La transformation numérique entre dans une phase exponentielle

Voilà plus de 5 ans que nous parlons de transformation numérique, mais l’arrivée des outils numériques en entreprise et dans les foyers a réellement commencé il y a bien plus longtemps (35 ans si l’on tient compte du Minitel). Aujourd’hui, la situation est différente, car il y a toujours plus de terminaux connectés en circulation, tous interconnectés par le biais de plateformes, et produisant une infinité de données. Dans la mesure où nous avons maintenant à notre disposition tous les outils pour collecter, raffiner, interpréter et automatiser le traitement de ces données, les intelligences artificielles, il n’y a (quasiment) plus de limites à la création de valeur. Nous sommes bel et bien rentrés dans une phase d’accélération et de développement exponentiel.

Équipements électroniques vs. supports et terminaux numériques

J’ai déjà eu l’occasion de vous expliquer que la 4e révolution industrielle était celle du numérique (La transformation digitale accélère la quatrième révolution industrielle). Pour mémoire, la troisième révolution industrielle, survenue dans la période 1970-1990, est celle de la généralisation de l’électronique et des premiers ordinateurs en entreprise.

Un de mes lecteurs me posait la question récemment de définir ce qu’est réellement le numérique. Dans sa définition la plus stricte, le numérique désigne tout ce qui s’oppose à l’analogique et qui utilise des technologies informatiques. Les premiers ordinateurs rentrent dans cette définition, mais j’ai du mal à les comparer avec les terminaux numériques d’aujourd’hui, ceux qui sont spécifiquement conçus selon un objectif de connexion (je vous rappelle qu’il fallait doter son ordinateur d’une carte réseau pour pouvoir se connecter au web).

Les terminaux numériques d’aujourd’hui peuvent donc être classés dans une catégorie légèrement différents, car ils ont bénéficient d’une connexion « by design ». De plus, ils sont destinés à évoluer par le biais des applications ou des mises à jour. Force est de constater que les ordinateurs, smartphones, tablettes, liseuses… couvrent ainsi bien plus de besoins ou cas d’usage que les ordinateurs d’antan. Pour vous en persuader, il vous suffit de comptabiliser le nombre de capteurs sur votre smartphone.

De façon paradoxale, les smartphones sont bien plus nombreux que les ordinateurs de bureaux, mais pas du tout banalisés, au contraire ! La différence se faisant dans la valeur d’usage : nous chérissons notre smartphone ou MacBook, car nous l’utilisons au quotidien (nous les consultons en moyenne plus d’une centaine de fois par jour sans même nous en rendre compte).

Pour en revenir à la question de la définition, le numérique désigne tous les terminaux (ordinateurs, smartphones, tablettes, liseuses…) permettant de consommer / produire des contenus numériques très diversifiés (articles et documents divers, images, vidéos, MOOCs…), d’accéder à une infinité de services en ligne (bases de données, applications en ligne…), ainsi que les supports numériques (objets et capteurs connectés, puces passives ou actives…) chargés de produire, collecter ou relayer des données (mesures, images…).

Poursuivons notre raisonnement en faisant le distinguo entre transition et transformation.

Transition numérique = numérisation

La transition numérique est ce que l’on pourrait qualifier de première étape vers le numérique, celle de numérisation de l’existant (ex : scan des archives papier, recherche en ligne au sein d’annuaires et de bases de données, passage de commandes en ligne…). Elle a débuté il y a de nombreuses années : La transition numérique a commencé il y a 20 ans, nous sommes maintenant dans une phase d’accélération digitale. L’objectif est d’abandonner le support papier (ex : les email remplacent les prospectus) et les traitements manuels (ex : formulaires en ligne). De même, il a fallu un certain nombre d’années et d’étapes pour abandonner les protocoles de transmission analogiques (ex : RTC) et basculer vers du tout numérique (ex : voix par 4G).

Dans l’absolu, les premiers ordinateurs ne sont pas très différents de ceux que l’on utilise aujourd’hui (écran, clavier, souris, disque sur…), à la différence près qu’ils n’étaient pas connectés au web. Ordinateurs à priori polyvalents, mais que l’on réservait à des fonctions bien précises : comptabilité, gestion de la production, bureautique, CAO… Je rapproche ainsi ces premiers ordinateurs des équipements électroniques, ceux dont l’objectif était de numériser l’existant. Il n’y avait à proprement parler, quasiment pas de transmission de données, tout au plus des fichiers que l’on se passait par disquettes. Ils n’étaient non plus pas très évolutifs, non pas que les ultra-portables le soient aujourd’hui, mais simplement voués à être régulièrement renouvelés (le PC de bureau était alors un produit parfaitement banalisé).

Ce qui nous amène vers la seconde étape.

Transformation numérique = accélération

Avec la transformation numérique, il n’est plus question de s’équiper ou de numériser l’existant, car c’est déjà fait. Nous entrons dans une seconde phase où l’objectif est de repenser les offres et processus (ex : paiement à l’utilisation, services vocaux…) et de « plateformiser » les modèles économiques (Quand les plateformes numériques passent de l’intermédiation à l’intégration, que reste-t-il aux acteurs traditionnels ? et L’accélération numérique est une réalité, et elle profite surtout aux GAFA).

La transformation numérique s’exprime notamment très bien à travers l’adoption de traitements automatisés (ex : programmatic buying ou marketing automation) et surtout intégration dans une chaine entièrement numérique (ex : transport ferroviaire où la réservation et la gestion des trajets / billets se font depuis votre smartphone).

