La schizophrénie des membres va-t-elle tuer Facebook ?

J’ai déjà eu de nombreuses occasions de vous sensibiliser aux problèmes (chroniques) de gestion de la confidentialité par Facebook. Il semblerait que, depuis quelques semaines, le débat soit monté d’un cran avec de nombreuses voix s’élevant dans la blogosphère pour dénoncer l’amateurisme avec lequel les équipes de Facebook traitent cet aspect :

Notez qu’il n’y a pas que sur la blogosphère que ça grogne puisque ce débat déborde également sur les médias traditionnels (radio, TV, presse : Facebook, MySpace Confront Privacy Loophole) ainsi que dans la sphère politique (cf. Senators Call Out Facebook On ‘Instant Personalization’, Other Privacy Issues).

Le danger est bien réel mais je ne m’attarderai pas là-dessus. Je m’interroge par contre sur l’étrange schizophrénie des membres de la plateforme qui veulent dans un même temps bénéficier d’une forte exposition médiatique et s’assurer qu’il y aura respect de la vie privée. Heu… laquelle ? À partir du moment où vous publiez des choses (updates, photos…), elles sont visibles, donc elles ne relèvent plus de la sphère privée. Oui mais non car la réalité est plus subtile.

Parce qu’il faut bien rembourser la dette et payer les factures…

Je mets volontairement de côté le cas de figure où un blogueur ou une personnalité publique se sert de Facebook comme d’une plateforme de visibilité. Par contre je vous propose de réfléchir aux deux situations suivantes :

  • Vous partagez des données privées (photos, vidéos…) avec votre entourage proche et le service modifie les règles de visibilité sans vous prévenir de façon explicite (c’est ce qui s’est passé récemment)
  • D’autres personnes publient des contenus (articles, photos, vidéos…) où vous êtes mentionné mais vous n’en avez pas forcément conscience (une situation plus que probable dans la mesure où il y a plus de 15 millions de français sur la plateforme, donc de nombreuses personnes dans votre entourage proche ou éloigné).

Dans ces deux situations, des données privées se retrouvent exposées et il faut faire un effort pour comprendre et régler en conséquence vos paramètres de confidentialité. Certes, c’est ennuyeux, mais dans la mesure où Facebook est gratuit, peut-on vraiment s’en plaindre ? Lorsque vous souscrivez à une offre premium de FlickR, vous bénéficiez d’un contrat qui définit le cadre de la relation client / fournisseur. Mais quand vous exploitez un service gratuit, c’est un peu différent car vous n’êtes pas client, juste utilisateur.

A partir de là, quels sont les recours des utilisateurs ? D’une part exprimer leur mécontentement, c’est ce que la communauté des utilisateurs a déjà fait, mais Facebook a toujours su faire rapidement marche arrière sur des décisions impopulaires mais s’est toujours arrangé pour réintroduire ces changements plus tard (cf. Fun With Facebook and Privacy Game Theory).

SocialMediaPrivacyDecisionTree

Le deuxième recours des membres va être de nettoyer leur profil des données jugées trop privées (ou confidentielles). C’est de loin la mesure qui me semble la plus pertinente : Ne mettez pas en ligne les contenus et données que vous ne pouvez pas vous permettre de rendre publiques. Nous en revenons à un phénomène que j’avais déjà décrit l’année dernière : Comment les nouvelles règles de Facebok vont modifier le comportement des utilisateurs. J’ai toutes les raisons de penser que ce phénomène va s’accentuer et que les profils « réels » vont céder la place à des avatars de membres.

Suivant ce schéma, Facebook se retrouve donc pris dans un engrenage très néfaste : Plus ils exploitent les données pour faire du ciblage précis (afin de rentabiliser les frais colossaux de la plateforme), plus les utilisateurs appauvrissent leur profil, moins le ciblage est précis et plus le CPM baisse. Traduction : Ce qui a fait le succès de Facebook (la gratuité), va aussi causer sa perte car ils n’ont d’autres moyens que d’exploiter les données des membres pour proposer un mécanisme de ciblage plus précis que les autres, donc impérativement besoin de profils de qualité. Hors cette qualité des profils va de pair avec la confiance. Jusqu’à présent la stratégie de Facebook a été de proposer toujours plus de services gratuits pour attirer toujours plus de monde (des services rentabilisés en exploitant les données confidentielles des membres générées par ces services). Sauf que : Plus d’utilisateurs = Plus de frais = Un plus grand besoin d’exploitation des données = Plus de polémiques autour de la confidentialité et du respect de la vie privée. Ils ont donc troqué de la confiance contre de l’audience, c’est ce que j’ai décrit précédemment comme une stratégie de fuite en avant.

Facebook peut-il parvenir à regagner la confiance des membres ? J’en doute fortement car le mal est fait (ils ont fait la preuve de leur amateurisme dans ce domaine). Cette polémique autour des données confidentielles peut-elle empirer ? Oui sans problème, d’autant plus avec les futures fonctions de check-in qui vont prochainement être implémentées (pour contrer la montée en puissance de Foursquare) et avec la généralisation des Facebook Credits (et donc le traçage de l’ensemble des dépenses réalisées sur la plateforme).

Fin de la lune de miel entre Facebook et la blogosphère

Aujourd’hui le plus gros problème de Facebook n’est pas un ralentissement de la croissance mais plutôt une perte de la confiance accordée par les utilisateurs. Cette confiance est conditionnée à la fois par la façon dont le service explique et gère la confidentialité à ses membres (sur ce point là, ils ont bien merdé) et sur le nombre de citations dans la blogosphère (là encore le vent est en train de tourner et Facebook tout comme son patron sont critiqués de toutes parts).

