Bilan de 10 ans d’interactivité

Hier soir j’étais sur le plateau de Canalchat pour une émission dont l’objectif était de faire un bilan de l’interactivité sur ces 10 dernières années (retransmission vidéo disponible ici : Faire le bilan de 10 ans d’interactivité). Il y a eu de nombreuses digressions lors de ce plateau et ça m’a donné envie de faire un petit bilan et surtout de confronter mon ressenti au votre.

En 10 ans tout a changé, mais rien n’a changé

10 ans ça représente une période considérable à l’échelle du web. Il s’est passé un  nombre de choses considérable au cours de cette décennie et le web de l’époque ne ressemble plus du tout au web d’aujourd’hui. Mais en est-on réellement certain ? Ces derniers mois, je me lasse d’entendre des « spécialistes » marteler que le web a changé du tout au tout et que la révolution est en marche. De mon point de vue, cette révolution est plus une évolution permanente qui a commencé dès les premiers jours du web. Oui il y a bien eu des grands tournants (nous y reviendrons) mais les fondamentaux de l’internet de 2010 étaient déjà présents en 2000.

Prenons ainsi l’exemple de Facebook : Je ne remets pas en cause le fait que c’est aujourd’hui un acteur incontournable du web, mais le principe des réseaux sociaux n’est pas neuf car des sites comme SixDegrees.com existaient déjà en 1997 (j’y avais un profil avec des contacts dans le monde entier). FourSquare nous est également présenté comme la révolution du mobile, mais ce type de service existait déjà il y a 10 ans au Japon avec l’i-Mode (je ne me souviens plus trop du nom du service mais il était possible de faire un check-in dans un quartier pour voir qui de vos amis était dans le coin et disponible pour boire un coup ou déjeuner). De même, on nous parle du social marketing comme la révolution de la gestion de la marque, et pourtant le Cluetrain Manifesto a été rédigé en 1999 (« Les marchés sont des conversations« ).

Loin de moi l’idée de jouer les vieux cons, mais je croise énormément de services en ligne et de start-up qui ne font que recycler des concepts déjà présents ou expérimentés. Après, tout est une question d’adéquation de l’offre avec le contexte et la demande.

Les grandes réussites de la décennie

Je n’ai pas le courage de me lancer dans une énumération exhaustive des réussites de ces dix dernières années aussi je me contenterais de me concentrer sur celles qui me semblent les plus éclatantes :

  • La suprématie de Google, qui a su imposer son moteur de recherche (de façon écrasante en France) et son modèle économique (Adwords, Adsens…). Quoi que vous puissiez dire sur les 500 millions d’utilisateurs de Facebook, Google est à mon sens le roi de l’internet et il n’a pas volé sa place. Reste pour Google de nombreux défis à relever (SaaS, Android, TV…).
  • La pérennisation d’Amazon qui était déjà dans les années 2000 une référence en matière de commerce en ligne et qui semble plus puissant que jamais avec un catalogue toujours aussi vaste et un service toujours aussi impeccable (nous verrons bien ce qu’ils vont faire de Zappos et du Kindle).
  • Le lancement de l’iPhone qui a véritablement fait exploser le segment de smartphones grand public et viabiliser le concept de marketplace d’applications et jeux mobiles. Il leur reste également de nombreux challenges à réussir (iPad, contrôle de son modèle de distribution…).
  • Le Web 2.0 et ses nombreux services emblématiques (blogs, YouTube, Wikipedia, MySpace…). Même si le terme est tombé en désuétude, les pratiques collaboratives, participatives et les mashups font maintenant partie de notre quotidien.
  • Second Life et son parcours très chaotique (cf. Grandeur, décadence, résurrection, sublimation et transformation de Second Life). Quoi que vous puissiez en penser, cet univers virtuel est une authentique réussite et il est plus viable que jamais (cf. Usages stables et croissance économique pour Second Life).
  • Le phénomène Twitter qui intrigue et passionne toujours autant. Même si Twitter n’affiche pas le même taux de croissance que Facebook, même s’il est toujours aussi complexe à appréhender pour les néophytes, ce service de Microblogging a selon moi modifié de façon durable notre rapport à l’information et a développé de nouvelles pratiques et opportunités liées à la communication en quasi-temps réel. Bon par contre il a aussi un impact non négligeable sur l’égo dont on ne mesure pas encore la portée (cf. Je tweet donc je suis. Heu… je suis quoi déjà ?)

