Pourquoi Yahoo! et Microsoft ont tout intérêt à fusionner

La nouvelle est tombée vendredi après-midi et c’est une véritable bombe : Microsoft fait une offre de 44,6 milliards de $ pour racheter Yahoo! Voici l’annonce officielle : Microsoft Proposes Acquisition of Yahoo! for $31 per Share et la lettre envoyée aux employés de Microsoft : Ballmer’s Internal E-Mail to The Troops Explaining the Yahoo Acquisition.

miahoo

 

(je précise que je ne cautionne absolument pas ce montage réalisé par Bertrand, mais ça m’a bien fait rire…).

Deux éléphants courent-ils plus vite ensemble ?

C’est bien la question à laquelle ont tenté de répondre de nombreux blogueurs et analystes. Car il faut bien avouer que ces deux géants se trouvent dans des situations « délicates« . Yahoo! dont la machine à innover et le programme publicitaire ne fonctionnaient pas ; et Microsoft qui s’enlisait dans différents chantiers (Live, Windows Live, Office Live…) sans réellement convaincre. Il y a bien entendu eu tous ces rachats pour sauver les apparences, mais malgré leurs efforts respectifs, ces deux marques ne pesaient pas lourd face aux Google, SalesForce et autres Facebook. Pour résumer la situation : ces deux là ne sont plus « dans le coup ».

Et pourtant… quand on y réfléchit bien, Yahoo! et Microsoft possèdent une audience considérable et surtout des services bien plus populaires que tous ces réseaux sociaux dont on parle. Hotmail et Yahoo! Mail approchent ainsi chacun les 300 millions d’utilisateurs. Rajoutez à cela les nombreux services satellites comme FlickR, del.icio.us, MSN… et vous avez LE poids lourd incontestable de l’audience (cf. Microhoo! What Does it Mean for Users?).

Poids lourd incontesté de l’audience mais pas du marché très lucratif de la recherche, car Google représente toujours 77% de parts de marché contre 19% pour cette nouvelle alliance (cf. Microsoft veut acheter Yahoo. Ah bon ?). Certes, l’audience est cruciale mais à quel prix ? Car les visiteurs de Yahoo! et de Microsoft sont bien souvent les mêmes. Cette fusion permettrait donc d’augmenter la part d’audience, mais pas le nombre de visiteurs (cf. Microsoft values Yahoo Visitors at $1,200 Each).

D’autant plus que va se poser la douloureuse question de l’arbitrage entre les services concurrents, à l’image de Yahoo! Photos qui a fermé ses portes au profit de FlickR. Pour les premiers pronostics c’est ici : What Would a Combined Microsoft-Yahoo Look Like?

Mais bon, les futurs mariés ne forment pas non plus un couple dépareillé, bien au contraire. Les synergies sont ainsi nombreuses entre les différents services : ceux qui vont être consolidés (Yahoo! Widgets et Sidebar, Yahoo! Messenger et MSN Messenger, Yahoo! Maps et Live Maps, Yahoo! Pipes et Popfly…) et ceux qui sont encore largement sous-exploités (JumpCut, KickStart, Yahoo! Avatars, Yahoo! Games…). Plus de précisions ici : What Microsoft gets for its $44 billion purchase of Yahoo!.

Et à ceux qui pensent que Microsoft et Yahoo! sont dans l’impasse au niveau de la recherche algorithmique, je vous rappelle qu’il faut maintenant compter sur la technologie de Fast rachetée récemment.

Yahoo! ID, la clé de voute de l’édifice ?

Avec toute cette profusion de services mis en commun dans la corbeille des mariés, comment s’en sortir ? Grâce à l’authentification unique bien évidement ! L’authentification unique est le sésame qui ouvre la porte à une collection vertigineuse de services, c’est également le moyen de fidéliser une audience colossale et de développer les usages au sein de cette galaxie de services.

L’authentification unique, c’est également le vieux rêve de Microsoft (Passport ça vous rappelle quelque chose) qu’ils essayent de relancer avec Live ID.

C’est là où Yahoo! ID rentre en scène, ou plutôt devrais-je dire Yahoo! OpenID. En fondant son service d’authentification sur un standard ouvert comme OpenID Yahoo! décuple l’intérêt d’avoir un compte (et une adresse email).

Ceci est d’autant plus intéressant qu’OpenID est une des solutions d’authentification à l’étude au sein du consortium DataPortability. Consortium au sein duquel on retrouve (entre autre) Google et Facebook.