Est-ce bien grave de se préoccuper des débats d’experts dans la blogosphère (dont le grand public se moque complètement) ? Oui dans la mesure où ces débats vont également impacter les recommandations des agences et surtout les investissements des annonceurs. Traduction : Mauvaise presse = moins de revenus publicitaires.

Ceci étant dit, ne vous attendez pas à une migration massive des membres vers des plateformes comme Diaspora (un réseau social décentralisé et open source). Même si l’initiative est louable (plus de détails ici : Le projet Diaspora, un anti-Facebook), je doute qu’elle mobilise les foules (à l’image d’identi.ca, le clone open source de Twitter).

Je pense que l’évolution la plus probable va être une prise de conscience par le grand public des dangers de l’exposition de son profil (et de ses données personnelles) sur une plateforme comme Facebook. Ce matin j’étais dans le métro à côté de deux personnes qui discutaient des problèmes liés à Facebook et au fait que sur un ordinateur familial, les enfants ou le conjoint pouvait avoir accès au profil des autres (soit sur le site ou soit au travers de la fonction d’instant personalization sur un site tiers). Bref, nous n’en sommes qu’au début d’un mouvement de fond : L’anonymisation des profils.

À qui la faute : Facebook et sa vision trop utopique d’un modèle économique viable ? Les membres et leur naïveté manifeste vis-à-vis d’une plateforme entièrement gratuite qui ne veut (soit-disant) que le bien dans le monde ? Les investisseurs qui ont rendu cette situation possible ? Je ne saurais le dire car les torts sont à mon sens partagés.

Comment tout ceci va-t-il évoluer ? Là encore c’est une question bien complexe à laquelle je ne saurais trop répondre. Mais encore une fois je penche pour la théorie d’anonymisation / d’avatarisation des profils qui est déjà bien visible dans les friend requests (de plus en plus de pseudos et comptes semi-pro). Vous ne trouvez pas ?

Facebook va-t-il révolutionner le web ?

Jeudi dernier a eu lieu la grande conférence annuelle des développeurs Facebook. L’occasion pour Mark Zuckerberg de faire le point sur l’évolution de sa plateforme sociale et de dévoiler ses ambitions pour les prochains mois (à mettre en parallèle avec les annonces récentes de Twitter : Les nouvelles ambitions de Facebook et Twitter). Le moins que l’on puisse dire c’est que les annonces ont été spectaculaires et que l’ambition affichée par Facebook est à la hauteur des géants du web. Peut-on en déduire que Facebook a rejoint les Google, Yahoo!, Amazon dans la cour des Grands du Web ? Oui, en quelque sorte.

À l’ouest, rien de nouveau

Commençons par décortiquer les annonces faites :

  • Implémentation d’OAuth, un standard d’authentification plus robuste que celui précédemment utilisé ;
  • Nouvelle Graph API, pour simplifier la liaison entre un site et les profils/graphs sociaux des visiteurs ;
  • Assouplissement des règles de conservation des données personnelles (les éditeurs de sites pourront maintenant conserver indéfiniment les données en provenance des profils des visiteurs authentifiés) ;
  • Lancement de Open Graph Protocol, un standard ouvert d’enrichissement des profils à travers une fonction « Like » universelle et sémantisée ;
  • Mise à disposition de nombreux social plugins, des widgets pour injecter du Facebook dans votre site (et inversement) ;
  • Montée en puissance de Insights, l’outil de social analytics dont vont pouvoir bénéficier les éditeurs de sites qui vont implémenter les social plugins ;
  • Lancement des Facebook Credits (enfin !) ;
  • Lancement d’une social bar à intégrer dans votre site ;
  • Lancement de Docs.com, une plateforme de collaboration en partenariat avec Microsoft ;
  • Lancement d’une fonction d’Instant Personalization pour faire du SSO sur votre site (nous y reviendrons).

La liste est dense et je vous laisse le soin d’étudier les détails sur le très bon billet de R/WW Fr : Le nouveau Facebook, un guide complet pour les éditeurs, les annonceurs, les utilisateurs et la concurrence.

Oui, ces annonces ont fait sensation. Non, nous n’avons (quasiment) rien découvert car tout ceci avait été plus ou moins annoncé avant et surtout existait déjà chez des concurrents :

Donc non, à l’Ouest il n’y a rien de nouveau, mais tous ces services à l’échelle de Facebook risquent de faire grand bruit…

Facebook a remporté la bataille du web social, mais il y aura un prix à payer

Avec largement plus de 400 millions de membres, 500 millions de V.U. mensuels et plus de 100 millions d’utilisateurs de Connect, Facebook est assurément le poids lourd incontesté des médias sociaux. Pire : L’écart se creuse avec ses concurrents. Si je devais faire une analogie, je dirais que Facebook est en train de devenir pour les réseaux sociaux ce que YouTube et Twitter sont pour le partage de vidéos et le microbloging : des ultra-leaders.

On imagine difficilement comment Facebook pourrait perdre sa position dominante tant les chiffres d’audience parlent en sa faveur. Donc pour le moment, Facebook est le roi sur son créneau : Il fait la pluie et le beau temps en rachetant / copiant les services qui fonctionnent bien et tout le monde applaudit. Très bien, mais si Facebook a remporté la bataille du web social, il est très loin d’avoir remporté celle du web communautaire : Jusqu’à preuve du contraire, la montée en puissance de Facebook n’a pas réellement impacté les plateformes communautaires traditionnelles (forums, messagerie instantanée…) où les échanges sont beaucoup moins superficiels (cf. Ne confondez plus communautaire et social) et où les données de profilage sont bien plus facilement exploitables.