Ceci est mon appréciation personnelle (après tout c’est à ça que sert un blog), je vous laisse le son de compléter cette liste…

Les grands flops de la décennie

C’est à la fois difficile et délicat de revenir sur les échecs de ces 10 dernières années car je ne veux pas me prêter à un jeu de massacre. Je vais donc me contenter de thèmes génériques :

  • La chute d’audience des portails. Il y a 10 ans les champions de l’audience s’appelaient Yahoo!, MSN ou encore AOL (surtout aux USA). Aujourd’hui ils ne sont plus que des acteurs de seconde zone évoluant en coulisse. Bien évidemment ils brassent encore une audience considérable mais leur lectorat est plus que largement entamé par des plateformes sociales présentant plus de valeur aux yeux des internautes. Facebook est ainsi devenu le nouveau concentrateur de contenus et de services (nous y reviendrons).
  • Les difficultés des modèles payants. Il a fallu 5 ans (de 2000 à 2005) pour éduquer le marché et faire comprendre aux internautes que pour avoir un service ou du contenu de qualité il fallait payer. Et il a fallu 5 ans pour que Facebook déstabilise cet équilibre avec sa politique du tout gratuit : Publication, partage de photos et vidéos, drague, retrouvailles de camarades du collège… Je pense qu’il n’est pas faux de dire que Facebook a bâti son audience en récupérant les utilisateurs de services payants comme CopainsDavant ou Meetic. Je me suis déjà longuement exprimé sur la fragilité de Facebook et je reste persuadé qu’il y aura un prix à payer pour tous ces services gratuits (un billet en préparation à ce sujet).

Je vais me limiter à ces deux thèmes mais vous êtes encore une fois libre de me donner votre ressenti sur les échecs de la décennie.

À quoi vont ressembler les dix prochaines années ?

Il est difficile de se lancer dans des prédictions à long terme (je préfère celles à court terme), mais je suis néanmoins persuadé que trois thèmes sortent du lot :

  • La mobilité qui va nous faire consommer de plus en plus de contenus et services sur des terminaux alternatifs (moins de temps passé devant votre ordinateur et plus de temps avec votre smartphone, touchbook… cf. 2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ?). Cette nouvelle répartition des terminaux va impacter de façon significative les usages car en l’absence de clavier et souris, l’utilisateur se retrouve dans une position de consultation beaucoup plus passive qu’avec un ordinateur. Il va donc en résulter une perte de la suprématie de la recherche (donc de Google) au profit de la découverte (donc des éditeurs / distributeurs de contenus).
  • Les pratiques sociales qui vont petit à petit se diluer sur l’ensemble des sites et services. Il y a fort à parier que les internautes vont ainsi passer un peu moins de temps sur les plateformes sociales (Facebook) et un peu plus de temps là où se trouvent les contenus et services (et où se trouveront également les fonctions sociales). Reste encore à résoudre le problème de l’identité numérique et de la gestion d’un profil unifié (et sur ce point là je pense que Facebook est sur la pente descendante).
  • Le cloud computing qui va prendre une place de plus en plus importante dans nos usages quotidiens (ex : Gmail qui a révolutionné l’email). Il y a sur ce domaine deux terrains sur lesquels le cloud computing devra faire ses preuves : Le monde de l’entreprise avec des applications et des données hébergées en dehors du domaine de confiance ; l’entertainement avec des contenus stockés dans les nuages pour éviter les contraintes de stockage et simplifier la gestion des droits (j’attend avec impatience ce qu’Apple nous réserve avec le rachat de Lala).

Voilà, je m’arrête là car je préfère rester à un niveau abstrait et ne pas parler de services ou acteurs en particulier. Ainsi se termine mon modeste bilan de ces dix dernières années, j’adorerais confronter mon point de vue au votre alors n’hésitez pas !