Facebook pourrait être la première cible…

Affaiblir la position dominante de Google est un objectif évident de cette fusion, à long terme. Mais à plus court terme, Yahoo! et Microsoft doivent d’abord évincer les nouveaux entrants qui dérangent : MySpace, Facebook et cie… Au sujet de MySpace, considérons que le problème se règlera de lui-même dans la mesure où malgré une audience encore considérable, ce service est en perte de vitesse faute d’avoir trouvé un second souffle.

Reste le « cas » Facebook à régler. Facebook est-il si dangereux que ça ? Non pas réellement, et ceci pour plusieurs raisons :

  1. Microsoft a déjà mis un pied dans la maison. Rappelons que Microsoft a une réputation de fossoyeur : ils avaient la fâcheuse habitude de racheter des services concurrents pour pouvoir les saborder. Certains analysent déjà ce rachat comme une bourde (cf. Est-ce que l’achat de Facebook par Microsoft a eu un impact sur le membership?).
  2. Facebook ne gagne pas d’argent. Pire : ils anticipent un déficit de 150 millions de $ en 2008 (cf. Facebook Finances Leaked). Ce qui est plus que fâcheux en cette période d’instabilité économique et boursière.
  3. Facebook est un colosse aux pieds d’argile. Toute la valorisation de Facebook repose sur sa base d’utilisateurs. Or, nous savons maintenant que l’équipe ne maîtrise absolument rien, en témoignent les nombreuses fois où ils ont dû faire marche arrière face à la pression des membres (pour la première version du News Feed, pour le Project Beacon, pour la radiation de Scoble). Moralité : le social graph de Facebook ne va pas être si facile que ça à monétiser (cf. Social Networking Inventory Not Monetizing As Well As Expected).
  4. Facebook et sa platform reposent sur une technologie propriétaire. Propriétaire ? Voilà un mot qui appartient au passé, surtout avec des initiatives comme OpenSocial ou la Social Graph API que Google vient de sortir (cf. Google starts linking social networks).

Bref, plus que jamais je réitère mon scepticisme vis à vis de Facebook (cf. Pourquoi je ne crois plus en Facebook) et suis persuadé que les efforts communs de Yahoo! et Microsoft accoucheront d’une offre « sociale » majeure tout à fait crédible.

… et Android la seconde

Il y a un sujet que nous n’avons pas encore abordé, c’est celui de la mobilité. Et il faut bien reconnaitre que dans ce domaine, un rapprochement entre Yahoo! et Microsoft serait intéressant car leurs offres de mobilité sont complémentaires : Yahoo! Go pour les téléphones et Windows Mobile pour les smartphones.

Et il faudra au moins ça pour rattraper le retard sur Symbian (qui possède près de 75% de parts de marché) ou pour contrer l’arrivée d’Android.

Au final ce sont les utilisateurs qui vont gagner

Je suis très optimiste via à vis de cette fusion, c’est ce qui peut arriver de mieux à Yahoo! (qui allait s’effondrer sous son propre poids) et à Microsoft. Je fais ainsi entièrement confiance à Ray Ozzie pour l’intégration de Zimbra et pour redonner un second élan à ces deux géants.

Et puis de toute façon, les utilisateurs y trouveront forcément leur compte : au mieux, les services auxquels ils sont abonnés s’améliorent ; au pire ça stimulera la concurrence.

Reste maintenant au board de Yahoo! d’accepter cette offre…

Microsoft prépare une grande offensive dans la vidéo en ligne avec Silverlight

Chez Microsoft ils ont visiblement décidé de mettre le paquet sur la vidéo pour assurer la promotion de Silverlight.

Nous avons tout d’abord eu la retransmission live de l’intervention de Bill Gates lors du CES : Watching the Bill Gates CES 2008 Keynote powered by Silverlight.

Il y a également eu la diffusion gratuite de Jackass 2.5 : Watch Jackass 2.5 – Free and Exclusive on Silverlight!.

Ils ont également fait un partenariat avec CBS/Paramount et Entertainment Tonight pour le lancement du mini-site des Golden Globe Awards : ET’s new Golden Globes Site powered by Silverlight.

GoldenGlobes

 

Enfin, ils viennent d’annoncer un partenariat avec NBC pour faire de MSN la source d’information officielle des jeux olympiques : Silverlight to power the online video portal for the 2008 Olympics.

nbc_silverlight

 

Une très grosse nouvelle puisque les J.O. représentent tout de même près de 15 millions de visiteurs uniques. De quoi accélérer le déploiement de la v.2 de Silverlight.