Des lacunes toujours pas comblées

Malgré l’audience colossale dont Facebook dispose et malgré des perspectives de revenus très confortables, Facebook ne parvient toujours pas à apporter une réponse à certains problèmes récurrents :

  • Viabilité / Pérennité. Même si Facebook anticipe 1 milliard de $ de C.A. en 2010, ils ne communiquent toujours pas sur leur rentabilité réelle. En fait ils n’ont aucune raison de le faire puisque c’est une société privée (dont les comptes ne sont pas audités). À partir de là, il n’est pas très compliqué de faire miroiter une rentabilité instantanée (par le biais d’écritures comptables) mais nous ne connaissons toujours pas l’état réel de sa trésorerie ni de sa dette, deux éléments clés pour savoir si ce service est viable dans la durée. C’est un peu comme si j’ouvrais un restaurant gratuit dans une zone commerçante et que je disais « comment puis-je faire faillite avec autant de clients ?« . La stratégie du tout gratuit n’est en effet pas à la portée de tous et les revenus par utilisateur de Facebook sont largement en dessous des autres géants du web (cf. Here’s How Much A Unique Visitor Is Worth) :

RevenuePerVisitor_2010

  • Fiabilité du ciblage comportemental. La possibilité d’accéder au graph social des utilisateurs de Facebook est très alléchante, mais est-ce une source fiable sur laquelle pourrait reposer un mécanisme de ciblage comportemental ? Je ne suis pas sûr dans la mesure où la visibilité publique des profils affecte le comportement des utilisateurs et où les nouveaux social plugins ne vont faire qu’empirer ce phénomène (cf. Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateurs). Des mécanismes de ciblage plus traditionnels comme ceux proposés par Wunderloop me semblent plus robustes. Comment cela va-t-il se passer par exemple pour les utilisateurs qui ont plusieurs profils ? ;
  • Respect de la confidentialité. Avec la nouvelle Graph API et la fonction d’Instant Personalization, nous nageons en plein cauchemar d’éparpillement des données personnelles. Je veux bien croire que cela ouvre de nombreuses opportunités pour les annonceurs et éditeurs de sites, mais je doute que les utilisateurs vont y trouver leur compte (cf. Facebook Further Reduces Your Control Over Personal Information et Senators Call Out Facebook On Instant Personalization).

Vous devez certainement penser que je m’acharne contre Facebook, et pourtant je ne fais que répéter des arguments déjà avancés en 2007 (cf. Pourquoi je ne crois plus en Facebook). Donc je reformule : Facebook a fait main basse sur les médias sociaux en hypothéquant vos données personnelles. Depuis cette date, Facebook s’est lancé dans une fuite en avant et ne semble visiblement pas prêt de s’arrêter. C’est bien dommage car il faudra bien un jour éponger la dette.

Le mirage de la personnalisation

Revenons sur une annonce majeure faite au cours de cette conférence : La nouvelle Open Graph API et la fonction d’Instant Personalization. Sur le papier ça semble révolutionnaire : le contenu des sites qui s’adapte automatiquement aux attentes des visiteurs en fonction de leur profil Facebook et cela sans qu’ils aient besoin de s’authentifier. Facebook devient en quelque sorte un cookie social universel. OK, mais nous avons déjà vu que les attentes des visiteurs reposant sur leur profil Facebook et leur graph social ne sont pas leurs attentes réelles.

De plus, celles et ceux qui travaillaient dans le web il y a 10 ans se souviennent de l’engouement autour du 1to1 marketing et des outils de personnalisation. Nous savons aujourd’hui ce qu’il en est : La personnalisation automatisée des contenus en fonction du profil des utilisateurs est un mythe. D’une part il faut une masse considérable de contenu ou une offre très large pour que cela fonctionne réellement (sinon le ciblage n’est pas assez précis). Soyons sérieux : Même Amazon ne sait pas correctement cibler mes besoins alors que je suis client depuis 10 ans (il suffit que j’achète un cadeau pour un ami ou un membre de ma famille et le mécanisme de personnalisation s’enraye).

Vous doutez encore ? Essayez donc de m’expliquer comment cibler un utilisateur qui a plusieurs profils… La personnalisation 1to1 est un casse tête que la dynamique sociale ne peut pas solutionner (entre autre à cause du comportement biaisé des utilisateurs). Le meilleur moyen de cibler une tranche de la population est de définir une ligne éditoriale stricte et de produire du contenu de qualité. Ces derniers temps j’entends de plus en plus parler du rôle de « Content Strategist » pour des marques qui souhaitent construire une image solide en misant sur du contenu cohérent avec leur positionnement. C’est là que se trouve la solution, pas des solutions techniques fumeuses.

Une révolution à la sauce Facebook

Il nous reste les autres annonces de la « révolution Facebook » sur lesquelles je ne vais pas m’attarder :

  • Docs.com, une initiative risible car Facebook et monde professionnel ne font pas bon ménage. Par contre l’équivalent avec LinkedIn ou LotusLive me semble bien plus prometteur.
  • Facebook Credits, nous nous doutions qu’ils finiraient par arriver mais je me demande bien comment ils vont faire pour imposer cette monnaie virtuelle à des éditeurs qui gagnent plus d’argent que eux et qui sont financés par le même investisseur (cf. Zynga’s Revenues Reach $600 Million).
  • Users Insights. Des statistiques démographiques sur vos visiteurs, une bonne idée sauf que celles-ci ne concerneront que celles des utilisateurs de Facebook ayant cliqué sur le bouton « Like » (et n’ayant pas décoché l’option). Ces données sont intéressantes, mais ne leur donnez en aucun cas plus d’importance que les données issues de votre solution d’analyse d’audience (celle qui concerne VOS utilisateurs, pas ceux de Facebook sur lesquels vous n’aurez jamais complètement la main).

