livres d’or (« guest book » en anglais) des sites perso pour en faire quelque chose de résolument plus intuitif, distribué, visible… plus social quoi ! Notons que ce principe de public wall fonctionne aussi dans le monde professionnel avec les réseaux sociaux d’entreprise.

De même, Twitter a intensifié cette pratique en y rajoutant une dimension temporelle importante avec les conversation publiques en quasi-temps réel (par l’usage des @ et #). Sur ce terrain là, signalons un petit nouveau (Nurphy) qui propose un service de conversation en ligne permettant de mieux gérer les aspects privé / public : Nurphy Wants to Replace Email with Conversations.

Outre les réseaux sociaux, une partie des conversations sont également hébergées par les blogs et leurs commentaires. Pas étonnant que dans cette mouvance nous avons également vu naitre et croitre des services d’agrégation de commentaires comme BackType (cf. Les commentaires au centre de votre graph social) ou Echo (cf. Vers des commentaires distribués pour les blogs ?).

BackType

Mais il y a une limite à cette visibilité à outrance : l’éparpillement. De fait, la prochaine étape de la transformation des conversations va être de les regrouper.

Des conversations unifiées

La messagerie unifiée n’est pas une nouveauté dans le monde de l’entreprise car voilà des années que l’on en parle. Le principe étant de regrouper en un seul endroit les messages (et conversations) en provenance de différents supports : email, messages téléphoniques, SMS… Avec l’avènement des médias sociaux, ce besoin d’unification va se faire également sentir sur le plan personnel. Comprenez par là que nous sommes maintenant saturés d’alertes et autres simili-spams en provenance de réseaux sociaux qui noient notre capacité à répondre à des messages plus importants (provenant de « vrais » amis ou de la famille).

D’où l’intérêt d’unifier tous les messages, alertes, stimuli en provenance des multiples plateformes sociales (email, réseaux sociaux, tweets, messagerie instantanée…) pour pouvoir les trier et surtout les classer. Le but de l’exercice étant de faire ressortir ceux en provenance d’interlocuteurs de choix (votre conjoint, mère…) ou nécessitant une réponse urgente. Un tel système permettrait également de garder le fil d’une conversation s’étalant sur différents supports (démarrée par email puis au téléphone…).

Rajoutez à cela la possibilité d’agréger les messages de tous vos terminaux (ordinateurs, netbook, smartphone, nabaztag…) ainsi que d’y accéder avec n’importe quel terminal et vous obtenez un sacré casse-tête ! Mais à coeur vaillant rien d’impossible, c’est en tout cas ce que se sont dit les équipes de Mozilla qui travaillent sur un projet de messagerie unifiée : Raindrop.

Raindrop

Parler de messagerie unifiée pour ce projet est très réducteur, les équipes le définissent plutôt comme un nouveau système de communication où vous connectez différentes sources (emails, Facebook, Twitter, Skype…), vous définissez des règles de traitement et vous greffez des extensions pour automatiser certaines tâches. Plus d’infos ici : First look: inside Mozilla’s Raindrop messaging platform. Pour le moment ce projet n’en est qu’à ses balbutiements mais il démontre une grande valeur ajoutée et préfigure ce que pourrait être l’avenir de la messagerie unifiée : 4 Reasons Why Mozilla’s Raindrop Matters.

L’avenir de la messagerie unifiée ? Oui à condition d’avoir fait le lien entre messages textuels et messages vocaux. Un mariage à priori impossible tant les difficultés technologiques sont nombreuses. Mais là encore, à co(d)eurs vaillants rien d’impossible puisque Google est en train de déployer aux États-Unis son service Google Voice qui vous propose de retranscrire les messages vocaux en texte : Google Voice Can Now Take Control Of Your Mobile Voicemail.

GoogleVoiceMail

Très pratique pour unifier toutes les formes de conversations, mais également effrayant car la retranscription ne prend pas en compte l’intonation, elle supprime le contexte.

Comme nous l’avons vu un peu plus haut, agréger les conversations n’est que la première étape. Le plus grand bénéfice d’une telle opération est de pouvoir traiter ces conversations voir de les enrichir.

