La fin de l’ordinateur individuel est programmée

Nous sommes en 2011, cela fait donc 30 ans que l’ordinateur individuel a été mis sur le marché (source : Wikipedia). 30 ans que nous utilisons la combinaison unité centrale / écran / clavier / souris. 30 ans de croissance quasi ininterrompu pour les constructeurs et éditeurs de logiciels qui ont bénéficié du phénomène de comoditisation de l’offre (une baisse des prix obtenue par économie d’échelle en vendant des produits quasiment identiques aux entreprises et particuliers).

IBM_PC

Plusieurs signaux du marché sont néanmoins en train de participer au déclin de l’ordinateur individuel tel que nous l’avons connu : l’arrivée à maturité de l’internet et des offres de cloud computing, la montée en puissance des terminaux mobiles et des usages en mobilité.

Avec les annonces de ces dernières semaines, il semble clair que Microsoft, Google et Apple sont en ordre de bataille pour faire basculer l’informatique dans le 21ème siècle. Certes, tout ne s’est pas fait en quelques semaines : Les offres d’Application Service Providers et les smartphones en Asie sont une réalité depuis le siècle dernier (donc bien avant l’apparition du cloud computing ou de l’iPhone / iPad), mais nous y voyons maintenant beaucoup plus clair dans le jeu des grands acteurs de l’informatique et de l’internet.

Les ordinateurs individuels supplantés par les terminaux nomades

Même si de gros progrès ont été réalisés, les ordinateurs ne font plus rêver personne : trop encombrants, trop chers, trop laborieux à maintenir (failles de sécurité, anti-virus, anti-malware…). La solution des industriels a été de créer un nouveau segment pour relancer l’intérêt : les netbooks (cf. Les netbooks vont-ils amorcer la révolution du web 3.0 ?). Mais tout ne s’est passé comme prévu, les netbooks ont fait long-feu car ils étaient incapables de tenir la promesse faite aux consommateurs (l’informatique low-cost). Après 3 années d’égarement, Google parvient néanmoins à proposer aux industriels une offre viable : Avec Chrome OS, Google parie sur le CloudBook.

Les chromebooks représentent donc l’évolution ultime du concept avec un hardware et un software allégé au maximum au service de la simplicité et de la portabilité. Parviendrons-ils à réussir leur pari et convaincre le grand public ? Oui j’en suis persuadé, car l’offre est bien pensée (système de location mensuelle) et que la transition va se faire en douceur auprès des publics les plus réceptifs (étudiants…).-

chromebook

De même, les tablettes tactiles existent depuis près de 20 ans, mais souffraient de gros problèmes ergonomiques. Elles aussi ne parvenaient pas à tenir la promesse d’une informatique nomade et tactile. Il a fallu attendre la sortie de l’iPad pour viabiliser le concept de touchbook. La touche de génie d’Apple a été de simplifier l’interface et surtout de repenser l’outil informatique (cf. Pourquoi iOS est plus disruptif que vous ne le pensez).

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Ainsi ce n’est pas tant le hardware qui a évolué que le software. Apple et Microsoft ont bien compris que le modèle traditionnel du logiciel ne va pas perdurer longtemps, surtout face à la menace de nouveaux entrants comme Google, SalesForce… Il était donc urgent de refondre ce modèle et de tenter autre chose : Software as a Service, mini-applications, services en ligne freemium… (cf. Apple, Microsoft, Google, Adobe à la recherche du nouveau paradigme des logiciels).

Une nouvelle approche de l’informatique personnelle

Entendons-nous bien : il est bien ici question d’informatique pour le grand public, pas pour les contrôleurs de gestion, développeurs… Là encore les nouvelles configurations de marché rendent obsolète l’ordinateur traditionnel. Les usages d’aujourd’hui tournent ainsi essentiellement autour du web et de tout ce qu’il propose : contenus, plateformes sociales, jeux… Or, les offres récemment créées par Apple, Netflix ou encore OnLive nous prouvent que les utilisateurs peuvent se passer des ordinateurs pour consommer des contenus et services.

onlive

Avec l’avènement de l’internet, l’ordinateur s’est banalisé et n’est plus qu’un moyen d’accès à des contenus et services en ligne. Les utilisateurs valorisent maintenant beaucoup plus l’autonomie et la portabilité que la puissance. L’architecture x86 des processeurs Intel est maintenant supplantée par l’architecture ARM des smartphones et terminaux nomades (cf. 2011, l’année du point de bascule).

