LA tendance 2011 pour les médias sociaux : la qualité

Faisant suite à l’article de Cédric, je vous propose mes réflexions sur LA grande tendance de 2011 : la qualité. Les années 2009-2010 ont ainsi été les témoins du formidable essor des médias sociaux. Pour mémoire, il y a près de 600 millions de comptes sur Facebook, 110 M de tweets envoyés chaque jour et plus de 35h de vidéo publié sur YouTube. Tout ceci participe à un phénomène d’accumulation des contenus et signaux sociaux qui aggrave le sentiment d’infobésité. Conséquence : les utilisateurs des médias sociaux se sentent submergés et sont en demande de contenus et interactions sociales plus enrichissantes.

Si les années passées ont été synonymes de croissance effrénée, l’année 2011 sera l’année de la maturité où l’on privilégiera la qualité à la quantité. Je ne vous apprendrais rien en disant que le niveau qualitatif moyen des contenus générés par les utilisateurs est plutôt bas. Si vous souhaitez relever le niveau, il va donc vous falloir exploiter les bons outils pour faire le tri et pour améliorer la qualité de vos publications ou de vos interactions sociales.

La curation pour améliorer la qualité des contenus

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais « curation » est véritablement l’expression à la mode. Le principe de la curation est de nettoyer pour ne conserver que le meilleur. Des plateformes sociales avec de gros volumes de contenus proposent ainsi des espaces de découverte de nouveaux contenus « nettoyés » (« curated content« ) comme WordPress avec FoodPress ou TumblR (Tumblr Adds Curated Topic Pages For Better Content Discovery) et MySpace avec leurs topic pages :

Myspace_Topic

L’idée est d’améliorer l’expérience avec du contenu de qualité et de fidéliser les lecteurs avec une mise en page plus agréable. Dans ce nouveau schéma, tout le monde est gagnant :

  • les lecteurs découvrent des contenus de qualité ;
  • les éditeurs fidélisent une audience qu’ils peuvent monétiser par la suite ;
  • les rédacteurs bénéficient d’une plus grande exposition ;
  • les annonceurs disposent d’un espace d’expression mieux maitrisé.

Cette formule magique semble particulièrement adaptée à des terminaux de consultation comme l’iPad dont l’application Flipboard est une réussite flamboyante. Il n’en faut pas plus pour attirer la convoitise d’autres acteurs comme Scoop.it qui ambitionne de proposer une expérience équivalente dans votre navigateur :

Scoop.it_

Vous noterez au passage que la notion de curation n’est pas nouvelle, car j’en parlais déjà il y a 1 an 1/2 : Le filtrage social comme remède à l’infobésité. Pour conclure sur ce point, je pense ne pas me tromper en disant que le contenu de qualité est source d’interactions sociales de qualité : Why Tumblr Is Better Than Facebook For Meeting New, Compatible Friends.

Les experts pour améliorer la qualité des discussions

Des plateformes sociales comme Twitter ou Facebook ont démocratisées le principe des conversations rapides : chacun livre ses réflexions et états d’âme en 140 caractères, on partage un lien, on s’envoie des boutades. Tout ceci est fort sympathique, mais n’encourage pas les discussions de qualité. Des services comme StackOverflow proposent ainsi une alternative très interessante, mais fortement verticalisée (il faut être dans le milieu pour suivre les discussions) : Les FAQ collaboratives comme alternatives aux forums ?

Mélangez ce principe de FAQ collaborative avec un moteur de recherche puissant, un référencement diablement efficace, une mécanique sociale bien rodée, une pointe d’exclusivité et vous obtenez Quora, LE phénomène social du moment : Is Quora the biggest blogging innovation in 10 years? et 7 Reasons Quora Could Be The Breakout Star of 2011.

Pour faire simple, Quora est une plateforme de questions/réponses qui intègre le meilleur des réseaux sociaux (Facebook Connect, des profils utilisateurs détaillés) et du microblogging (possibilité de suivre quelqu’un ou un sujet). Les éditeurs de ce service ont eu la bonne idée de le faire tourner au ralenti pendant presque un an avec un nombre très limité d’invitations (créant ainsi un sentiment d’appartenir à une élite). Chaque membre est invité à choisir un certain nombre de sujets et peut poser des questions ouvertes à la communauté ou des questions ciblées à un expert. Il en résulte une plateforme d’échange très riche avec des contributions de qualité.

Quora

Je suis bien incapable de dire comment Quora va évoluer, mais pour le moment cette plateforme semble avoir percé dans un domaine où les plus grands se sont cassé les dents (Maholo, Knol…).