Par contre je veux passer un peu plus de temps sur l’initiative sémantique lancée par Facebook. L’idée est la suivante :

  1. Vous insérez dans votre code-source des marqueurs sémantiques reposant sur RDF pour décrire le contenu de vos pages (chanson, film, produit, personnalité…) ;
  2. Vous insérez le fameux bouton « Like » ;
  3. Lorsqu’un visiteur clique sur ce bouton « Like« , son profil est enrichi grâce aux marqueurs sémantiques (il aime cette page qui parle de Madonna, donc il aime Madonna) ;
  4. Vous avez accès aux profils des visiteurs pour pouvoir personnaliser votre contenu/offre en fonction de leurs centres d’intérêt (ceux qu’ils ont déclarés lors de la création de leur compte et ceux qui ont été rajoutés chaque fois qu’ils ont cliqué sur un bouton « Like » d’une page avec des marqueurs sémantiques.

OK très bien, je ne peux qu’approuver le procédé car la sémantisation du web est un chantier titanesque et qu’il n’y a pas réellement de bonne ou de mauvaise manière de s’y prendre, juste des méthodes différentes. Et la méthode proposée par Facebook repose sur le standard RDF donc là dessus rien à redire, dans l’absolu mieux vaut un web sémantisé par Facebook que pas sémantisé du tout. Je rappelle pour mémoire que les technologies sémantiques existent depuis des dizaines d’année mais qu’il est très compliqué de mettre tout le monde d’accord et de s’atteler à la tâche.

Par contre cette méthode présente des failles :

  • Quid des pages où plusieurs sujets se côtoient ? Faut-il insérer autant de marqueurs sémantiques qu’il y a de sujets ? Donc un visiteur qui aime cette page va forcément avoir un profil associé à l’ensemble de ces marqueurs/sujets ?
  • Quid des pages où l’on critique un sujet (ex. : la corrida), si un visiteur apprécie un article qui critique la corrida et propose un loi pour l’interdire, son profil sera enrichi avec le sujet « corrida » alors qu’il n’apprécie pas ?

Bref, tout n’est pas parfait et l’approche sémantique de Facebook semble bien naïve, surtout comparativement à des initiatives comme les Linked Data et les Data Sets (cf. Web Squared, transition vers le web 3.0 ou nouveau paradigme ?).

Évolution mais pas révolution (mais ça vous vous en doutiez)

Donc au final toutes les annonces de Facebook sont une bonne nouvelle, car elles vont permettre d’améliorer la plateforme et de rendre un meilleur service. Un meilleur service à qui ? Aux utilisateurs dont le quotidien de Facebookien sera encore plus riche, mais qui seront également encore plus dépendants d’un service contrôlé par un fond d’investissement russe. Le fait que vous appréciez Facebook en tant qu’utilisateur (moi aussi je l’apprécie) ne doit pas obscurcir votre jugement quant au danger qui nous guette : Celui de confier son identité numérique à une société américaine privée. Non ce n’est pas la même chose pour Google, Microsoft ou Apple, car ces sociétés sont côtées en bourse donc elles ne peuvent pas faire n’importe quoi sous peine de sanctions immédiates.

Je m’amuse bien sur Facebook mais je suis très content d’avoir le contrôle total de mon identité numérique et de mon graph social (qui repose principalement sur mes blogs). Posez-vous la question suivante : Que se passerait-il si l’on vous supprimait votre compte Facebook demain ? Hé oui, ça serait bien embêtant… et c’est précisément là-dessus qu’ils comptent pour résorber leur dette : Accumuler une maximum de données personnelles tout en capitalisant sur des profils dont ils auront le contrôle ainsi que sur des micro-communautés (les groupes et community pages). Maintenant qu’ils approchent de la barre symbolique des 500 millions d’utilisateurs, et donc que leur croissance va mécaniquement s’infléchir, ils vont passer à la seconde phase de leur plan de croissance : La monétisation. Et c’est là où nous risquons d’avoir de mauvaises surprises car encore une fois, l’argent est un tabou sur Facebook (contrairement à d’autres plateformes comme Hi5 ou Xanga qui ont intégrées les micro-transactions dès le départ).

Mais je m’égare… Facebook va-t-il révolutionner le web ? Pas réellement. En fait Facebook va devenir incontournable pour ceux qui pratiquent la course à l’audience dans la mesure où ce service concentre l’audience. Ce sont donc les portails, les e-commerçants généralistes et autres sites à grosse audience qui vont devenir les plus dépendants de ce nouveau Facebook. Pour les autres rien ne va changer : Si vous avez une ligne éditoriale solide ou une offre cohérente et viable alors vous avez la capacité à constituer une audience durable. Par contre, si vous comptez sur Facebook pour injecter du social dans du contenu « neutre » (qui s’adresse à tout le monde donc à personne) ou pour relancer l’intérêt sur une offre banalisée alors vous vous rendez dépendant d’un autre acteur (en plus de Google). Si vous y trouvez votre compte alors ne vous posez pas de question et foncez (après tout vous achetez déjà plein de mots-clés, non ?), par contre ne misez pas tout là-dessus car cette situation ne durera pas.

