Rétrospective sur mes prédictions 2017

La semaine dernière, nous avons assisté aux premières chutes de neige. C’est généralement le point de départ de la saison des cahiers de tendances. Mais avant de me lancer dans une nouvelle série de prédictions, et comme c’est le cas à chaque fois, je prends le temps de revenir sur mes prédictions de l’année qui s’achève pour en évaluer la pertinence. Pour mémoire, le bilan des prédictions 2016 était plutôt moyen. Voyons si la pertinence était en rendez-vous pour mes 7 prédictions de l’année 2017.

Weatherman

Saturation des innovations technologiques

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai vraiment l’impression que le rythme de mise sur le marché des nouveaux gadgets technologiques a atteint des sommets ces derniers mois. Je prévoyais une saturation du marché pour tous ces gadgets, mais visiblement les consommateurs en sont toujours aussi friands : des smartphones à prix indécent (iPhone X will set all-time record and drive a full year of growth), des objets connectés en pagaille (Wearables grew 7.3% in Q3 2017), des monnaies numériques qui splitent dont la valeur double en quelques semaines (Bitcoin tops $16,000 after wild 48 hour surge), des collections de chats virtuels (CryptoKitties shows everything can and will be tokenized)… L’innovation technologique fait vendre, d’autant plus avec le black friday !

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Pertinence : faible.

L’avènement des plateformes

Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais en quelques années nous avons développé une incroyable dépendance aux plateformes de contenus et services. Pour en mesurer l’ampleur, il suffit de prendre un peu de recul (Rétrospective sur une décennie numérique). Les internautes ont beau affirmer qu’ils seraient prêts à boycotter, mais je doute fortement qu’ils sachent réellement se passer de Google, Facebook, Amazon… ou même de leur smartphone (C’est confirmé, les Français adorent Google). Que vous soyez pour ou contre, les GAFA règnent sur le numérique de façon outrancière (The Web Began dying in 2014) et occupent maintenant une position ultra-dominante que l’on ne pourra plus leur disputer (The scale of tech winners). Idem en Asie avec les BAT (Another blockbuster quarter for Alibaba as revenue surges 61%). Et ce n’est pas près de s’arrêter, car leur ambition semble sans limites (Les GAFAM lancés dans une course à l’intégration verticale). L’UE a beau montrer les crocs et infliger des amendes, rien ne semble pouvoir porter ombrage aux nouveaux maitres du monde (Apple agrees to pay Ireland $15.4 billion in back taxes to appease EU), et les nouvelles règlementations risquent bien d’accentuer cette position dominante (La GDPR signe-t-elle la fin de l’âge d’or de la publicité en ligne ?). Du coup, les géants de l’ancienne économie n’ont d’autres choix que de se soumettre (Accor prépare une alliance avec un Gafa).

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Pertinence : forte.

Le smartphone en tant que premier écran

Il faut vraiment habiter au fond d’une grotte pour ne pas constater la progression fulgurante des usages mobiles dans notre quotidien (Le mobile dévore le monde, depuis 6 ans !). Nombreux sont celles et ceux à qui j’en parle qui réfutent catégoriquement leur addiction à leur smartphone, mais le garde consciencieusement à portée de main au cours de la conversation ;-) Cette progression se fait bien évidemment au détriment des médias traditionnels et surtout de la TV, que l’on continue toujours à regarder, mais avec beaucoup moins d’attention puisqu’on a le nez sur son smartphone (Les Français regardent-ils encore la TV ?). Soyons précis : nous parlons bien ici de la TV linéaire dont le sort semble fixé (Télévision : la moitié des Français pense que ce média est déjà mort), tandis que les usages de replay et SVoD se développent… sur smartphone (Près de 5 millions de personnes regardent chaque jour des programmes TV sur les écrans internet et Le smartphone est la nouvelle TV, et inversement).

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Pertinence : forte.

L’omniprésence des contenus

Sur le web, le contenu est roi. À une époque, on a essayé de nous faire croire que la conversation était reine, mais nous sommes revenu à un schéma traditionnel top-down où les utilisateurs consomment les contenus de façon passive, un peu comme ils le font avec la TV. À la décharge des internautes, il faut reconnaitre que les grandes plateformes sociales ont dépensé sans compter pour s’accaparer leur attention (Facebook a versé des millions aux médias français et Snap says it’s going to start paying top creators). Les montants sont astronomiques (nous parlons ci de plusieurs milliards de $), mais les GAFA sont prêts à tout pour récupérer les budgets publicitaires de la TV. Quelques rares marques font le choix du brand content pour maintenir leur audience, à l’image de Ziploc ou BMW (‘It’s articles over car configurators’: BMW’s new site is more like a magazine), mais tout le monde ne peut assumer un tel engagement.

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Pertinence : forte.

Montée en puissance des interfaces naturelles

Qu’elles soient textuelles (ex : chatbots), vocales (ex : Alexa, Google Assistant, Siri, Cortana…) ou visuelles (ex : Google Lens), les interfaces naturelles (NUI comme Natural User Interface en anglais) s’installent dans notre quotidien : Les interfaces naturelles sont l’avenir du web (en partie). La montée en puissance des interfaces naturelles va avoir un impact considérable, notamment sur le SEO (1/5 des recherches sur Google se font en commande vocale : Réflexions de Sundar Pichai sur la recherche vocale), sur les annuaires et prestataires locaux (Google Assistant can now help you find a plumber and other local services), sur les applications bureautiques (Try Google Voice Typing for These 5 Practical Reasons, Amazon launches Alexa for Business platform, bringing voice services to the office) et même sur votre hygiène personnelle (Keep your aha! moments with Marriott’s new high-tech hotel shower). À l’avant-garde de tout ceci, nous avons les assistants personnels qui sont les nouveaux navigateurs et vont encore renforcer la position dominante des GAFA. Dans la mesure où ces fameux assistants débarquent aussi dans nos voitures, TV… nous avons potentiellement un authentique retournement de marché devant nous. Et encore, je n’évoque pas les interfaces neuronales directes (Inside the Race to Hack the Human Brain) !