Des outils de publication assistée pour améliorer la qualité de vos photos

YouTube et FlickR sont les figures les plus emblématiques du web 2.0 et de la vague des User Generated Content. Les contributions s’y comptent par milliards, mais ne sont pas un gage de qualité (loin de là). Je pense ne pas me tromper en disant qu’il n’y a pas de mystère : les seuls contenus de qualité sont publiés par des professionnels.

C’est ce que je pensais jusqu’à ce que je découvre Instagr.am. Il s’agit d’une application iPhone qui permet de partager vos photos. Jusque-là rien de révolutionnaire si ce n’est l’outil de publication qui permet d’ajouter des effets très sympathiques pour donner un rendu professionnel aux photos. Chaque cliché est ainsi très facilement stylisable en quelques clics :

Instagram

Couplé à des applications comme Camera+ ou ProCamera et des lentilles comme celles que propose Photojojo, les photos prises avec votre smartphone n’en seront que plus belles. Il n’a jamais été aussi simple de jouer les artistes !

Le succès d’Instagram est indéniable (Instagram Gets 1 Million Users in 10 Weeks) mais de nombreux concurrents sont déjà là : Hipstamatic, Pocketbooth, Path… Attendez-vous pour 2011 à une déferlante d’applications équivalentes, mais pour les vidéos (sur le même modèle que 8mn vintage Camera).

Un indice d’autorité pour améliorer la qualité de vos contacts

Avec tous ces contributeurs, il est difficile de s’y trouver, ou plutôt de se constituer une liste de contributeurs à valeur ajoutée. J’entends par là que dans un souci de gain de temps, et pour éviter de se faire submerger, les membres de plateformes comme Twitter sont à la recherche d’auteurs leur permettant de découvrir les contenus ou réflexions les plus intéressants. Des services comme Klout proposent ainsi de faire une analyse détaillée d’un compte Twitter et de vous sortir son profil (Curator, Broadcaster, Tought Leader, Conversationalist…) et son indice d’autorité pour que vous puissiez juger de l’intérêt de l’ajouter à votre liste :

Klout

Nous pourrions ainsi tout à fait envisager des fonctions de curation de listes qui passerait en revue les comptes que vous suivez et vous proposerait :

  • de supprimer les comptes qui ne sont pas compatibles avec vos exigences (indice d’autorité ou sujets abordés) ;
  • de vous proposer d’autres comptes en fonction de vos critères.

Il n’y a pour le moment pas beaucoup de services de scoring des utilisateurs ou des contributions (Grader, PostRank…) mais j’imagine tout à fait l’intérêt que pourraient avoir de tels services. En allant plus loin, nous pourrions également envisager un servie équivalent pour votre graphe social professionnel qui vous nettoierait votre liste de contacts des parasites ou connexions à faible valeur ajoutée et vous proposerait des contacts plus intéressants (noeuds forts) en fonction de votre profil (votre fonction, secteur d’activité, niveau d’étude…). Cette idée vous choque ? Pas moi, car je pense que tout le monde y gagnerait. LinkedIn pourrait proposer une telle fonction pour ses membres premium…

En conclusion je n’ai pas grand-chose d’autre à ajouter que de confirmer mon sentiment sur cette recherche de qualité. Je peux donc vous conseiller de réfléchir à la meilleure manière pour vous (et votre marque) de vous inscrire dans cette démarche.

Google lance son univers virtuel (Lively)

Voilà c’est fait, après 1 an d’attente et de rumeurs, la nouvelle est enfin tombé : Google lance son propre univers virtuel. Plutôt que d’univers virtuel, nous pourrions plus parler de tchat en 3D car Lively est beaucoup plus proche de IMVU que de Second Life.

Difficile de passer à côté tant la couverture a été large :

La première impression est assez déroutante car le site est d’une austérité dramatique : trois images, une petite vidéo de teasing, un fond gris et c’est tout. Certes, c’est simple et efficace mais ça ne fait pas trop envie. Enfin bref, la suite est nettement plus intéressante, d’autant plus que l’inscription se fait en un seul clic (avec votre compte Gmail).

Lively_Home

Le web en 3D dans votre navigateur

Il faut ensuite télécharger un plug-in (uniquement sur Windows) pour pouvoir accéder à l’univers directement depuis la fenêtre de votre navigateur. Un choix très intéressant et surtout structurant pour l’approche de Google sur le web 3D. Le web 3D ? Oui tout à fait, car c’est bien de cela dont on parle pour le moment : une virtualisation des systèmes communautaires et des tchats.