Sur internet le contenu est roi, il l’a toujours été et le sera toujours. Nous avons cru à une époque que la communauté était reine et que les utilisateurs allaient produire eux-même le contenu qu’ils consommeraient, mais nous sommes en train de nous rendre compte qu’au final tout ceci est éphémère. Qui se souvient des années 90 où les chansons avaient été remplacées par les discussions sur les radios FM ? Ce phénomène a été aussi brutal qu’éphémère, petit à petit les auditeurs se sont lassés et les chansons ont repris leur place. Aujourd’hui on peut toujours entendre des discussions sur les ondes, mais ce que veulent les auditeurs c’est avant tout de la bonne musique.

Je ne suis pas devin mais j’ai comme l’impression que nous arrivons à la fin d’un cycle et que les producteurs de contenus vont reprendre leur place et surtout ré-équilibrer le rapport de force entre contenus et communautés. L’arrivée à maturité de terminaux alternatifs surtout dédiés à la consultation (touchbooks, ebooks…) ne va faire qu’accélérer ce phénomène : Les internautes seront avant tout à la recherche de bons contenus et les producteurs vont vite apprendre à se méfier d’un Facebook qui modifie les règles du jeu tous les mois. Encore une fois, ce sont avant tout les médias de masse et ceux qui sont à la recherche de la masse critique qui vont devoir intégrer Facebook au coeur de leur stratégie, mais, pour les acteurs de niche, la situation sera différente.

Conclusion

Facebook est-il une étape obligatoire pour tout acteur du web ? Oui, bien sûr que oui, surtout avec 500 millions de membres. Par contre il y a différentes façons d’exploiter Facebook et je vous recommande fortement de ne pas mettre tous vos oeufs dans le même panier (j’ai l’affreuse impression de me répéter au fil des mois). Souvenez-vous qu’à une époque pas si éloignée, Spray était l’acteur incontournable du web car c’était la destination à la mode (sa force reposait sur sa communauté). Aujourd’hui nous savons ce que Spray est devenu, il faut donc savoir en tirer les enseignements. Je suis intimement persuadé que Facebook sera le Spray des années 2010 : Une plateforme à la croissance fulgurante qui va exploser comme une supernova faute de fondamentaux viables.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment Facebook est l’étoile la plus brillante du web et il faut en profiter tant que ça dure. La grande difficulté est de profiter des opportunités offertes par Facebook sans en devenir dépendant.

Google Buzz mérite-t-il tout ce buzz ?

Cela fait à peine 4 jours que Google Buzz est sorti, mais le tout nouveau service de Google affiche déjà une fréquentation record : 2 Days Of Buzz: 9 Million Posts And Comments. 200 Posts Per Minute From Mobile. And Security Fixes. Après avoir manipulé ce service, il est maintenant très clair que la cible visée n’est pas Twitter mais définitivement Facebook. Pas nécessairement le Facebook que nous connaissons (avec les applications) mais plutôt sa version allégée (Facebook Lite) ou encore FriendFeed.

Buzz-FF-FBL

L’intégration de Buzz dans Gmail est par contre un choix très structurant dans la dynamique sociale et le positionnement du service :

  • Buzz repose sur le graph social de vos vraies relations, les personnes avec qui vous échangez le plus d’emails – pas des relations numériques (cf. Qu’est-ce qu’un ami ?) ;
  • Le mariage forcé entre Buzz et Gmail provoque des effets de bords (pollution de la boîte de réception, problèmes de confidentialité : Google Buzz Has A Huge Privacy Flaw) ;
  • Il n’y a pas de groupes ou de pages carrefour où les utilisateurs peuvent se croiser librement.

Tout ceci fait que Buzz n’est pas réellement proche de Facebook dans son approche des interactions sociales et sa dynamique communautaire (cf. Google Buzz Is Not A Facebook Killer). Quand on y réfléchit bien, Google Buzz est surtout un prétexte pour donner une très forte visibilité aux Google profiles.

La prise en main est donc déroutante pour ceux qui sont habitués à Facebook / Twitter et ne savent pas trop comment définir ce nouveau service (« messagerie à la sauce sociale« , « Gmail 2.0« , « Gmail + RSS« , « Wave pour les débutants« …). Nous pourrions faire un raccourci en disant que Google essaye de se créer sa propre catégorie pour pouvoir profiter de l’effet de levier de ses autre services. Autant l’objectif de Facebook a été d’extraire les internautes de leur messagerie pour les amener à n’utiliser que le portail (à grand renfort de notifications par mail), autant Google Buzz essaye de faire l’inverse : Extraire les internautes des plateformes sociales pour les ramener dans leur messagerie. La manœuvre est habile et arrive juste au moment où sortent les rumeurs de l’émancipation du système de messagerie interne de Facebook en service de mail. Je reste persuadé que l’objectif n’est pas de tuer Twitter ou Facebook mais plutôt d’équilibrer le rapport de force et surtout de prolonger la durée de visite sur Gmail.

Toujours est-il que ce nouveau service va avoir un effet pervers sur la fragmentation des commentaires : Google Buzz va accélérer l’éparpillement et la pollution des conversations. L’émergence de standards d’interopérabiltié entre ces différentes plateformes se fait de plus en plus sentir. Sur ce point précis Google Buzz semble avoir une longueur d’avance avec une très forte ambition autour des APIs disponibles. Finalement c’est en ce sens que Buzz est proche de Twitter : Devenir une sorte de couche de communication entre les différentes plateformes sociales.