29 commentaires sur “Bilan de 10 ans d’interactivité

  1. « La chute d’audience des portails. » => Facebook, qui vient de dépasser Google en visites, n’est-il pas une version plus sociale du portail AOL ?

  2. Bonjour

    Je pense qu’il manque une évolution majeure: les Web API (en mode REST à 70%, SOAP à 30%)
    Les API pour créer sa plateforme eCommerce (Amazon, Ebay), les API sociales, les API pour le Cloud, les API de paiement (Visa, Payypal, etc.).
    Avec une API, on délégue aux autres (partenaires, clients, etc.) la valorisation de données ou des services.

  3. @ Boris > La différence est qu’AOL propose une logique de chaines et de traitement éditorial (comme Yahoo!). En plus il est possible de tout consulter sans créer un compte.

    @ William > Oui c’est ce que j’inclus dans « mashup ».

  4. Un grand changement aussi : le web est devenu « une seconde télé ». Le web est devenu multimédia comme l’ordinateur très peu de temps avant (je ne parle pas des minuscules vidéos saccadées en 256 couleurs, hein). D’un Vidéo-Gag à la carte à diffusion des premiers pas du petit dernier, des petits jeux en Flash aux derniers MMOG en 3D, en passant par les web radios et les PowerPoint tous plus kitch les uns que les autres, le web a de loin dépassé le concept de la page hypertexte et il a révolutionné la façon de se divertir.

    Nous l’avons tous expérimenté en tant qu’ergonome : s’il est motivé, l’utilisateur le moins habile arrivera toujours à réaliser une tâche. Et je suis convaincu que les YouTube, MySpace et autres sites multimédia incitent de nombreuses personnes réticentes à explorer Internet.

  5. Comme le dit Alex le développement du streaming :
    L’apparition de plateformes comme Spotify mais pour la vidéo et le contenu multimédia connecté aux plateformes sociales.

  6. J’ai rarement été à tel point d’accord avec un billet, il faut croire que je suis un jeune con !

    Merci de modérer intelligemment l’enthousiasme exagéré de certains qui n’hésitent pas à brandir un changement de paradigme tous les 3 jours.

  7. Sujet intéressant, ce n’est jamais évident d’avoir du recul dans le domaine d’internet. Je pense que Twitter se développera beaucoup moins que Facebook, principalement parce que peu de gens savent comment s’en servir « utilement », et que le temps pour l’appréhender dépasse celui que nombre de gens sont prêt à passer sur l’outil pour le maitriser. Nous verrons bien.

    [L’évolution d’internet, c’est malheureusement aussi l’expansion des fautes d’orthographe, d’accord, etc…
    >> « ce service de Microblogging a selon moi modifier de façon durable notre rapport à l’information et développer… »
    >> « (ex : Gmail qui a révolutionner l’email) »
    Beaucoup de « er » ont remplacé le « é » dans cet article, méfiance !]

  8. Je pense que le streaming cité plus-haut rentre allègrement dans la case « web 2.0 ».

    Point essentiel de cet excellent billet : « Reste encore à résoudre le problème de l’identité numérique et de la gestion d’un profil unifié ». Je pense que LE problème de l’avenir est bel et bien l’identité sur la toile ! Tout comme dans la vie réelle avec ta carte d’identité et ton passeport, un jour il faudra peut-être avoir sa carte d’identité et son passeport sur la toile pour surfer sur un internet qui sera, peut-être, plus régulé par rapport à aujourd’hui…

    Enfin tout celà repose sur peu de concret et beaucoup d’hypothèses, mais est-ce envisageable ? Sans vouloir faire de pub ou autre débat, on en a dejà fait un film récemment… J’imagine bien un avenir numérique avec chacun « sa carte » et « son passeport » avec nécessité de montrer patte blanche à certaines occasions, tout comme dans la vie réelle…

