Est-ce la mode des services de suggestions collaboratives ?

Tout comme nous avons vu les blogs et réseaux sociaux être récupérés par les marques, serions-nous à l’aube d’une nouvelle mode avec les services de suggestions collaboratives ?  Il faut dire que l’actualité est riche en ce moment :

 

MyStarbucksIdea

Nous voici donc face à un début de mode pour ces nouveaux types de services « 2.0 » que certains qualifient de « ideagoras » (terme issu du livre Wikinomics).

Bon… autant vous le dire tout de suite, je suis bien trop chauvin pour cautionner ces initiatives qui ne font que singer notre FeedBack 2.0 national (cf. Ciao + Digg = FeedBack 2.0 et SNCF.com se transforme en Web TV et ouvre le dialogue avec ses clients).

Tous solidaires avec Éric et son histoire de Fuzz

Comme sans doute beaucoup d’entre-vous, j’ai été extrêmement surpris et révolté par cette honteuse histoire d’acteur français qui assigne en justice le site Fuzz (et son propriétaire) pour avoir hébergé un lien renvoyant sur une rumeur publiée dans un blog people : Bonne nouvelle, Fuzz rapporte enfin beaucoup d’argent !

Bien évidement vous vous doutez bien que cet acteur n’est pas un spécialiste du web et qu’il s’est sans doute fait conseillé par une ribambelle d’avocats qui ne cherchent pas trop à comprendre comment le service fonctionne et appliquent les mêmes méthodes que pour les journaux people. Comme le fait fort justement remarqué Pierre Chappaz, c’est comme s’ils attaquaient le propriétaire d’un kiosque à journaux pour les propos ou photos d’un journal vendus en rayon.

Bref, toute cette histoire est lamentable et j’espère sincèrement qu’elle se terminera bien. La suite ici : Fuzz et assignation en justice, ils en parlent.

Allez Éric, on est tous avec toi !

Facebook toujours dans la tourmente

Plus le temps passe et plus Facebook fascine autant qu’il déçoit. Peut-être est-ce la conséquence de la sur-médiatisation ? Peut-être est-ce parce que les utilisateurs voient en Facebook un service révolutionnaire qui va combler les lacunes des autres (et développent ainsi des attentes irréalistes donc de la frustration) ? Peut-être est-ce parce que l’équipe est en pleine crise de croissance (trop jeune, trop petite…) ? Peut-être un peu des trois… Toujours est-il que Facebook est en ce moment fortement chahuté par la blogosphère.

Il y d’abord les chiffres qui sont fortement critiqués et notamment en Angleterre (Facebook enregistre sa première baisse d’audience en Grande-Bretagne et Facebook loses a few bitches) et au Canada (Auditoire de Facebook au Québec: mon oeil !) ainsi que cette étude de Compete (Top Social Networks – February 2008) où l’on y (re)découvre que l’audience de Facebook est 3 fois moindre que celle de MySpace et que d’autres réseaux affichent des taux de croissance bien plus spectaculaires (MyYearBook, LinkedIn, Ning…). Certains y voient déjà le début de la fin : So long and thanks for all the poking.

Il y a ensuite le modèle publicitaire qui n’arrive pas à convaincre les annonceurs, si ce n’est les marchands de sexe : Facebook gets ad booty, booty ads. Il faut bien avouer que le soi-disant système de ciblage comportemental révolutionnaire ne tient pas ses promesses : Facebook Showing Signs Of a Topsy-Turvy Future. Il en résulte une situation paradoxal où Facebook nourrit un écosystème florissant mais ne parvient qu’à ramasser les miettes de cette orgie. Et la récente interview de Mark Zuckerberg au SXSW n’a fait qu’accentuer les craintes (Why Mark Zuckerberg isn’t saying anything) de même que la session de rattrapage où il ne s’en sort pas mieux (GigaOM Interview: Mark Zuckerberg, Founder & CEO Facebook).

Tout ceci engendre une situation financière qui s’annonce catastrophique avec des pertes anticipées de 150 millions de $ pour l’année 2008 (Facebook’s leaked financials reveal leaky business). Il faut dire que même si Facebook dégage du C.A., les frais de structure sont colossaux et la société doit investir massivement pour maintenir le service : ils possèdent déjà deux data centers et projette d’acheter des dizaines de milliers de serveurs. Cette fragilité financière apparente (disposeront-ils d’assez de cash pour finir l’année ?) ne motive pas réellement les annonceurs qui se contentent d’orchestrer des campagnes à court terme et évitent d’investir dans des deals trop impliquants. Et pendant ce temps là, les patrons crament de l’argent en organisant des soirées (Facebook spends $50,000 of Microsoft’s money on investor’s nightclub)…

Il y a enfin une stratégie d’internationalisation bancale où la traduction de l’interface est confiée à la communauté pour un résultat visiblement très mitigé (Facebook en français : échec 2.0 et Facebook to get lost (or found) in translation? Signs point to ‘oui’).
Rajoutez à cela le fait que les dirigeants de Facebook n’ont nullement l’intention d’investir dans des infrastructures locales (tout se fait aux US) et vous avez de quoi vous pouvez des questions sur leurs réelles ambitions à l’international.