Certains observateurs avertis soupconnent la « bête » de tourner sur une version modifiée de Flex (Google Uses Flex for Lively UI?) mais cela reste encore à confirmer…

Dès l’installation du plug-in vous êtes ensuite invité à rejoindre une « room« . Deuxième choix structurant de Google qui privilégie l’aspect social plutôt que les immenses espaces virtuels modélisés en 3D (laissant cela à Google Earth). Une fois dans la pièce, vous avez la possibilité de découvrir l’interface : très sobre et d’une prise en main assez intuitive. Vous noterez que l’ensemble prend très peu de place (moins de 800px de large), peut-être un moyen d’éviter de surcharger le processeur et/ou la carte graphique avec des espaces 3D trop complexes.

Lively_Interface

Viens ensuite l’étape de création de votre avatar. Plusieurs look génériques vous sont proposés comme point de départ avant de vous lancer dans une personnalisation plus fine (et facultative). Un choix très limité de coupes de cheveux et vêtements vous sont proposés afin de simplifier la procédure… et surtout de mettre en valeur la boutique. En fait de boutique il s’agit plutôt d’une place de marché d’objets virtuels. Un domaine que Google connait très bien avec le 3D warehouse qui est en ligne depuis plusieurs années.

Lively_Avatar

Maintenant que tout est en place, vous allez enfin pouvoir découvrir les pièces en elle-même. Chose surprenante, vous ne déplacez pas votre avatar avec le clavier ou avec un système de clic&go (vous cliquez à un endroit et l’avatar s’y rend avec ses petites jambes) mais avec un principe de drag&drop : vous bougez tout simplement votre avatar dans la pièce. C’est déstabilisant au début mais très efficace.

Un univers plus social que virtuel ?

Le nombre d’avatars dans une pièce semble être limité à quelque dizaines de personnes. C’est à la fois peu… et largement suffisant pour discuter, danser, faire des pitreries et sociabiliser. C’est encore une fois la preuve que Google a bien réfléchi à son produit et qu’il adopte une stratégie de niche (sociale) plutôt que d’univers à tout faire. Ce positionnement se confirme avec la possibilité d’encapsuler (de publier) sa pièce sur votre blog / page MySpace… Il n’est donc pas question pour Google de travailler à la fois sur un univers virtuel et sur un réseau social complémentaire : ils tentent plutôt de virtualiser les médias sociaux en se servant du web comme couche sociale.

Lively_Social

Ceci ne vous rappelle rien ? Oui c’est exactement la même chose qu’avec Google Friend Connect : plutôt que de gaspiller du temps et de l’énergie à attirer (détourner ?) du trafic, ils exportent le service là où il y en a. Nous sommes donc en présence d’un widget social en 3D. Et inversement, il est possible d’injecter de la musique, des vidéos (Youtube) et des photos (Picasa) dans les pièces.

My avatar is rich

Google a déjà prévenu qu’ils étaient favorables à la présence de marques (pas fou les gars !). Ceci ouvre donc la voie à de nombreuses possibilités de placement de produits, d’habillage de pièces et autres déclinaisons du v-business. D’ailleurs certaines agences spécialisées sont déjà positionnées sur le créneau : Millions Of Us, Rivers Run Red Developing Branded Spaces For Lively. C’est fou mais les premiers clients sont déjà là. En poussant cette logique, on en vient à se demander s’ils n’implanteront pas bientôt des panneaux publicitaires (des bannières virtuelles).

Lively_NationalGeographic

Pas encore de précisions sur une probable monnaie virtuelle mais il y a très fort à parier que Google saura trouver le moyen d’introduire du micro-paiement dans tout ça, notamment au travers de la place de marché et de Google Checkout.

Lively_Shop

Les derniers sont toujours les premiers (premiers à quoi ?)

Force est de constater que Google a prit son temps avant de se lancer dans l’aventure (cf. la Virtual Worlds Timeline). Quoi que cette affirmation est discutable dans la mesure où Lively est en quelque sorte le dernier maillon d’une longue chaîne : Google Earth, Google Sketchup, Google Virtual Warehouse, Google Street View… sont tous des produits liés à la 3D.

Même si Lively part avec un gros retard sur la concurrence et notamment face à IMVU (dont j’ai déjà parlé ici : Une introduction en bourse pour IMVU ?), dont le patron ne s’inquiète pas plus que cela : IMVU On Lively: Virtual World Space Is Big Enough For Both Platforms To Succeed. Il est vrai que le marché semble suffisamment porteur pour que ces univers ne se marchent pas (trop) sur les pieds : Virtual Worlds Are So Hot Right Now: $345 Million Invested So Far This Year.