Impossible pour moi d’achever ce billet sans une touche de francophonie, je vous propose donc de jeter un œil au site des TechDays 2008 de Paris :

TechDays

 

Tout ça est très intéressant, d’autant plus que côté Adobe les vidéos en HD (pas encore de full HD ?) commencent à voir le jour, notamment sur le site Hulu ou encore sur leur HD Gallery.

Silverlight 2.0 : Plus de performance et de sophistication

La version 1.0 de Silverlight vient à peine de sortir que l’on nous annonce déjà la version 2.0 : .NET Web Product Roadmap (ASP.NET, Silverlight, IIS7).

Petite séance de rattrapage : Silverlight est une alternative à Flash qui a été lancée cette année par Microsoft. Pour faire simple, c’est un plug-in pour afficher et gerer des interfaces riches (RIA). Problème : Microsoft a 10 ans de retard à rattraper sur MacromediaAdobe. Résultat : les équipes mettent les bouchées doubles pour faire rapidement progresser leur plug-in et pour trouver de nouveaux leviers de différenciation.

A programme des nouveautés de Silverlight 2.0 (prévu pour le 1er trimestre 2008) :

  • une meilleure prise en charge de WPF (la technologie qui gère les interfaces sous Windows Vista) ;
  • des contrôles plus performants (boutons, cases à cocher, réglettes…) ;
  • une gestion plus performante des APIs (REST, POX, RSS, WS*…) ;
  • une intégration native au sein de l’environnement de Visual Studio et de la plateforme .Net.

Traduction :

  • des interfaces plus belles (notamment grâce au langage XAML dérivé de celui qui est utilisé dans les interfaces Vista) ;
  • des interfaces plus rigoureuses (qui se rapprochent de la logique de Flex) ;
  • des interfaces plus performantes ;
  • des interfaces plus faciles à développer et déployer.

Force est de constater que si l’accent avait été mis sur la vidéo pour la première version, cette seconde mouture de Silverlight va lui permettre de gagner encore plus la confiance des équipes informatiques (qui jusqu’à présent étaient très hermétiques aux interfaces riches reposant sur Flash).

(via Hebi Flash Blog)

[Edit]

Bon visiblement je m’était un peu emballé sur le coup du Go-Live, à ne pas confondre avec GoLive. Merci pour vos commentaires.

Pourquoi je ne crois plus en Facebook

En ce moment Facebook a la côte : on en parle à la radio, à la TV et les journalistes des grands médias n’en finissent plus de s’interroger sur les raisons de ce nouveau phénomène social. Et pourtant la réalité est tout autre.

Souvenez-vous, il y a quelques mois la coqueluche de l’époque s’appelait Second Life. Nous sommes donc en train d’assister à un phénomène classique de résonance : on en parle parce que les autres en parlent.

Facebook est-il révolutionnaire à ce point ? Ce service mérite-t-il une telle attention ? Oui, en partie. Mais sans vouloir lui retirer son indéniable succès et certaines qualités, il y a fort à parier que les annonceurs n’y trouveront qu’un intérêt très relatif.

L’explication est toute simple et peut-être résumée ainsi :

  • La croissance et l’audience de Facebook sont largement sur-évaluées ;
  • L’écosystème mis en place autour de la Facebook Platform ne tiendra pas ces promesses ;
  • Les modèles publicitaires présentés récemment sont bancals ;
  • La concurrence avec d’autres plateformes sociales va être très rude.

Donc en un mot comme en cent, malgré l’enthousiasme de son jeune CEO, Facebook ne révolutionne rien du tout.

Les chiffres en question

Commençons tout d’abord par nous intéresser aux fameux chiffres mirobolants de Facebook :

Vous l’aurez compris, les chiffres présentés par Facebook sont surtout impressionnants pour ceux qui veulent croire à leur jolie histoire. La Facebook Platform est certes un très bon facteur de croissance mais force est de constater que les meilleures places sont déjà prises.

Une plateforme à peine entre-ouverte

Et puisqu’on en parle, intéressons-nous à cette fameuse Platform. Quand on y regarde de plus près, on se rend rapidement compte qu’elle n’est pas si ouverte :

  • les applications utilisent un langage spécifique (le FBML pour Facebook Markup Language) ;
  • Les applications sont hébergées au sein du Application Directory (régit par Facebook) ;
  • les fournisseurs d’applications doivent se conformer à une charte (définie par Facebook).