Mais Buzz n’en est qu’à ses balbutiements et la liste des évolutions souhaitées par la communauté est longue. Si je devais me prononcer, j’en citerais trois :

Donc au final je pense que Google Buzz est encore très loin de son potentiel réel. Pour le moment son lancement n’est qu’une manoeuvre défensive mais pourrait bien se transformer en une première brique d’un nouvel empire social made in Google.

Google lance Buzz pour contrer Facebook et Twitter

L’annonce vient juste de tomber, le nouveau produit « social » de Google s’appelle Google Buzz : Introducing Google Buzz et Google Buzz in Gmail.

GoogleBuzz_logo

 

À première vue il s’agit plus d’un outil de micro-partage à la FriendFeed que de microblogging à la Twitter. Ce nouveau service semble très ambitieux et représente la réponse de Google à Facebook, mais également à des services qui montent comme FourSquare.

Un service déjà à jour par rapport à ses concurrents

Voilà ce que l’on sait de Google Buzz pour le moment :

  • C’est un service intégré à Gmail (un onglet juste sous Inbox) qui permet de partager des liens, photos, images… ;
  • Les publications peuvent être privées, publiques ou restreintes (auprès d’un groupe d’amis) ;
  • Les tweets sont ouverts aux commentaires et sont agrégés dans des conversations (comme Gmail), il est également possible d’apprécier une publication (Like) ;
  • Il est possible d’adresser un tweet à une personne en particulier avec le signe @ ;
  • Les tweets seront géolocalisés, il sera possible de consulter tous les tweets d’un endroit en particulier sur les Place pages ;
  • Le service est disponible sur les terminaux mobiles et synchronisé avec Google Maps ;
  • Le flux de tweets sera filtré pour limiter la pollution.

Plus d’infos ici : Google Goes Social with Google Buzz.

L’interface est, comme toujours chez Google, très épurée et intuitive :

GoogleBuzz_feed

Il semblerait donc que les équipes de Google aient décidé d’adopter une posture de suiveur réactif plutôt que d’innovateur : If Google Wave Is The Future, Google Buzz Is The Present.

Voici à quoi ressemble un profil avec un flux de Buzz (en l’occurence celui de Mashable) :

GoogleBuzz_Mashable

Plus proche de Friendfeed et Foursquare que de Facebook et Twitter

Même si je n’ai pas encore pu tester ce service (déploiement en cours…), je pense ne pas me tromper en disant que ce service ne souhaite pas devenir un clone de Twitter et propose ainsi des fonctions plus proches de FriendFeed :

  • Pas de limitation dans le nombre de caractères ;
  • Possibilité de commenter les publications ;
  • Affichage des photos et vidéos directement dans les tweets…

Le fondateur de FriendFeed a déjà fait un petit commentaire à ce sujet : FriendFeed (and Gmail) Founder’s Reaction To Google Buzz: “This Seems Vaguely Familiar”.

Ce service est également assez proche de Foursquare ou Brightkite :

  • Les tweets sont géolocalisés et donc consultables dans un périmètre donné (nearby) ;
  • Les points d’intérêts agrègent les tweets publiés à proximité (principe de placestream) ;
  • Il est possible de simplement signaler son passage dans un lieu sans rien publier de particulier (l’équivalent d’un ping ou d’un check-in) ;
  • Le service est disponible sur les téléphones mobiles et smartphones.

 

GoogleBuzz_mobile

Si vous ne pouvez accéder à la version web sur Gmail, la version mobile sur buzz.google.com est dès maintenant accessible via iPhone ou smartphone Android (avec la reconnaissance vocale en prime).

Un service intégré à la suite Google qui exploite le graph social des utilisateurs

L’avantage de coupler ce service à Gmail est de pouvoir bénéficier directement de la base d’utilisateurs et de pouvoir exploiter leur graph social. Il n’existe pas à ma connaissance de chiffres officiels, mais il me semble qu’il y a près de 100 millions d’utilisateurs de Gmail dans le monde, ce qui place Google Buzz largement en retrait par rapport à Facebook et ses 400 millions de membres (dont une bonne partie hyper-actifs).

Là où Google Buzz peut par contre faire la différence, c’est qu’il s’intègre à une myriade de services existants pour servir de ciment social : Picasa pour les photos, YouTube pour les vidéos, Latitude pour la géolocalisation, Profile pour l’authentification, Reader pour les news, Goo.gl pour les URLs courtes… Il est également possible d’importer vos publications d’autres sites comme FlickR, Twitter et bien sur vos flux RSS.

Autant dire que nous pouvons nous attendre à un démarrage canon pour ce service, en tout cas sûrement plus rapide que Yahoo! Meme ou Yahoo! Buzz. En fait ce qui va vraiment accélérer le déploiement du service va être sa capacité à analyser votre historique de mails et à construire ainsi votre liste de followers / followings à partir de votre base de contacts.

Un service tourné vers l’avenir (et contre Facebook)

En faisant le choix de ne pas limiter les tweets à 140 caractères, Google Buzz se tourne donc résolument vers l’avenir (pour s’extraire de la contraintes des SMS, même si le service est compatible). Notons de plus qu’il n’y aura pas d’application iPhone / Android mais plutôt une application en ligne construite visiblement avec HTM5. Plus simple à déployer / maintenir, pas besoin de se faire approuver dans les marketplaces, prise en charge native de la géolocalisation… les avantages sont nombreux et ce service s’intègre à merveille sur le tout récent Nexus One.