Dans cette nouvelle approche de l’outil informatique (plus ludique, plus sociale), Intel a pourtant été précurseur avec le lancement de Meego, un système d’exploitation de « nouvelle génération » qui était destiné à propulser les netbooks (Intel et Jolicloud à la recherche de l’interface parfaite pour les netbooks). Un concept qui a été remanié depuis, mais dont nous voyons une autre illustration avec le futur Windows : Microsoft dévoile l’interface tactile de Windows 8.

Win8_start

Cette nouvelle approche de l’outil informatique semble donc parfaitement adaptée aux nouveaux usages des internautes. Mais elle pourrait également fonctionner avec les collaborateurs équipés de terminaux nomades leur permettant d’accéder à leur intranet et les applications qui vont avec. Ont-ils réellement besoin de plus ? Nous ne savons encore pas grand-chose de l’offre pro de Google (baptisée Chromebox) mais elle pourrait bien nous faire envisager à nouveau le modèle client/serveur. Ceci étant dit, c’est un autre débat que je ne souhaite pas entamer dans cet article.

L’avènement du cloud personnel

Nous avions déjà Amazon Cloud Drive, Google Music, et maintenant c’est Apple qui annonce iCloud, son offre de stockage de données en ligne. Le cloud computing n’est maintenant plus réservé aux entreprises, les offres se structurent pour en faire bénéficier les particuliers afin de leur offrir toujours plus de liberté dans leurs modes de consommation.

iCloud

L’idée maitresse derrière ses offres est la suivante : puisque le piratage rend toujours plus compliquée la vente des licences (musiques, films ou logiciels), les distributeurs et éditeurs se tournent plutôt vers la location (SaaS), l’hébergement (cloud) et la monétisation de l’accès aux contenus (streaming). Le futur Mac OS X Lion ne sera ainsi proposé qu’en téléchargement via le Mac App Store. Non seulement ce modèle permet de verrouiller la chaine de distribution, mais il assure également à l’opérateur de ces services des revenus récurrents (en plus de collecter les N° de carte bancaire de l’ensemble des utilisateurs de Mac).

Après avoir conquis le marché de l’entreprise, le cloud computing s’attaque donc maintenant au grand public et les perspectives sont plus que juteuses : The Personal Cloud Will Be A $12 Billion Industry in 2016.

Personal_Cloud

Avec la banalisation de la bande passante et les premières offres de très haut début, cette tendance ne peut que s’accélérer.

Vers une expérience unifiée pour les clients

Donc si l’on résumé : itunes + App Store + iCloud = des contenus, services et applications disponibles sur tous vos terminaux. La promesse d’Apple n’est plus de vous assurer la meilleure expérience sur smartphone ou sur touchbook, mais sur l’ensemble de vos terminaux. La vision d’Apple rejoint ainsi celle de Google (avec ChromeOS et Android) et celle de Microsoft (avec Windows 8 et Windows Phone). Nous sommes donc bel et bien entrés dans l’ère de l’informatique nomade et polymorphe où les contenus et services sont achetés une fois et consommés en différents endroits.

À ce petit jeu là, celui qui remportera la mise sera celui qui proposera la compatibilité la plus large, donc l’écosystème le plus étendu. Pas étonnant que Google distribue gratuitement ces systèmes d’exploitation, car ce sont autant de points de consommation pour eux : L’écosystème numérique de demain est en train de se construire avec Google, Apple et Amazon.

Je suis intimement persuadé que nous sommes en train de vivre une transformation dont nous ne mesurons pas encore l’impact. Comme je l’avais senti l’année dernière, le prochain terrain de bataille sera la télévision. Google est déjà très bien positionné (Pourquoi Google a quasiment déjà gagné la bataille du salon avec Google TV), mais nous pourrions avoir des surprises avec les consoles de jeux, notamment la Xbox de Microsoft avec Live TV ou encore la future Wii U qui propose un étonnant couplage entre une console multifonctions et une manette aux airs de touchbook.