Vers des conversations enrichies

C’est là que rentre en scène Google Wave, le fameux service dont on a beaucoup de mal à faire une définition courte. Et pour cause, Wave se situe à la croisée de nombreux usages et peu être exploitée de nombreuses façons : Google Wave = Email + IM + Wiki + Mashup. En fait il serait très réducteur de considérer Wave comme une évolution de l’email car c’est en fait un projet bien plus ambitieux que ça : Google Wave’s unproductive email metaphors.

Wave

Dans le contexte de la conversation, Wave vous permet de rendre une discussion active en autorisant l’édition, la gestion des modifications et la publication (par encapsulation dans une page web). Nous avons donc un usage plus proche du wiki.

Mais Wave vous permet également d’insérer des modules dans les discussions pour pouvoir l’enrichir et lui donner une dimension applicative : carte, slideshow, sondage… En fait il est possible de créer une infinité d’extensions et de mettre en place des robots auquel vous attribuez des permissions pour pouvoir faire tout un tas de chose à votre place. D’ailleurs nous ne devrions pas tarder à voir apparaitre une place de marché d’extensions pour Wave : Google Wave team talk shop and future.

Mélangez le potentiel des agents intelligents avec la possibilité de publier une discussion sur une page web et vous obtenez une authentique révolution dans votre façon de communiquer, d’interagir, de collaborer, de partager… Si vous avez la chance d’avoir une invitation pour Wave, je vous invite à tester le service en profondeur pour bien vous rendre compte du potentiel disruptif de cette technologie.

Conclusion

Donc au final, l’email est-il mort ? Non bien au contraire, il ne fait qu’entamer une longue série de mutations pour en faire l’outil de communication du 21ème siècle. N’oublions pas que derrière chaque email il y a un ingrédient essentiel (un utilisateur), et cette longue évolution ne devra en aucun cas le perdre en route. Lequel des usages pro ou perso va accélérer cette évolution ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais dans tous les cas de figure l’email est condamné à évoluer à moyen terme. Qui s’en plaindra ?

Petit compte-rendu de la conférence Buzz The Brand 2009

J’ai fait un (trop court) passage hier à la conférence Buzz The Brand pour venir écouter les spécialistes nationaux du marketing viral et du buzz. Autant le dire tout de suite, le niveau des présentations auxquelles j’ai pu assister était très bon. L’édition 2009 de cette conférence était donc l’occasion pour démystifier certaines légendes urbaines au sujet du buzz et des campagnes virales.

À noter la bonne idée des organisateurs d’avoir placée cette édition sous la thématique cowboys et indiens : de très beau cactus pour la déco et ce magnifique t-shirt arboré par Gregory :

GregoryPouy

Mise à nu des mécaniques de buzz

C’est Emmanuel Vivier de Vanksen qui ouvre le bal avec une série de vérités vraies sur le buzz :

  • Les supports utilisés pour le buzz ne sont pas un territoire pour les jeunes (la moyenne d’âge pour Facebook et YouTube est supérieure à 30 ans) ;
  • Les internautes ne discutent pas avec des marques, ils discutent avec d’autres internautes (qui sont des représentants / ambassadeurs de marque) ;
  • Importance de bien planifier sa stratégie de buzz, notamment au travers du modèle utilisé par Forrester (POSTE – Profil, Objectif, Stratégie, Technologie, Evaluation) ;
  • Le buzz fonctionne aussi pour le luxe (cf. les campagnes Chanel ou JP Gautier) ;
  • Le viral fonctionne aussi très bien pour le BtoB (cf. les livrets blancs qui ne datent pas d’hier) ;
  • Il est essentiel de laisser parler les consommateurs (le buzz ne sert pas qu’à parler mais aussi à écouter) ;
  • Pensez à la population interne (les collaborateurs) pour initier / relayer votre campagne.

Des vérités qui sont toujours bonnes à dire.

Cahier de tendances du web social

Venaient ensuite David Réguer de RCA et Benoît Raphaël pour LePost.fr :

  • Ils publient régulièrement le baromètre BigBuzzBlog des blogs qui buzzent le plus ;
  • 2009 est l’année de la transgression (cf. l’exploitation d’Hitler dans différentes vidéos parodiques) ;
  • 2009 est l’année du paranormal (une matière première très facile à travailler) ;
  • 2009 est l’année des détournements (cf. Orange qui n’a pas fini de payer…) ;
  • 2009 est l’année du chat (cf. les innombrables vidéos de chats dans des situations cocasses) ;
  • Un exemple de bad buzz mal géré : MacDo et Pharrell Williams.