Premières conclusions (hâtives)

Je me doute bien que vous risquez de trouver cet univers très décevant, et vous ne serez pas les seuls (euphémisme) : Google Lively not well recieved et What people are Twittering about Google’s Lively virtual world. Mon conseil : n’essayez surtout pas de comparer Lively à Second Life car ces deux univers (plateformes ?) ne jouent pas du tout dans la même catégorie.

Il est encore trop tôt pour pleinement mesurer l’ambition de Google via à vis de ce Lively mais on peut d’hors et déjà faire de très belles prédictions quand à une authentique stratégie de conquête du web 3D : basée sur un environnement de production (Sketchup), une place de marché des modèles 3D (3D warehouse), un univers virtuel très casual (Lively), un univers plus sérieux (Earth)…

Prochaines étapes logiques :

  • Une intégration des autres outils « sociaux » comme Google Talk ;
  • Une infiltration progressive des avatars de Lively dans tous les services Google (à l’image de ce que fait Yahoo! avec ses avatars) ;
  • Une fusion avec Orkut pour faire du nouvel ensemble une plateforme sociale plus complète capable de rivaliser avec… heu… avec qui déjà ?

Mes 10 prédictions pour l’année 2008

Le début d’année est traditionnellement la période propice aux prédictions. Donc sans plus attendre, je me lance dans ce périlleux exercice.

1/ Interopérabilité forcée entre les réseaux sociaux

Depuis l’avènement de la Facebook Platform, pas une semaine ne passe sans qu’un réseau social annonce le lancement de sa propre plateforme d’hébergement d’applications et services tiers (MySpace, LinkedIn, Hi5, Bebo, Friendster). Tout ceci est-il bien sérieux ? Surtout depuis le lancement d’OpenSocial (le framework de Google qui permet d’uniformiser les applications reposant sur des réseaux sociaux).

Alors que les premières expérimentations d’applications multi-plateformes semblent concluantes (voir à ce sujet ILike connects across OpenSocial, Facebook, iTunes), on en vient à se demander si cette bataille de formats n’est pas anachronique. Car au final les éditeurs de services de même que les utilisateurs se moquent bien de savoir quelle est la meilleure plateforme. Si les différents réseaux ne trouvent pas rapidement un terrain d’entente, c’est le marché qui va trouver la solution à leur place.

J’anticipe donc une interopérabilité au forceps entre ces différents réseaux qui reposera sur des astuces et autres failles de sécurité (lire à ce sujet l’affaire du ScobleGate). Est-ce une mauvaise chose ? Bien sur que non, ça permettra de gagner du temps. Rappelez-vous que Google Maps à l’origine n’était pas du tout ouvert (bien au contraire), ce n’est que lorsque des services comme Housing Maps ont vu le jour que les équipes de Google ont compris l’intérêt d’ouvrir leur plateforme.

2/ Des jeux disponibles sur iTunes

Avouez que c’est quand même un peu dommage de ne pas pouvoir installer de jeux sur son iPhone (ou son iPod Touch). Il y a bien un répertoire de jeux en ligne (Web Apps Games) mais c’est un peu triste, d’autant plus que Safari Mobile ne sait pas lire le Flash.

Rajoutez à cela la pauvreté de l’offre de sonneries et vous comprendrez pourquoi les jeux seront le prochain gisement de marge sur iTunes. Nous parlons bien ici de casual games pour lesquels plusieurs modèles économiques sont envisageables : les jeux achetés auxquels vous pourrez jouer indéfiniment, les jeux loués pour une période donnée (ou ceux qui seront mis en test), les jeux auxquels vous jouerez à l’unité (en payant quelques centimes la partie). Il serait même possible d’imaginer l’intégration de jeux ou de nombre de parties dans le forfait des opérateurs (au même titre que le nombre de minutes ou de SMS).

Quand on y réfléchi bien, si les utilisateurs et les éditeurs y sont favorables, pourquoi Apple se priverait-il d’ouvrir une marketplace de jeux dans iTunes ? Et pourquoi pas des partenariats avec les géants des jeux pour téléphones mobiles ?

3/ Hybridation des univers virtuels et des réseaux sociaux pour les jeunes

Pas la peine d’en rajouter car je me suis déjà exprimé sur ce sujet ici : L’invasion des nouvelles plateformes sociales. Il n’empêche que cette prédiction reste largement valable pour 2008.

4/ Hybridation entre jeux vidéos et réseaux sociaux

L’industrie du jeu vidéo est une industrie mature… très mature… tellement mature qu’elle est déjà en train de préparer sa mue. Nous ne parlons pas ici d’une révolution qui va tout balayer en 2008 mais plutôt d’un nouveau modèle qui nous vient d’Asie et qui risque de mettre à mal les grands éditeurs.