Si l’on prend un peu de recul, il semble clair que ce nouveau service est la réponse tant attendue de Google à Facebook, il signe le grand retour de Google dans les médias sociaux depuis le rachat de Blogger et YouTube (Orkut ne compte pas). Attendez-vous à une bataille épique et surtout une course à l’armement.

Quel va être l’impact du lancement de Google Buzz ?

Difficile de se faire un avis sur ce service dans la mesure où je n’ai pas encore mis la main dessus. Mais je peux néanmoins émettre quelques hypothèses :

  • Gmail se positionne donc comme la pierre angulaire de la stratégie sociale de Google (mail + messagerie instantanée + microblog), ceci pourrait confirmer une probable fusion de Wave et Gmail ;
  • La pression sur Facebook va être de plus en plus forte, j’anticipe une accélération du processus de transformation open source de Facebook pour garder les faveurs de la communauté (à moins que Google ne les prenne de vitesse : How Google Buzz is Disruptive: Open Data Standards) ;
  • De nouvelles opportunités de revenus pour les AdWords ;
  • Une ré-orchestration des real-time search et des social search results ;
  • Disparition prochaine de services de moindre importance comme Jaiku ou Latitude ;
  • Intégration probable dans les Google Apps pour en faire un outil de micro-partage interne ;
  • Remise à jour en urgence des social desktop apps comme Tweetdeck, Seesmic & cie ;
  • Pourquoi pas le lancement ou le rachat d’un service équivalent par Apple.

À ce stade je ne me risquerai pas à prédire une disparition prochaine de tel ou tel service. J’imagine que dans un premier temps Google Buzz va venir compléter une liste déjà bien longue. Pour la suite et son avenir à moyen terme, celà va dépendre de l’implication de Google dans la promotion de ce nouveau service (cf. Les acquisitions ratées de Google) et de la place qui va lui être laissé dans la stratégie globale.

Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateurs

Si vous êtes utilisateur de Facebook (et il y a toutes les chances pour que vous le soyez, comme 15 millions de français) alors il y a deux choses que vous devez savoir :

  1. Vous êtes propriétaire de vos données personnelles mais Facebook se réserve le droit de les utiliser à sa guise (cf. les nouvelles CGU : Facebook’s Great Betrayal) ;
  2. Si vous ne modifiez pas les paramètres de confidentialité, vos données personnelles sont maintenant visibles par tous.

Oui vous avez bien lu : Facebook n’est officiellement plus un réseau social fermé mais une plateforme sociale ouverte où n’importe quel internaute peut parcourir votre profil et les informations qui y sont affichées :

Facebook_Privacy

Tout ceci est la résultante d’un changement de stratégie radical expliqué par le patron de Facebook en personne : Facebook’s Zuckerberg Says The Age of Privacy is Over. Publier des profils et des informations personnelles n’est pas très choquant en soit (après tout c’est ce que font des millions de blogueurs et tweeteurs) mais ce qui est gênant c’est que le service s’est toujours vanté d’être respectueux de la confidentialité des données, et maintenant qu’il a constitué une base de données gigantesque de profils (avec moyens de contact, listes d’amis, photos, vidéos…) il nous informe que tout ceci est librement accessible à moins que vous ne changiez vos paramètres de confidentialité. Les explications données sont de plus très douteuses (soit disant pour respecter le souhait des utilisateurs et refléter les changements sociaux) : Facebook se fout de la gueule du monde.

Encore une fois ce qui me dérange (et visiblement je ne suis pas le seul), c’est que Facebook décide de le faire après coup. Sur Twitter vous pouvez choisir un pseudo et afficher un avatar, ce que vous y publiez est alors de votre responsabilité. Par contre sur Facebook vous n’avez pas d’autre choix que d’utiliser votre vrai nom et ce sont des dizaines (centaines ? milliers ?) de photos / vidéos qui sont maintenant en libre consultation. Tout ceci est d’autant plus regrettable que certaines règles de sécurité ne sont pas respectées (Pourquoi Facebook a crucifié la sécurité) et que de nombreuses irrégularités ont déjà été constatées (Why You Shouldn’t Trust Facebook with Your Data: An Employee’s Revelations).

La confidentialité comme levier de croissance

Nous en venons donc à nous interroger sur le bien fondé de partager des informations sur internet : Est-il illusoire de penser que l’on peut maîtriser son exposition sociale en ligne ? Non et j’en suis persuadé. Même si la majorité des utilisateurs des médias sociaux est avant tout en recherche de visibilité (cf. La vie privée n’est pas ce que l’on croit et Ok You Luddites, Time To Chill Out On Facebook Over Privacy) ce n’est pas une raison pour forcer la publicité des données personnelles (il y a une grosse différence entre un tweet et votre N° de téléphone portable).

À partir du moment où vous vous inscrivez sur une plateforme sociale où l’objectif est clairement affiché (rendre publiques les informations publiées) ça ne pose pas de problème car les utilisateurs agissent en conséquence. Par contre, Facebook a depuis le début affiché une volonté de privatisation des échanges, ce qui a participé à son succès pour en faire le lieu de rencontre et de partage de référence dans le monde. Mais maintenant la donne a changé : Les profils sont devenus publics par défaut et tant pis pour les informations personnelles et photos que vous avez publié il y a plusieurs mois / années.

C’est donc un changement radical dans la façon d’appréhender le service et ses interactions sociales. De ce point de vue là je rejoins l’avis publié sur R/WW (Why Facebook is Wrong: Privacy Is Still Important), la confidentialité est un élément moteur dans la dynamique communautaire, changez les règles et vous changez la façon dont les utilisateurs vont se comporter.