Un bon résumé des temps forts de l’année.

Pas de médias sociaux sans une nouvelle approche du ROI

Intervention de Catherine Barbat (Malinea), Ludovic Delaharche (Eyeka) :

  • Nécessité de travailler le support vidéo en lui-même pour pouvoir transformer les vidéos virales en outils d’acquisition avec des liens cliquables en fin de visionnage ;
  • L’annonceur est propriétaire des vidéos publiées par les internautes mais doit rémunérer les créateur en cas d’exploitation ;
  • La vidéo n’est qu’un maillon d’une campagne de buzz, idéalement il faut synchroniser tout le parcours client (de la page d’atterrissage jusqu’au tunnel de vente).

Puis c’est au tour de Paul Choppin (2xmoinscher) de nous faire son témoignage :

  • Ils ont mis en place la solution FeedBack2.0 pour pouvoir mieux dialoguer avec leur communauté de clients (échanges plus constructifs) ;
  • Bel engagement du DG qui organise souvent des déjeunés individuels avec des membres de la communauté (une sorte d’expérience « terrain »).

Deux beaux témoignages dont vous devriez trouver plus de détails sur les blogs respectifs des speakers.

Quelle approche du ROI pour le web social ?

Anthony Hamelle et Guilhem Fouetilloun de Linkfluence sur l’analyse du buzz de la campagne Evian Babies :

  • Le + gros buzz commercial du web= 35 millions de vues (1 internaute sur 23) sur 232 pays  ;
  • 1 vue achetée sur YouTube = 14 vues gratuites (via l’habillage de la page d’accueil) ;
  • Près de 40.000 commentaires publiés sur YouTube (volume trop important pour en faire une analyse sémantique concluante et surtout beaucoup de pollution) ;
  • Gros enjeu = Comment industrialiser le lancement ?
  • Gros travail de seeding sur le mois de juin 2009 avec des vidéos de teasing qui n’ont pas du tout fonctionnées (mais score très honorable après coup avec deux vidéos à plus de 2M de vues) ;
  • Ils attendent un écho de la campagne en fin d’année avec les best-of annuels (projection = 40M de vues sur l’année) ;
  • 13.500 liens directs pour 17 millions de referers (viralisation via email, tchat…) ;
  • L’objectif n’était pas de vendre des bouteilles d’eau mais plutôt de travailler l’attachement à la marque (de ce point de vue là l’annonceur semble satisfait) ;
  • Même si l’audience est concentrée sur une poignée de blogs à fort trafic, le nombre total de referers est très important pour de la viralisation de fond (notamment sur des cibles ou des marchés non programmés) ;
  • Campagne complètement ratée sur les Skyblogs (1.500 citations pour 3.000 vues) et sur Twitter (qui représente un très faible volume par rapport à la blogosphère) ;
  • MySpace a ramené beaucoup plus de visiteurs que Facebook (une audience de fond qui n’est pas très médiatisée mais bien présente) ;
  • Un impact faible sur les communautés famille et beaucoup plus fort sur les communautés marketing & com (la profession se regarde le nombril ?) ;
  • La propagation virale s’active et se travaille (sinon impossible de dépasser les 5 millions de vue) ;
  • Il n’y a pas que le ROI, mais aussi le ROO (retour sur objectifs), le ROE (retour sur attributs) et le ROSW (retour sur présence dans les médias sociaux) ;
  • Le calcul du ROI ne sert à rien sans la possibilité de comparer à d’autres campagnes => nécessité de standardiser.

Wow, un cas d’école hors norme pour une campagne pharaonique : plus de 4 mois de préparation et un budget avoisinant les 300 KE (hors création des vidéos). Ils prévoient de publier un livret blanc sur cette campagne et l’analyse de sa propagation, jetez-vous dessus quand il sortira !

——

Voilà, c’est tout pour cette année, je passe la main aux autres blogueurs présents à cette conférence pour qu’ils complètent mon compte-rendu.

Comment le microblog a bouleversé les pratiques de blog

Depuis l’apparition des blogs au début des années 2000 et leur très forte émancipation (notamment grâce à des acteurs comme Skyblog en France), il a fallu grosso-modo 5 ans à la blogosphère pour se structurer (faisant apparaître 3 sous-ensembles : high-tech, politique et life style) et se professionnaliser (cf. Changement d’époque pour les blogs ?). C’est un résumé grossier mais là n’est pas le propos de cet article.