Le principe est simple : le jeu est gratuit et librement téléchargeable, par contre les extras sont payants. Par « extras« , je parle de costumes ou d’accessoires supplémentaires, non pas de niveaux additionnels. Rajoutez à cela une dimension jeux en ligne à la sauce réseau social et vous obtenez des jeux comme Kart Rider, Maple Story, Drift City ou encore Gunz. Le modèle économique est donc fondé non pas sur de la vente de licence mais sur du micro-commerce.

Bien évidement la réalisation n’est pas aussi soignée qu’un Bioshock ou qu’un Crysis, par contre ils compensent la sophistication technique et graphique par un gameplay sans faille. Ces jeux sont en plus régulièrement enrichis et mis à jour, l’addiction est totale.

Comme ils sont très bien organisés, le marché est dominé par quelques acteurs de taille (Nexon, Ijji…) qui proposent de nombreux jeux pour toutes les audiences et qui vont jusqu’à commercialiser des cartes prépayées échangeables contre de la monnaie virtuelle (ex. la Nexon Game Card). C’est plus pratique quand on a pas encore son argent de poche.

Autant prévenir tout de suite : inutile de rêver, vous ne pouvez pas lutter, ils sont tout simplement trop bien organisés et structurés. Encore une fois, je ne suis pas en train d’annoncer la mort de l’industrie du jeu vidéo mais plutôt une nouvelle itération qui saura exploiter ce qui se fait de mieux en termes de technologie (à quand les Rich Internet Games et les Rich Desktop Games ?) et pratiques sociales (un seul avatar qui pourra être « porté » sur différents réseaux sociaux / jeux en ligne avec même des déclinaisons mobiles).

Vous n’êtes pas convaincu ? Allez donc jeter un œil à ce que proposent des briques technologiques comme Unity 3D.

5/ Bientôt les UGG (User Generated Games)

Souvenez-vous : la musique et son exploitation « sociale » (partage, recommandation…) a été le levier de différenciation de MySpace (et le moteur de son succès). La vidéo en a été de même pour YouTube, idem pour les applications de Facebook. Les jeux seront le nouveau levier de croissance pour les réseaux sociaux. Mais pas n’importe quel jeux, ceux qui parviendront à exploiter l’effet réseau et à tirer partie des utilisateurs : soit en leur permettant de créer des jeux (éditeur de niveaux…) soit en les impliquant dans la personnalisation et la prolifération.

Je vous recommande donc de surveiller de près des portails comme Pogo, Cafe ou Miniclip, de même que des plateformes de création comme Kongregate ou YoyoGames (il y en a aussi ici : 20+ Tools For Creating Your Own Games). Peut-être un premier pas vers le Game 3.0 ?

6/ Le P2P trouve d’autres domaines d’application

Après le partage de fichier (Napster, BitTorrent…) et le partage de vidéo (Joost), les protocoles P2P seraient-ils en passe de supplanter le HTTP ? Non, ça serait faire une conclusion hâtive. Toujours est-il que la bande passante disponible ne croit pas aussi vite que les besoins des utilisateurs, il va donc falloir trouver d’autres modes de propagation de l’information et surtout d’exploitation des tuyaux.

Et c’est là où le P2P entre en scène, ou plutôt sors de l’ombre et est adopté comme solution alternative par les éditeurs et constructeurs. Car il faut bien avouer que la technologie est au point, mais qu’elle restait pour le moment largement marginalisée (utilisation illégale ou universitaire).

Outre les solutions de M2M, j’anticipe un usage étendu du P2P à des domaines comme les univers virtuels : Outback Online était un bon terrain d’expérimentation mais ce projet a capoté (y a-t-il un repreneur dans la salle ?) ; ou encore les agendas partagés comme MySharedProfil (un système communautaire de gestion de contacts en mode P2P, de carte SIM à carte SIM) dont vous pouvez voir une démo ici : MySharedProfil, Rich Contact Management.

Il existe très certainement de nombreux autres domaines d’application dont je n’ai pas connaissance aussi n’hésitez pas à les mentionner dans un commentaire.

7/ Apparition d’indicateurs spécifiques aux réseaux sociaux et univers virtuels

Avec des investissements publicitaires toujours en hausse dans les réseaux sociaux et univers virtuels, les annonceurs, régies et agences vont réclamer des outils de mesure et d’aide à la décision plus précis et surtout plus pertinents (surtout au regard des montants investis). Hors il n’existe à ce jour aucun indicateur fiable de l’influence exercée par la présence d’une marque ou de l’engagement d’un utilisateur ciblé au sein d’un réseau social ou d’un univers virtuel. Pour être exacte : si, il existe une multitude d’indicateurs et d’outils « maison » (à l’image de VTracker) mais il ne sont pas partagés par les différents acteurs de la chaîne de valeur.