Nous sommes ici bien loin de la souplesse des API et de la rigueur des Web Services. Si le succès du web 2.0 repose en partie sur les fameux mashup et sur l’innovation par l’assemblage, l’innovation est ici fortement limitée par ce langage spécifique et par la taille de la base d’utilisateurs (55 millions, ce qui n’est pas énorme).

Le fait que des agences se soient spécialisées dans le développement d’applications Facebook (RockYou, Slide…) est un signe que ces choix techniques sont un frein au développement.

Le Social Graph en question (il y a amis et amis)

Pour faire simple, le Social Graph est une représentation de nos relations et des interactions qui en découlent. La promesse de Facebook est donc de proposer aux annonceurs de pouvoir modéliser de façon très fine ce fameux Social Graph. Oui mais voilà, sur quoi repose-t-il ? Ou plus exactement, vos friends sur Facebook sont-ils réellement vos amis ? J’en doute fort. J’ai plus de 600 contacts associés à mon profil, dont à peine une dizaine que j’ai réellement rencontrés.

Les amis de Facebook sont pour la plupart des relations améliorées, et c’est bien là où se fait la différence. Dans la culture anglo-saxonne la notion d’amitié est très différente de la notre (les latins) : ils savent parfaitement mélanger relations professionnelles, amis d’un soir et amis d’amis.

Conséquence : je me vois mal faire confiance à un membre de mon réseau dans la mesure où :

  1. je ne sais pas réellement qui il est (la majeure partie des profils n’est pas réellement renseignée) ;
  2. je ne sais pas ce qu’il me veut (les intentions ne sont pas clairement exprimées) ;
  3. j’apprécie moyennement le fait qu’il me balance des moutons à la tête ou qu’il me donne de grande tapes dans le dos (Super Poke).

Pour vous convaincre de la superficialité de votre réseau posez-vous la question suivante : à combien de vos friends prêteriez-vous votre voiture ou votre appartement ?

Un gros problème de prise en main

La mise en page de Facebook est nettement meilleure que celle des pages MySpace ou que des Skyblogs, c’est indéniable. En revanche ce service est-il suffisamment simple et convivial pour séduire le plus grand nombre ? J’en doute. Il existe des millions d’utilisateurs de Netvibes car le bénéfice de ce service est immédiatement perceptible (on bouge des boîtes, on ajoute des widgets…). Mais vous devez bien avouer que l’expérience d’utilisation de Facebook est plus que troublante : trop d’applications, trop de termes jargonneux, trop de complexité.

En fait il y a un réel problème de guidage et de prise en main. Pour faire simple : les novices sont complètement perdus. Pour vous en convaincre, je vous invite à lire les commentaires d’un vieux billet que j’avais rédigé sur Facebook mais qui est très bien positionné dans Google :

  • « Pouvez svp m’expliquer à quoi sert facebook et comment s’inscrire. Merci de me répondre car je ne suis pas une pro de l’informatique« 
  • « J’aimerais qu’on m’explique svp quelle réelle différence il existe entre facebook et myspace« 
  • « Que veut dire “site”?« 

Je veux bien croire qu’Aziz et sa bande de potes s’éclatent sur Facebook, mais ce service n’est aujourd’hui pas configuré pour séduire plusieurs millions de personnes : trop complexe, trop riche et surtout pas de traduction prévue pour l’interface.

Des programmes publicitaires très douteux

Nous en venons maintenant au plus gros problème de Facebook : sa plateforme publicitaire. Pourquoi est-ce un gros problème ? Parce que le modèle économique de Facebook repose sur des fondamentaux instables.

Il existe ainsi plusieurs programmes (détaillés ici : Facebook Advertising – 3 New Ways To Play) :

  • Les Business Pages qui sont un équivalent des pages sponsorisées par des marques comme sur MySpace (avec mise en avant de produits et liens vers des partenaires). Gros problème : il n’est pas possible d’inviter des fans à partir d’une business page. Conséquence : le seul moyen d’avoir une business page avec un noyau dur de fans est de transformer une page perso en une business page. Si vous savez lire entre les lignes alors vous pouvez vous faire une bonne idée des détournements possibles : fausses pages perso à vocation business, revente à des marques de pages persos populaires…
  • Les Social Ads qui sont affichées sur la page d’un membre ou dans son mini-feed. Idem, on peut tout à fait anticiper un véritable trafic d’audience basé sur la popularité d’un profil (ça me rappelle une sombre histoire de blogueurs vendus) ;
  • Le Project Beacon qui se sert de données comportementales collectées sur différents sites partenaires (cf. Facebook ads definitely creepy, possibly illegal et Is Facebook Beacon a Privacy Nightmare?) pour mieux cibler votre profil et celui de vos potes. Autant vous dire que cela pose de très sérieux problèmes éthiques.