Tout se passait bien jusqu’à l’explosion des médias sociaux (avec sa myriade de services) et la forte montée en puissance du micro-blogging (Twitter a-t-il atteint le point de bascule ?). Alors que l’on pensait la blogosphère toute puissante, voilà que deux services sont venus bouleverser la donne : Twitter et FriendFeed. Le premier sert à publier des messages ultra-courts (même en situation de mobilité), le deuxième sert à agréger sa production sur les médias sociaux. Vous pourriez me dire (à juste titre) que c’est une tempête dans un verre d’eau, il n’empêche qu’au fil du temps j’ai constaté une modification radicale dans les pratiques de blog, et notamment chez les acteurs « historiques » de la blogosphère :

Bref, les choses ont irrémédiablement changé suite à la maturation d’outils et plateformes sociales complémentaires (cf. Blogging Vs Microblogging + Lifestreaming + Social Networking). Comment expliquer ce changement : Lassitude des lecteurs ? Saturation de la blogosphère ? Envie de tester d’autres supports ? C’est un peu tout cela à la fois, mais surtout la mutliplication des supports : Is Blogging Evolving Into Life Streams?.

Aujourd’hui la configuration que je croise le plus souvent est la suivante :

  • L’activité de veille / filtre quotidienne sur Twitter (ou FriendFeed) ;
  • Des billets plus longs sur les blogs.

Il y a une logique derrière cette évolution : le blog n’est plus le support de prédilection pour de l’information chaude, il a été supplanté par le microblog. Illustration la semaine dernière avec l’annonce du lancement de Chrome OS : Je me suis dépêché de rédiger un billet sur le sujet à peine quelques heures après l’annonce, résultat : rien (très peu de commentaires et quasiment aucun lien). J’ai quelques jours plus tard pris le temps de rédiger un article plus complet avec une réflexion mieux argumentée et le résultat est bien plus satisfaisant (des commentaires plus riches, plein de liens entrants). L’enseignement que je peux en tirer est le suivant : j’arrête définitivement de faire la course à l’info chaude, moins de billets mais des articles plus réfléchis (que je pourrais qualifier « d’info tiède »). Finalement c’est Jakob Nielsen qui avait raison avant l’heure en préconisant de rédiger des articles et non des billets (Write Articles, Not Blog Postings).

Bien évidemment ceci ne s’applique pas à tous les blogs, les billets d’humeur sont toujours très largement appréciés, mais par ceux qui ont envie de les lire !

Reste maintenant à savoir comment les blogs vont évoluer. Sur cette question scénarios sont envisageables (What is the Future of Blogging?) :

  • Une transformation des blogs en lifestream (notez que lifestream et blogs peuvent tout à fait cohabiter (c’est ce que je fais avec ma barre latérale) ;
  • Une transformation des blogs en plateformes sociales (par l’intermédiaire de social bar comme Google Friend Connect ou Stribe) ;
  • Une transformation des blogs en web TV (peu probable car il faut tout de même de l’équipement, mais peut-être que les plateformes de livecast peuvent nous y aider) ;
  • Une redéfinition des blogs (un site comme un autre ?) ;
  • Un nouveau modèle encore à définir (Google Wave est un bon point de départ).

Comme vous pouvez le constater, les options sont encore nombreuses. En tous cas je reste persuadé que l’on ne peut plus se permettre de ne miser que sur un seul format : la prise de parole sur le web doit s’envisager comme un ensemble de publications sur différents formats (billets, articles, tweets, vidéos, diaporamas…).

Pour le moment je reste fidèle à mon support d’origine (mes 7 blogs) mais je commence à voir des choses tout à fait intéressantes avec des plateforms hybrides comme Tumblr ou Posterous qui permettent de publier avec différents formats, depuis différentes sources.

Finalement peut-être que le bon choix est celui de Steve Rubel : un lifestream modulaire pour sa production quotidienne et de temps en temps des articles de fond publiés sur des médias à forte audience (Mashable…).

Quoique, ça manque peut-être un peu d’interactivité tout ça… peut-être une petite touche de Facebook / LinkedIn par dessus et ça commencera à être bien.

Dans le doute je vous pose la question : préférez-vous plus de billets (1 par jour) ou des analyses plus poussées (quitte à tomber à 1 ou 2 articles par semaine) ?