J’anticipe donc la définition au niveau de la profession d’indicateurs (metrics) servant à mesurer et évaluer :

  • L’activité d’un membre au sein d’un réseau social ou d’un avatar dans un univers virtuel (provenance, destination, actions menées / abandonnées…) ;
  • L’engagement d’un membre / avatar vis-à-vis d’une campagne (exposition, transformation, récurrence…) ;
  • La pertinence du choix d’un réseau social / univers virtuel (segments représentés, niveaux et type d’activités…) ;
  • Le potentiel d’un leader d’opinion au sein des réseaux sociaux (popularité, influence, légitimité…).

Cette série d’indicateurs permettront aux annonceurs / régies / agences def guider leurs choix et de construire leur community / virtual planning (attribution de lignes de budget sur différents réseaux sociaux et univers virtuels). C’est en quelque sorte une étape obligatoire pour la maturation de ces nouveaux micro-médias, car lorsque qu’un service dépasse les 50 millions de membres, ça devient sérieux. A quand un groupe de travail officiel au sein de l’IAB ?

8/ Des territoires d’expression sur-mesure pour les plus grandes marques

Aviez-vous remarqué que les marques les plus puissantes pouvaient se permettre de « posséder » leur propre réseau social ou univers virtuel ? Exemples de réseaux sociaux dédiés : Hybrid Synergy Drive de Toyota ou Mosh de Nokia. Exemples d’univers virtuels dédiés : MTV qui exploite plusieurs plateformes sur Virtual MTV, Coca-Cola avec MyCoke, Disney avec Virtual Magic Kingdom,TF1 avec sa Star’ac World, Le futur Lego Universe… Comme vous pouvez le constater, les exemples ne manquent pas.

Sans aller dans ces extrêmes (car il faut un budget confortable pour se payer ça), nous allons assister en 2008 à la mise à disposition des annonceurs de plateformes en marque grise permettant de faire des choses similaires dans des ordres de coûts tout à fait raisonnables. Sur ce créneau des acteurs comme Ning, There ou encore MetaPlace semblent bien placés.

9/ Accélération de l’innovation dans le e-Commerce

Rich Commerce, social shopping, mashup marchands, v-commerce, boutiques éphémères, crowdshopping… les nouveaux concepts de commerce en ligne ne manquent pas. Et pourtant… nous ne faisons que découvrir le potentiel de ces nouvelles pratiques.

Je ne vous prédis rien de complètement nouveau pour l’année prochaine mais plutôt une évolution de ces pratiques, et pourquoi pas un mélange de tout ça en même temps : interfaces riches et/ou 3D, agrégation de catalogues externes, exploitation sociale (recommandation et approvisionnement), co-création… se sera en quelque sorte de l’innovation par l’assemblage (un des principes fondateurs du web 2.0 et donc du e-commerce 2.0).

Mais nous aurons l’occasion d’en reparler, normalement la semaine prochaine…

10/ Une seconde chance pour le web sémantique

Je ne pouvais pas faire l’impasse sur ce sujet. 2008 sera-t-il l’année du web sémantique ? Non pas réellement dans la mesure où la sémantique a toujours fait partie du web (plus ou moins). Par contre 2008 verra sans doute l’arrivée à maturation de langages sémantiques qui trouveront des domaines d’application bien précis comme APML pour les réseaux sociaux (cf. Should Facebook Implement APML?), XBRL pour les documents de reporting financier (cf. Microsoft Advances XBRL Data Standard in the US) ou encore hListing pour le commerce en ligne (cf. Kelkoo and the hListing microformat).

Est-ce que « seconde chance » est le bon terme ? Je ne sais pas, en tout cas j’espère sincèrement que la sémantisation du web va s’accélérer car la tâche est énorme. Je m’autorise donc ce petit excès d’optimisme.

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Et voilà, dix prédictions qui font dix. Beaucoup de thèmes récurrents (interfaces riches, réseaux sociaux) mais de nouveaux centres d’intérêts (univers virtuels, jeux vidéo) qu’il va falloir surveiller de près durant cette année.

Rendez-vous début 2009 pour faire le point.

Yahoo! se lance timidement sur le créneau des univers virtuels

Alors que Cyworld poursuit son développement US avec une nouvelle version, il semblerait que Yahoo! se soit enfin décidé à passer à l’action et à enrichir son service d’avatars virtuels.