C’est sur ce dernier point que le jeune CEO de Facebook ne parvient pas à rassurer l’industrie publicitaire et les annonceurs : Partant du principe que les membres sont le vecteur de la marque, sans redistribution de revenus, cette affiliation stérile ne bénéficiera qu’aux marques les plus fortes (Apple, BMW…), donc celles qui n’ont pas réellement besoin de ce programme (cf. I’ll spam my friends, but I want a piece of the action).

Au-delà de ces problèmes de respect de vie privée et de confidentialité, ce réseau de sites mouchards (qui dénoncent les actions des membres de Facebook) peut avoir une influence très néfaste sur le comportement des internautes et sur une éventuelle prise de décision d’achat : Facebook’s Beacon and Boundary States. A partir du moment où toutes vos actions et achats sont visibles sur votre profil (dans votre mini-feed), est-ce que vous n’y réfléchirez pas à deux fois avant de cliquer ? Ne vous direz-vous pas « comment va réagir mon audience à cet action / achat » ?

Sont-ils en train de réinventer la roue ?

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai réellement l’impression que l’offre de Facebook ne révolutionne rien du tout (pages business, publicités ciblées…), voire qu’ils sont en train de refaire les erreurs du passé (ciblage comportemental basé sur les actions des internautes, à l’époque on appelait ça du marketing 1 to 1).

Quand on y réfléchit bien, que propose Facebook ? Des business pages (vous possédez déjà un site web, non ?), des statistiques détaillées sur le nombre de visiteurs sur ces pages (une belle régression par rapport aux outils d’analyse de la performance actuels) et des programmes publicitaires basés sur le CPM et CPC (même pas de CPA à la Amazon ?). Bref, ils nous font le coup du web dans le web, une sorte de couche d’abstraction au web « grand public » réservé à une bande de jeunes qui se balancent des moutons à la tronche. Désolé mais ce n’est pas ce que j’appelle une révolution, d’autant plus quand les questions de confidentialité et d’amitié sont très ambigües.

Une IPO est-elle la solution ?

Avec l’argent récolté auprès de Microsoft, on est en droit de se dire que Facebook va tranquillement préparer son introduction en bourse pour lever des fonds et accélérer sa croissance. Le problème c’est qu’une introduction en bourse n’a rien de tranquille : il ne suffit pas de louer des bureaux à New-York et de débaucher un CFO pour y parvenir.

Les financiers ne sont pas des imbéciles et je doute fortement qu’ils se laissent séduire par cette belle histoire de jeunes prodiges en tongs Adidas qui s’éclatent à faire des overnight coding sessions.

Rajoutez à cela un problème de valorisation, car Facebook n’a jamais été valorisé à 15 milliards de $ : Even Microsoft doesn’t value Facebook at $15 billion.

Que se passera-t-il quand Facebook n’aura plus la faveur des médias et du grand public ?

En voilà une bonne question, d’autant plus que ça a déjà commencé :

En résumé : avec cette nouvelle plateforme publicitaire Facebook risque de perdre la confiance de ses membres. Même si la croissance est toujours forte, il ne s’agit que d’un phénomène d’inertie.

Faut-il oublier Facebook ?

Non bien évidemment, chacun est libre de s’en servir pour construire son réseau et pour retrouver de vieilles connaissances. Par contre les annonceurs devront être très prudents quant à l’exploitation de ce réseau. Oui l’application iLike est un authentique succès, est-ce que pour autant Renault ou Naf-Naf peuvent en profiter ? J’en doute.

Facebook va donc progressivement venir se ranger aux côtés des MySpace, Skyblogs, Friendster… Comprenez par là qu’il va perdre son avantage concurrentiel vis à vis d’initiatives réellement plus ambitieuses comme OpenSocial ou mieux structurées comme ces nouvelles plateformes sociales.

Oui, j’ai crû au modèle de Facebook. Oui, j’ai bien crû qu’ils pouvaient révolutionner le web social et proposer une approche unifiée. Non, je n’y crois plus car ils vont avoir visiblement beaucoup de problèmes à transformer leurs rêves d’étudiants et réalité économiquement viable.