Tous les rouages numériques sont en place

Tim O’reilly, une personnalité du numérique que j’affectionne particulièrement, a publié la semaine dernière un article particulièrement pertinent (Gradually, then suddenly) où il est question de l’accélération de l’innovation numérique. L’idée est que l’apport progressif d’innovations permet de générer des bénéfices qui ne sont pleinement appréciés qu’une fois les différents éléments du puzzle assemblés. Il y a donc une courbe de progression en forme de crosse de hockey qui s’applique particulièrement bien au numérique. Cette notion de progression exponentielle (j’appelle ça l’accélération numérique), se retrouve aussi dans le livre Exponential Organisations de Salim Ismail.

Jusqu’à présent, la transition, puis la transformation numérique ont été incrémentales, elles ne concernaient que certains éléments : commande en ligne, stockage de données dans le cloud, miniaturisation des composants électroniques, augmentation de la capacité des batteries… L’accélération ne se produit qu’une fois toutes ces améliorations / innovations en place. L’iPhone est ainsi l’exemple emblématique de cette accélération : rien de révolutionnaire dans les composants matériel ou logiciel, mais une somme qui est largement supérieure à la valeur de chacune des parties.

Nous pouvons parler d’alignement des planètes et c’est précisément ce qui est en train de se passer avec l’intelligence artificielle : le domaine bénéficie de décennies d’améliorations et innovations incrémentales (deep learning, big data, cloud computing…) qui, combinées entre-elles, créent les conditions de marché à une adoption rapide et une croissance fulgurante (Intelligence artificielle et machine learning s’installent durablement dans notre quotidien). Donc non, il n’y a pas d’effet d’emballement du marché pour l’intelligence artificielle, comme ça a été le cas par le passé pour d’autres sujets, mais un alignement des planètes : toutes les conditions sont réunies.

Nous avons connu par le passé d’autres alignements de planètes : le commerce en ligne (généralisation des ordinateurs dans les foyers, ERP, automatisation des entrepôts…), les logiciels en ligne (vieillissement du parc informatique dans les entreprises, généralisation de l’accès à internet, amélioration des performances des navigateurs web…), le programmatic buying (standardisation des formats, harmonisation des serveurs de gestion des inventaires publicitaires, déploiement de places de marché…). Cette liste n’est pas exhaustive, sentez-vous libre de la compléter dans les commentaires.

Nous avons également connu des faux départs, comme celui des univers virtuels (Second Life) ou de la réalité augmentée avec les Google Glass. Arrivée trop tôt sur le marché, elles ont reçu un accueil très froid du grand public (alors qu’elles ne leur étaient pas destinées) et n’ont pu bénéficier de composants électroniques miniaturisés comme nous avons pu en voir à la dernière édition du CES (These slick new AR glasses project shockingly high-quality visuals et La réalité augmentée en ordre de marche), ou des environnements de production d’assets 3D qui abaissent drastiquement les coûts de création des contenus.

Si vous conservez la même vitesse, vous vous ferez dépasser

Nous sommes donc aujourd’hui dans une phase d’accélération de la transformation numérique, non pas que les innovations et modèles d’aujourd’hui sont meilleurs qu’avant, mais parce qu’elles se cumulent et créent des conditions de marché toujours plus favorables.

Le numérique est donc un terreau incroyablement fertile pour développer de nouvelles offres et usages. En théorie, la prochaine progression exponentielle devrait être celle de la réalité virtuelle, car les conditions de son succès rapide sont en train d’être réunies (cf. Tour d’horizon des dernières nouveautés de la réalité augmentée – mixte – virtuelle).

Nous pouvons également mentionner les interfaces naturelles et assistants vocaux, mais ce sont des domaines trop génériques (ce ne sont pas des produits en eux-mêmes, mais des facilitateurs). Et vous, est-ce que vous voyez d’autres succès rapides dans votre radar ?

6 commentaires sur “La transformation numérique entre dans une phase exponentielle

  1. Pour reprendre ta notion « d’alignement des planètes », je vois bien une concrétisation du concept de « pervasive computing » qui date un peu mais qui va trouver toute sa pertinence dans les prochaines années.

      1. Je pense que c’est distinct. Le pervasive computing va reposer sur la disponibilité généralisé d’une connexion au réseau sans rupture (perspectives promises par la 5G mais qui, comme toujours, va mettre du temps à se déployer puis se généraliser) plus d’une diversification des interfaces utilisateur (déjà en cours avec l’avénement récent de la commande vocale) qui va permettre d’utiliser des assistants numériques partout sans avoir forcément à les manipuler au clavier ou avec le doigt (donc, en les gardant dans la poche). Je ne suis pas sûr d’être clair ici alors que je vais écrire pour améliorer la compréhension de tout cela !

  2. Et aussi, merci pour le line vers l’article « Gradually, then suddenly » qui est vraiment une excellente synthèse de ce que nous venons de vivre depuis 30 ans : des évolutions techniques graduelles, lentes même et qui, finalement se découvre aux yeux du monde dans une quasi-explosion spectaculaire qui parait soudaine si on passe sous silence la période de maturation qu’il a fallu en préalable (les « révolutions en une nuit » demandent au moins vingt ans de préparation…).

  3. Je partage l’idée que la transformation numérique s’accélère : comme en économie on parlerait d’augmentation de la vitesse de circulation de l’information pour la création de services. Est-ce que des recherches ont été fait sur les cercles ou acteurs économiques embarqués dans cette démarche? Est-ce que toutes les couches de la société sont réellement dans le même mouvement ?
    Bel article en tous cas !

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