Au final et malgré tout ce qui vient d’être dit, Facebook reste un acteur majeur et une figure emblématique des médias sociaux. Maintenant la question à 15 milliards de $ est : où va Facebook ? Difficile à dire tant leur discours est approximatif, du moins pour ce qui concerne la monétisation du trafic ou les offres de ciblage comportementale à destination des annonceurs.

Alors bien évidement ils ont déjà attiré plus de 67 millions d’utilisateurs et ce n’est pas rien. Mais force est de constater qu’il ne leur reste que très peu de temps pour trouver un second souffle et rassurer à la fois les annonceurs et les investisseurs avant de se voir voler la vedette par une autre plateforme sociale (lire à ce sujet : The Future of Social Networks at Graphing Social Patterns).

MIX 08 : Jour 2 (suite)

J’enchaine la journée après un passage éclair au buffet.

Keynote 2

Très belle affiche pour cette seconde Keynote avec Guy Kawasaki et Steve Balmer.

MIX08_Keynote2

 

L’ambiance est très décontractée, Guy K. est impertinent et Steve B. est survolté :

  • Démarrage en douceur avec une première question piège (« pourquoi vouloir racheter Yahoo! ?« ), la réponse est immédiate et sans équivoque : La recherche est un marché énorme et Microsoft veut être le plus gros acteur (il est prêt à y mettre le prix) ;
  • Petite pointe d’humour de Guy K. devant l’enthousiasme de Steve B. : « ne balancez pas de chaises ou ne me faites pas le coup du singe » ;
  • A propos de Facebook Steve B. ne révèle que ni lui ni Mark Zuckerberg n’ont participé aux négociations (?!!?) ;
  • A propos du « passif » de Microsoft (sa mauvaise réputation liée aux débuts laborieux de Windows et de Office) : les jeunes qui ne sont pas encore dans la vie professionnelle ne connaissent de Microsoft que la Xbox et Halo, ils n’ont donc aucun à priori (ce qui laisse une chance à Microsoft de poursuivre sa révolution et de redevenir « cool » pour les étudiants qui cherchent du travail) ;
  • Le réseau Xbox Live se révèle être une niche de revenus très rentable (10$ d’abonnement par mois), à mi-chemin entre Game as a Service et Game and a Service ;
  • Microsoft est présent sur le front social au travers de plusieurs services (Xbox Live, MSN Messenger, MS Live, zune.net…) mais ils doivent exploiter toutes les pistes possibles (d’où l’investissement dans Facebook) ;
  • Adobe est un concurrent très sérieux et Microsoft met le paquet pour pouvoir proposer une alternative crédible (principalement sur les anciens produits de Macromedia) ;
  • Microsoft est en train de travailler sur une offre similaire à celle d’Amazon (espace de stockage puissance de calcul en ligne…) ;
  • Silverlight ne sera probablement pas porté sur l’iPhone en raison du modèle de revenus trop gourmand d’Apple ;
  • Microsoft mise beaucoup sur le rachat de Fast pour améliorer son algorithme de recherche et surtout pour expérimenter la recherche au sein d’applications et de médias « riches ».

Cette session est ponctuée d’excentricités made in Steve B. (qui était réellement déchainé) : Ballmer does the monkey dance again et Steve Ballmer and MacBook Air. Malgré ces pitreries, Steve Ballmer n’en reste pas moins très impressionnant sur scène : une bête d’énergie et de combativité.

Social Networks, where are they taking us?

Une session dédiée aux réseaux sociaux animée par Guy Kawasaki avec Garrett Camp (StumbleUpon), Marc Canter (Broadband Mechanics), Allen Hurff (MySpace), David Morin (Facebook), John Richards (Microsoft), Joseph Smarr (Plaxo).