Ainsi, le site Virtual World News nous en apprend plus sur l’étrange stratégie de Yahoo! (Yahoo! Not Interested in Virtual Worlds) :

  • D’un côté le directeur du marketing international nous dis qu’ils ne sont pas intéressés par les univers virtuels (Masami Hirata : « My understanding from marketing is that we have other important priorities than Virtual Worlds at the moment, so there is no VW initiative or plans here at the moment« )
  • De l’autre, ils viennent juste de lancer Yahoo! Avatar Towns, une petite galerie marchande pour équiper son avatar.

YahooAvatarTowns.jpg

Tout ça est très étrange, d’autant plus que Xavier Legros, le responsable du programme Yahoo! Avatars, est très enthousiaste au sujet de ce nouvel espace virtuel : « We have thousands of items available in Avatars and the town came up as a natural way to show a more visual and engaging way to dress up!« .

Encore plus étrange, ils ont aussi développé une extension du tout nouveau Yahoo! Messenger qui permet justement d’exploiter non seulement cet Avatar Towns mais bien plus encore : Yahoo! Avatar World Plug-in (plus d’infos ici : A Brave New Avatar World).

Attendez un peu… d’un côté nous avons une galerie marchande (Yahoo! Avatar Towns) qui affiche son ambition d’extension (sinon il n’y aurait pas de ‘s’ à ‘Towns‘). De l’autre nous avons des espaces de discussion virtuels à la IMVU (Yahoo! Avatar World). Il faut vraiment être aveugle pour ne pas se rendre compte de l’évidence : Yahoo! est en train de préparer timidement son entrée sur le créneau des univers virtuels (comme je l’avais prédis dans un précédent billet : L’invasion des nouvelles plateformes sociales).

Reste encore à Yahoo! deux choses à faire :

  1. Introduire une monnaie virtuelle pour pouvoir développer le micro-commerce et initier une micro-économie captive ;
  2. réunir tout ces services en une plateforme unique ET officielle (pourquoi pas ‘Yahoo! Worlds‘).

Bon… il ne nous reste plus qu’à attendre que tout cela se confirme. Est-ce que j’affabule ou est-ce que vous arrivez à la même conclusion que moi ?

Empire of Sports, un univers virtuel dédié au sport

A peine ai-je publié une cartographie des univers virtuels qu’elle semble déjà obsolète ! Car figurez-vous qu’un poids lourd s’apprête à débarquer sur le créneau des univers virtuels : Empire of Sports.

EoS_logo

 

Pourquoi un poids lourd ? Tout simplement parce que ce projet possède des moyens et des ambitions démesurées : 2 ans de développement et une équipe de 150 développeurs pour un MMORPG entièrement dédié au sport. Le principe est très simple : vous créez votre avatar que vous entraînez à différentes disciplines (ski, tennis, basket, foot…), que vous équipez et que vous inscrivez à différentes compétition.

Le moteur graphique du jeu à l’air particulièrement impressionnant, une sorte de Entropia Universe avec un peu moins d’extra-terrestres et un peu plus de footballeurs :

EmpireOfSports

 

Et là vous me direz : « Mais d’où sort ce projet ? » Tout simplement de Infront Sports & Media, un géant du marketing sportif international. Cette société est notamment en charge de la vente des droits médias de la Coupe du Monde de Football 2006 (soit plusieurs centaines de millions d’euros). Vous aurez donc compris que nous sommes bien loin des start-up made in SF, c’est du lourd… du TRÈS lourd.

Inutile de vous expliquer que les possibilités sont gigantesques, aussi bien en terme d’image (le sport est un des thèmes fétiches des annonceurs) que de business (des produits dérivés virtuels par millions). Est-ce bien sérieux ? Oui je pense, car l’initiateur de projet a les moyens des ses ambitions… et des ambitions démesurées. Vous vous en doutez, le but à terme est de recréer les compétitions se déroulant dans le monde réel.

Les inscriptions sont ouvertes mais la beta de débutera pas avant la fin de l’année. Visionnez donc ce teaser pour avoir un aperçu de cet univers :

(merci à Éric pour le lien)

Cartographie des univers virtuels

Les univers virtuels sont à la mode, c’est indéniable. Avec une très forte exposition médiatique d’univers comme Second Life ou World of Warcraft, les annonceurs et les utilisateurs découvrent des espaces de jeux, de communication, de divertissement et même de travail qui sont en rupture complète avec les espaces en 2D qu’ils connaissaient déjà.

Rupture complète ? Non pas tout à fait dans la mesure où la plupart de ces univers ne sont que des évolutions de services existants (chat, réseaux sociaux, cartographie…). Toujours est-il que ces univers apportent une bouffée d’oxygène à des concepts parfois vieillissants en ouvrant d’innombrables possibilités. Toutes ces nouvelles opportunités engendrent bien évidement beaucoup de convoitises et un environnement concurrentiel très tendu au sein duquel les univers les plus médiatisés ne sont pas forcément les plus intéressants.