Mise à jour (20 avril 2011) : Un nouvel article a été publié sur ce sujet : Rétrospective sur les 3 dernières années de Facebook.

Android : la plateforme mobile de Google

La blogosphère était en ébullition cette nuit après l’annonce de Google du lancement de sa plateforme mobile : Where’s my Gphone?. Gphone ? Non pas tout à fait. En fait il s’agit d’une plateforme mobile du nom d’Android qui sera exploitée dans le cadre d’une alliance (Open Handset Alliance) qui compte déjà de nombreux partenaires dont des constructeurs (Qualcomm, HTC, Samsung, Motorola, LG…), des opérateurs (Sprint, NTT DoCoMo, T-Mobile, Telecom Italia, Telefonica…) mais aussi des fournisseurs de composants (Intel, Nvidia…) et de logiciels / services (dont Ebay).

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C’est quoi Android ?

C’est une plateforme logicielle qui intègre différents composants :

  • un système d’exploitation (basé sur Linux)
  • un middleware (pour gérer les interactions entre le matériel, le système d’exploitation et les logiciels)
  • une interface graphique
  • des applications (mail, agenda…)

Pour celles et ceux qui se posent la question : non, Android n’est pas un concurrent de Windows Mobile car il se situe à un niveau d’abstraction plus élevé. Pour faire simple : Android est une plateforme de développement pour les téléphones mobiles publiée sous licence libre (lire à ce sujet les explications de Tristan Nitot : A propos du Google Phone). Ce qui veut dire que Google va s’appuyer sur de nombreux partenaires industriels et même sur la communauté pour finaliser et faire évoluer la plateforme, contrairement à Microsoft qui se démène tout seul.

Je résume : en laçant une plateforme complète presque un an avant la commercialisation grand public (prévu pour le second semestre 2008) Google veut s’assurer que les partenaires vont avoir le temps de s’approprier sa plateforme et de proposer une expérience enrichissante pour les utilisateurs. Plus d’info sur le blog d’Affordance : Google est le webOS. Le WebOS est Google.

Notez que ce n’est pas la première tentative de ce genre puisqu’Apple a adopté la même approche avec son iPhone. Iphone qui est potentiellement un concurrent mais pas tout à fait dans la mesure où Google et Apple son très proches. Nous pouvons donc parier sur une forte compatibilité entre iPhone et Adroid.

Microsoft et Symbian ont-ils perdus la bataille ?

Non je ne pense pas dans le mesure où il existe une très grande quantité de téléphones portables et smartphones équipés des OS de Microsoft et Symbian. Certes, Symbian conserve une longueur d’avance avec ces centaines de millions de téléphones déjà équipés (lire à ce sujet le billet suivant : LiMo (Linux for Mobiles) is Ready to Go Prime Time), mais que peut faire cet éditeur contre le mastodonte qu’est devenu Google (d’autant plus depuis que son action a franchi le cap des 730 $, Google est une des plus grosses capitalisations boursière US).

Nous dirons donc que Symbian a perdu un avantage concurrentiel, mais il reste tout de même un éditeur avec de très gros partenaires (dont Nokia et Vodaphone qui ne sont bien évidemment pas présents dans l’Open Handset Alliance). En fait ce sont les utilisateurs qui vont y gagner, et c’est une très bonne nouvelle. Certains n’hésitent pas à dire que Google ambitionne de libérer le monde de la téléphonie mobile comme il vient de le faire avec les réseaux sociaux (Google en libérateur des téléphones après la « libération » des réseaux sociaux).

Inévitables grincements de dents

A peine Android est-il lancé que les premières (inévitables) critiques fusent déjà :

Je pense que nous n’en sommes qu’au début d’une très longue série de questionnements et d’interrogations sur l’impact de cette plateforme mobile sur le secteur des télécommunications.

Mais que fait Orange ?

Pendant ce temps-là, Orange brille par son absence dans cette alliance. Peut-être étaient-ils trop occupés avec cette rocambolesque histoire d’iPhone…

Et maintenant quoi ?

Difficile pour le moment de se prononcer sur l’avenir de cette plateforme. Certes, elle a un avenir mais lequel ? Google parviendra-t-il à monter des partenariats solides où tout le monde y trouvera son compte ? Les équipes de Google sauront-elles exploiter les dernières tendances en matière d’interfaces graphiques (Rich Mobile Application, interfaces tactiles…) ? Les téléphones équipés d’Android seront-ils proposer une expérience différanciante (d’autant plus depuis que l’iPhone a très largement relevé le niveau d’exigence) ?