La conséquence directe de ce changement de paramètres de confidentialité sera donc de modifier les rapports entre les membres et surtout la nature des informations et données qu’ils vont partager.

Vous ne serez plus le même sur le nouveau Facebook

Jusqu’à présent, les membres de Facebook bénéficiaient d’un environnement fermé au sein duquel ils pouvaient échanger des photos /vidéos, partager leur quotidien et sociabiliser comme ils le font dans la vie (puisqu’ils sont dans un cercle limité de connaissances). Les changements de paramètres de confidentialité vont venir perturber ce cercle en modifiant par défaut la visibilité des échanges et données. Bien évidemment les utilisateurs peuvent à tout moment rétablir les anciens paramètres mais soyons honnêtes, seule une minorité va penser à le faire.

Nous nous retrouvons donc avec une meta-plateforme de publication qui en voulant enterrer ses concurrents (MySpace, Twitter…) va accélérer un phénomène d’avatarisation des membres.  Comprenez par là que Facebook est maintenant l’endroit pour voir et être vu (un peu comme le café en face du lycée). De ce fait, les membres essayent de mettre en avant la meilleure facette de leur profil en n’exposant que ce qui va participer à l’élaboration d’un double numérique, un avatar. Toutes les informations publiées sont ainsi autant de moyen de façonner un personnage qui vous ressemble et qui va renvoyer l’image que vous avez choisi, une image valorisante et forcément légèrement déformée de la réalité.

Les photos, commentaires, groupes rejoints et autres status updates seront donc les ambassadeurs d’utilisateurs qui veulent paraître jeunes, drôles, dynamiques, branchés… Ce phénomène existait déjà auparavant mais va être très largement amplifié avec les nouvelles règles de confidentialité. Je suis persuadé que 100% des utilisateurs ont mauvaise haleine le matin et achètent du papier toilette (moi le premier) ! Par contre ils choisiront plutôt de raconter leur dernier voyage dans la destination la plus exotique possible (« plein de rencontres merveilleuses« ) ou les achats le plus valorisant (« je viens de recevoir le dernier Nexus One« ).

Rien de très malsain dans cette attitude (nous cherchons tous à montrer la meilleur image de nous-même) mais problématique pour un service qui se vante d’avoir le meilleur système de ciblage comportemental. À partir du moment où vous vous savez exposé aux yeux de tous, vous altérez votre comportement (inhibition…) et brouillez ainsi ce fameux système de ciblage qui va exploiter des données « compromises ».

Le ciblage comportemental d’avatars est-il fiable ?

Nous en revenons donc au phénomène d’avatarisation cité plus haut : Facebook risque petit à petit de se transformer en un Second Life en 2D où se croiseront tout un tas d’avatars plus ou moins loufoques chargés d’assurer la promotion d’utilisateurs en quête du statut social le plus valorisant possible.

À partir de là, comment une marque va-t-elle pouvoir cibler correctement les bons prospects sachant qu’elle s’adresse à des avatars de clients ? Et c’est là où Facebook est face à un gros problème : Du fait de ces nouvelles règles de confidentialité, le comportement des membres de Facebook est faussé par rapport au comportement réel des utilisateurs (réflexes d’achat, motivations / freins…). Un vendeur face à un prospect isolé saura parfaitement cerner ses besoins / contraintes, mais aura beaucoup de mal à le faire si ce prospect est accompagné par tout une bande de potes qui vont venir  inhiber les réactions de ce dernier et perturber fortement le processus de qualification / vente. Sur Facebook le scénario sera le même : les arguments, visuels, accroches et bénéfices mis en avant seront fonction du profil et du comportement constaté chez les membres, mais pas celui des utilisateurs « réels ».

Les mécanismes de ciblage comportemental fondés sur un cookie (Wunderloop) ou sur l’historique de recherche (Google) ne sont pas affectés par ce phénomène de « travestissement » car les internautes n’ont pas l’habitude de tricher dans une situation de surf ou de recherche. Par contre cela risque de nuire à la performance des campagnes ciblées sur Facebook.

Encore une fois il n’est pas impossible de toucher des prospects au travers de leur avatar (Second Life a été un excellent terrain d’expérimentation pour cela) mais le basculement d’une dynamique à une autre sur Facebook risque d’être sacrément perturbant avec un mélange d’utilisateurs « intègres » (qui ne changent rien à leur comportement car ils ont modifié les paramètres de confidentialité et interagissent dans un cercle privé et restreint) et ceux d’utilisateurs « travestis » (qui ont fait le choix de se construire un personnage au travers des photos et statuts publiés, des groupes rejoints…).

L’impact du changement des règles de confidentialité va donc être majeur mais va surtout se faire sentir dans la durée avec une prise de conscience de la part des utilisateurs que les données personnelles sont un actif et que la confidentialité est un business. Le modèle économique de Facebook risque donc de s’aligner avec celui des annuaires téléphoniques : gratuits si vos informations personnelles sont accessibles à tous, sinon payant pour être en liste rouge. Il y a bien sûr la possibilité de se mettre en liste orange (en allant fouiller dans les paramètres de confidentialité) mais j’ai comme l’impression que Facebook ne va pas communiquer de façon très active là-dessus…

J’ai l’intime conviction que 2010 va être une année charnière pour Facebook qui vient de franchir la ligne rouge. L’impact sur les membres et leur rapport au service va profondément modifier la dynamique communautaire, et vous avez tout intérêt à aligner en conséquence votre posture de communication ainsi que votre stratégie de présence (une diversification s’impose).