MIX08_Panel3

 

Les points-clés de cette session :

  • L’avenir est aux communautés éparpillées mais connectées (« Social Mesh« ) ;
  • La migration d’un membre vers un autre réseau social pose de gros problèmes de confidentialité (notamment le déménagement de la liste d’amis : doit-on leur demander leur autorisation ?) qui ne vont pas faciliter la tâche du projet DataPortability ;
  • Le respect des options de confidentialité est essentiel, ces options devraient d’ailleurs être partagées entre les différents réseaux (peut-être un premier domaine d’application pour DataPortability ?)
  • Il est très compliqué de décrire de façon formelle et structurée les relations entre les membres d’un réseau car il y a trop de cas de figure (il en résulterait un processus d’ajout de contact bien trop complexe) ;
  • Il existe de nombreuses autres activités sociales que les réseaux (blogs, micro-blogs, social-shopping…) ;
  • OpenID n’est pas la solution miracle car le mécanisme d’authentification reste complexe (il n’est pas forcément plus simple de se souvenir d’une URL que d’un identifiant) et ne résout pas tout les problèmes (notamment l’ouverture puisque les utilisateurs se retrouvent dérouillés à leur fournisseur d’OpenID.

Je retiendrais deux enseignements forts de cette table ronde :

  1. La notion de social graph semble avoir du plomb dans l’aile, comprenez par là que la cible comportementale (« behavioral targeting« ) d’un membre et de son entourage est extrêmement complexe et pas nécessairement viable commercialement (c’est donc toute la promesse de Facebook qui apparait comme irréaliste, et ce n’est pas de proposer une interface en français qui va y changer quoi que se soit).
  2. Nous nous dirigeons petit à petit vers une nouvelle bulle sociale car les réseaux sociaux sont confrontés à un terrible paradoxe : ils gagnent toujours plus de parts d’audience (donc plus de frais d’hébergement, de bande passante…), concentrent beaucoup d’attention (donc d’exigences) mais ne génèrent que très peu de revenus (leur modèle économique s’apparente à du ramassage de miettes)

La fin de la journée est sans intérêt (deux sessions foireuses).

Séance de rattrapage

Pour celles et ceux qui n’étaient pas à ce rassemblement, je vous rappelle que l’intégralité des sessions sont disponibles en vidéo ici : MIX08 Sessions.

Je vous propose également une petite sélection de liens :

Je me réserve le droit de murir pendant quelques jours mes réflexions sur cette édition 2008 et surtout sur l’interprétation que l’on peut faire des différentes annonces et prises de parole. Attendez-vous donc à un dernier billet dans le courant de la semaine prochaine qui clôturera cette série.

MIX 08 : Jour 2

6 H 30 : Le jour se lève sur Las Vegas et moi je suis debout depuis 4 heures… au moins ça me permet de rattraper mon retard sur mes projets et en plus je suis le premier au buffet (hé hé hé).

MIX08_LasVegas

 

Deuxième journée de conférence avec notamment la très attendu Keynote de Steve Balmer.

Creating Better User Experiences: Design Strategy

Un workshop dédié à l’expérience utilisateur animé par Dan Harrelson et Kim Lenox d’Adaptive Path.

MIX08_DesignStrategy

 

Pas de diaporama pour cette session mais plutôt un exercice collectif de planification « stratégique ». Ils nous avait remis une étude de cas et nous devions travailler en groupe sur un méthodologie de priorisation des axes d’amélioration d’un site web qui s’appuie sur deux données : l’impact de l’amélioration et sa faisabilité. A partir de là, les « chantiers » sont classés dans 3 catégories en fonction de leur score.

Une démarche intéressante car elle est fondée sur le consensus du groupe de travail.

Is Web 2.0 Sustainable? What Business Models Will Work

Une table ronde animée par Don Dodge avec Robert Scoble, Kimbal Musk (Me.dium), , Dave McClure (500Hats), Robert McIntyre et Kevin Rose (le fondateur de Digg).

MIX08_Panel2

 

Les points-clés de cette table ronde sur la viabilité des modèles économiques des services 2.0 :

  • Les réseaux sociaux sont très compliqués à rentabiliser, même si l’audience est énorme et si l’écosystème qui va avec est dynamique ;
  • Les utilisateurs tolèrent qu’un service gratuit gagne de l’argent avec des revenus publicitaires du moment que la qualité et la richesse du service progresse ;
  • Les usages des outils 2.0 s’intensifient avec le temps, la queue de la longue traine s’allonge également (nous parlons de la longue longue traine) ;
  • Malgré un fort engouement autour du web 2.0, il n’y a finalement que très peu de candidats potentiels pour rentrer dans un second tour de table. Ceci complique la montée en puissance de services qui arrivent rapidement à cours de l’argent qu’ils ont levé lors d’un premier tour de table mais ne sont pas près pour une IPO.

Beaucoup de langue de bois dans cette session où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Je découvre le « phénomène » Robert Scoble (particulièrement agaçant).