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Pertinence : forte.

Impact minime des IA à court terme

L’intelligence artificielle est un sujet très vaste. J’ai publié plusieurs articles et donné plusieurs conférences sur ce sujet au cours de l’année : Pourquoi les IA vont (continuer à) bouleverser l’économie (comme elles le font depuis de nombreuses années)Panorama des solutions d’intelligence artificielle pour le marketingL’avènement du marketing augmentéOubliez la singularité et concentrez-vous sur vos données et L’intelligence artificielle est un outil informatique comme un autre. Si nous sommes tous d’accord pour dire que les IA sont un facteur de transformation majeur qui va bouleverser l’économie et le monde dans 20 ans, force est de constater qu’il ne s’est pas passé pas grand-chose de neuf cette année. Certes, des progrès technologiques majeurs ont été réalisés, comme les victoires écrasantes d’AlphaGo sur le champion de jeu de Go (Google’s AlphaGo AI wins three-match series against the world’s best Go player), les victoires écrasantes de la nouvelle version d’AlphaGo sur celle qui a battu le champion (Google’s DeepMind unveils AlphaGo AI that learns from itself and beat its predecessors) et le transfert de l’apprentissage pour en faire un futur champion des échecs (DeepMind’s AI became a superhuman chess player in a few hours, just for fun). Mais outre ces exploits sur des jeux de plateau, la reconnaissance d’images (Computer Vision), le traitement du langage naturel (Natural Language Processing) ou les véhicules autonomes, force est de constater que l’IA n’a jusqu’à preuve du contraire pas encore révolutionné notre économie ou façon de travailler. La réalité est que les applications concrètes de l’IA se font encore de façon discrète (comme c’est d’ailleurs le cas depuis de nombreuses années avec les systèmes experts). Je me permets d’utiliser ici une très bonne analogie entendue chez Ben Evans : nous avons fabriqué des lave-linges (des machines capables d’automatiser de façon beaucoup plus efficace des tâches à faible valeur ajoutée qui plombent notre quotidien) qui sont incapables de faire la vaisselle, et vice-versa. Comprenez par là que si les algorithmes de machine / deep learning sont redoutablement efficaces pour analyser de grandes quantités de données, les résultats concrets (capables de révolutionner une profession) ne sont pas encore au rendez-vous, même dans des domaines de prédilection comme la médecine : IBM pitched its Watson supercomputer as a revolution in cancer care. It’s nowhere close. La raison est simple : pour avoir un impact réel et transformatif, il faudrait mettre au point des systèmes beaucoup plus sophistiqués, capables d’analyser différents types de jeux de données et de réaliser des tâches diverses. Pas une IA généraliste, mais au moins sectorielle. Un authentique bon en avant que nous ne sommes pas encore en mesure de franchir, car l’intelligence ne se résume pas à de la puissance d’analyse ou de calcul (The impossibility of intelligence explosion).

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Pertinence : je préfère ne pas me prononcer pour ne pas initier un débat d’experts.

Une transformation digitale en profondeur

La transition numérique est également un vaste sujet sur lequel je me suis beaucoup exprimé. En synthèse : les planètes sont alignées (Transformation digitale : pourquoi maintenant ?), pourtant les entreprises françaises ne se sentent pas réellement concernées, particulièrement les PME et TPE où 87% des dirigeants ne font pas de la transformation digitale une priorité stratégique pour leur entreprise (cf. le rapport de la BPI). Comme quoi, le point de blocage se situe avant tout dans la tête des patrons et collaborateurs, c’est un problème purement psychologique, voir émotionnel : La formation est l’étincelle de la transformation digitale.

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Je ne sais pas trop comment expliquer ce retard. Les entreprises se heurtent certainement à un goulot d’étranglement : trop d’innovations et de changements pour des équipes déjà débordées, un budget R&D trop faible ou tout simplement un manque d’ambition. Dans tous les cas de figure, c’est une situation explosive, car les usages et attentes des consommateurs sont bel et bien en train de changer.

Pertinence : Faible.

Le bilan des prévisions 2017 est donc plutôt bon, en tout cas meilleur que celui de l’année dernière. Il me reste maintenant à rédiger mes prédictions pour l’année 2018. À ce sujet, je peux d’hors et déjà vous prévenir qu’il n’y aura rien de révolutionnaire, uniquement une reformulation de ce que nous connaissons déjà, mais c’est malgré tout un très bon exercice.

2 commentaires sur “Rétrospective sur mes prédictions 2017

  1. « 87% des dirigeants ne font pas de la transformation digitale une priorité stratégique pour leur entreprise ». Je me demande si cela a un sens de viser la « transformation digitale ». Je le vois chez Adobe, mon entreprise, on se transforme tout le temps mais pas parce que « la transo digitale est priorité stratégique » mais parce qu’on veut des clients heureux, des actionnaires heureux et une entreprise qui croit. Ce sont cela nos objo stratégiques, la transfo digitale n’est qu’un outil.

  2. Merci pour l’article en tant que étudiant en stratégie et digital, ça me donne beaucoup d’éléments pour assimiler et être au courant rapidement des nouvelles sur le domaine technologique et digital.

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