  9. 10 ans ça représente une période considérable à l’échelle du web. Il c’est passé un  nombre de choses considérable au cours de cette décennie et le web de l’époque ne ressemble plus du tout au web d’aujourd’hui. Mais en est-on réellement certain ? Ces derniers mois je me lasse d’entendre des “spécialistes” marteler que le web a changé du tout au tout et que la révolution est en marché. De mon point de vue, cette révolution est plus une évolution permanente qui a commencé dès les premiers jours du web. Oui il y a bien eu des grands tournants (nous y reviendrons) mais les fondamentaux de l’internet de 2010 étaient déjà présents en 2000.
    +1

  10. Je suis d’accord avec ça « En 10 ans tout a changé, mais rien n’a changé ».

    L’économie du web est juste plus réaliste, plus mobile et plus concentrée.
    Les grands acteurs ont changé : les AOL et Altavista ont disparu au profit des opérateurs historiques et de Google.
    Les géants menaçants de leur domination ne sont plus les mêmes : si Microsoft est toujours là (pour l’instant, dans 10 ans …) le nouveau dragon est Google, omni-présent, omni-potant.
    Microsoft gagnait de l’argent à chaque fois que quelqu’un démarrait un pc, Google gagne de l’argent à chaque fois que quelqu’un se connecte à l’internet.

    On peut saluer les succès industriels d’Amazon et d’Apple mais ce web est toujours aussi malmené par des start-ups ou des sites qui se prennent pour des grands.
    Je prends l’exemple de canalchat, le site est super fouillis, un édito (en 2010 ?) qui n’a pas un seul lien, le chat du 27 mai n’a aucun lien sur la page d’accueil, une triple référence à celui du 1er juin…
    Et ça parle de services aux entreprises ? c’est une blague ?

    Effectivement rien n’a changé, est-ce que les dix prochaines années seront suffisantes ?
    La prochaine vraie évolution technique est pour moi l’avènement de l’ IP V6 et la 4G/LTE où TOUT sera connecté.
    Le cloud computing sera partout : stockage en premier mais aussi des services comme onlive.com.
    A un moment ou à un autre il faudra penser le net différemment : soi sur un appareil mobile, soit en accès direct à des applications déportées sur des serveurs distants.
    Si on peut jouer à distance, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas accéder à distance à un vrai ordinateur à partir d’une simple console connectée à un dispositif d’affichage.

    La vraie bataille pour le grand public aura lieu sur la télévision : suivant les forces en présence, soit la télé va absorber les services web ou elle va disparaître pour du tout internet.

    Rendez-vous dans 10 ans.

  11. Analyse rare et .. très précieuse !

    Il est clair que moi, individu, je suis plus connecté, informé, amusé, etc…
    Mais, moi, citoyen, y ai-je vraiment gagné ?
    Si on veut prendre un peu de recul « sociétal », finalement, est-ce que le monde va mieux avec ces progrès des 10 dernières années ? est-ce que la démocratie a-t-elle vraiment augmenté telle qu’espérée par tant d’Internautes ?

    Pas vraiment, me semble-t-il ….

    Est-ce que le Net ne devient-il pas le nouveau « circensis » des politiques et des affaires ?

    … un peu de mélancolie, je sais, ça doit être l’âge !

  12. @fred Pour moi API et mashup sont deux tendances très différentes.

    Si tu crées un CPU sur Amazon EC2 et un disque dur sur Amazon S3, tu ne vas pas faire du mashup. Les API permettent de créer des écosystèmes et de revendre des services de sa plateforme à d’autres. C’est dupartage de mid/back office et ca change totalement la manière de faire du e-commerce. C’est l’aspect tuyauterie …

    Le mashup est une tendance lourde du web 2.0 qui privilégie des interfaces dynamiques utilisant des flux de données variés qu’on peut agréger. C’est l’aspect front office ou le client est roi …

  13. Pas sûr que les sites de rencontres du type meetic fassent partie des perdants. Avec les pubs qu’on se mange en ce moment à la télé pour les sites d’internet dating, il y a sûrement un gros business derrière…
    En tout cas ça représente un bien plus gros marché que Twitter ou Second Life par exemple (je parle pour l’Europe).

  14. Pas un mot sur la wikipedia ? c’est pourtant la meilleur illustration du UGC.

    Petite question annexe : c’est quoi la définition d’un reseau social ? et la wikipedia, ça pourrait pas etre considéré comme un reseau social ?

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