Le saviez-vous ?

  • Il y a plus de 150 millions d’utilisateurs de Neopets qui ont créés plus de 217 millions de comptes (plus que de pages MySpace) ;
  • KartRider et QQ sont des plateformes sociales très orientées casual game qui génèrent chacune près de 100 M$ de bénéfices trimestriels ;
  • La somme totale des investissements dans les univers virtuels cette année s’élève à 1 milliard de dollars ($1 Billion Invested in Virtual Worlds in the Last Year).

Ces chiffres vous surprennent ? Et bien moi aussi ! Et pourtant ils sont réels.

Quatre grands domaines d’application

Comparer ces univers virtuels n’aurait pas beaucoup de sens. D’une part parce qu’ils sont très différents les uns des autres et ensuite parce qu’ils s’adressent à des cibles très différentes. Mais si vous souhaitez absolument avoir un tableau comparatif, je peux vous recommander ces deux comparatifs (partiels) : Virtual Worlds Comparison Chart et Casual Immersive Worlds.

Je vous propose de découvrir tous ces univers à travers une cartographie où sont représentés les principaux (il y en a près d’une centaine). Tous ne sont pas de vastes mondes virtuels à la Second Life, mais ils possèdent des caractéristiques communes : des avatars, une monnaie virtuelle ou un équivalent, des lieux virtuels où ces avatars se rencontrent, discutent, jouent et interagissent.

Cette cartographie est divisée en 4 domaines d’applications :

  • Social, avec des univers où la dimension communautaire est particulièrement développée ;
  • Games, avec des univers très orientés sur le jeu ;
  • Entertainment, où les activités de divertissement (musique, films…) servent de lien social ;
  • Business, où l’activité marchande est avant tout recherchée par les utilisateurs (vente ou échange de produits) et par les entreprises (simulation, formation à distance…).

Vous remarquerez que ces quatre domaines d’application ne sont pas exclusifs et qu’ils se chevauchent :

VirtualUniversesLandscape

 

Vous pouvez récupérer une version haute-définition de ce schéma ici : Virtual Universes Landscape.

Une typologie très large

Au sein de cette cartographie on trouve différents sous-ensembles qui correspondent à des usages bien précis :

Bien évidemment tous ces univers ne sont pas au même niveau de maturité : certains sont quasiment en fin de vie (Everquest), d’autres sont en ce moment fortement chahutés car jugés trop instables (Yankee Group Says Hype of Second Life Far Outweighs Its Ability to Impact Mainstream Interactivity), d’autres connaissent une croissance fulgurante (Gaia Online), d’autres enfin n’ont pas encore trouvé leur positionnement définitif (IMVU qui lorgne du côté des réseaux sociaux, Entropia Universe qui veut concurrencer les jeux vidéos).

Un marché en voie de saturation ?

Avec plus de 150 univers virtuels en activité ou en préparation, attendez vous à de nombreuses disparitions et acquisitions. Dans cette profusion, quel pourrait être le meilleur choix pour un annonceur ? Difficile à dire car pour l’instant seules deux catégories d’audience sont suffisamment bien ciblées : les très jeunes et les adultes (cf. Les univers virtuels se structurent pour attirer les annonceurs).

Il a fallu plus de 10 ans aux acteurs de l’internet pour se structurer et proposer des offres viables aux annonceurs en terme de ROI et d’outils de mesure. Combien de temps faudra-t-il à ces univers pour proposer des équivalents ? Qui sera en mesure de maîtriser le marché publicitaire de ces nouveaux territoires de communication ? La co-création est-il un modèle viable ? Autant de questions auxquelles nous trouverons des réponses dans les prochains mois.

Quoi de neuf sur les univers virtuels N°9

Attention, plus qu’une semaine pour vous inscrire au séminaire dédié aux univers virtuels. Plus je me plonge dans l’actualité bouillonnante des univers virtuels et plus j’en découvre ! Je vous rappelle que ce séminaire est une occasion unique pour comprendre et maîtriser les clés de ces nouveaux territoires d’expression et d’affaires. Il n’y a pas d’autres séminaires de ce type programmé avant l’année prochaine alors profitez-en car je ne peux pas continuer à maintenir un blog spécifiquement sur ce sujet.

En attendant voici les faits marquants de la semaine écoulée ainsi que la suite des interviews des intervenants au séminaire :

Voilà, à la semaine prochaine pour la dernière édition de cette mini-série.