WiiU

Tout ceci me fait donc dire que les jours de l’ordinateur individuel sont comptés. La suite à lire ici : Quel va être l’impact de la fin de l’ordinateur individuel ?.

Avec Chrome OS, Google parie sur le CloudBook

Après 1 an 1/2 d’attente, Google a enfin dévoilé son fameux projet de système d’exploitation pour netbook : Chrome OS. Dire que les attentes du marché à ce sujet étaient élevées est un euphémisme (cf. Google lance Chrome OS, un système d’exploitation pour netbooks, Chrome OS, la pierre angulaire de l’empire Google et Avec Chrome OS Google se positionne sur l’outil informatique du futur). Au final, Chrome OS ressemble à ce qui avait déjà été présenté. Pour résumer : Chrome OS = Chrome, je vous laisse découvrir les détails de l’annonce ici : Google Chrome OS, What You Need to Know.

Cloud Computing + Notebook =  ClouBook

Ce qui est par contre plus intéressant, c’est que pour pouvoir lancer une beta de Chrome OS, Google avait besoin d’un hardware bien spécifique, ils ont donc décidé de proposer leur propre machine : le Cr-48.

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Première surprise : ce n’est pas un netbook, mais le format au-dessus (12″, donc un ultra-portable). Deuxième surprise : ce notebook est livré avec une connexion 3G intégrée. Nous ne sommes donc pas en présence d’un smartbook comme je l’avais prévu. Précision importante : cette machine n’est pas et ne sera jamais commercialisée, elle est juste là pour héberger l’OS et tester le concept du cloudbook.

Si cette machine est livrée avec une connexion permanente (Wi-Fi + 3G) c’est tout simplement parce que Chrome OS ne peut pas fonctionner sans connexion internet. Pour être plus précis : Chrome OS n’étant qu’un système d’exploitation caché derrière un navigateur, il est quasi-inutilisable sans connexion. Les premières réactions à ce prototype Cr-48 sont plutôt mitigées (On The Road With Cr-48: The Chrome Notebook Is Both Shiny And Tarnished, Google Chrome notebook unboxing photos and first impressions, Google’s Cr-48 Netbook Review: Is this the dawn of computing’s future?, ), mais cela n’a pas d’importance dans la mesure où cette machine ne sera jamais commercialisée (les premiers produits devraient sortir dans le milieu de l’année 2011).

Vers une informatique sans applications ?

Intéressons-nous donc au coeur de l’offre de Google : le Web Store. Nous avons maintenant la confirmation que Chrome OS est une version dépouillée de Linux dont l’unique objectif est de faire tourner le navigateur Chrome. Cela veut dire qu’il n’est pas possible d’installer des applications sur une machine propulsée par Chrome OS. Les équipes de Google jouent sur les mots en vous disant qu’il existe des milliers d’applications dans le Chrome Web Store, mais ce ne sont en fait que des services en ligne. Puisque le hardware ne compte pas (pour le moment), puisque l’OS est transparent et puisque nous connaissons déjà tout ce qu’il y a à savoir sur Chrome, la pierre angulaire de Chrome OS est donc sa marketplace d’applications (cf. Google Chrome OS = iOS + iTunes) et le principe de cloudbook.

ChromeWebStore

Ne vous laissez pas berner par le terme de cloudbook, c’est un concept qui n’est pas neuf : The Network Computer Arrives…Finally! et Time Your Attack: Oracle’s Lost Revolution. L’idée est de ne rien stocker sur la machine : les données ET les applications sont en ligne. Cette approche présente d’innombrables avantages (pérennisation des données, facilité d’entretien et de mise à jour, démarrage ultra-rapide…) mais présente aussi un gros inconvénient : pas de connexion, pas d’utilisation. C’est une approche radicale, mais pour bon nombre d’utilisateurs, un ordinateur n’a d’intérêt que s’il est connecté à internet.

La question est donc de savoir si un cloudbook peut remplacer un ordinateur traditionnel. Et là, les avis encore plus divisés : Chrome OS: What Is It Good For?, In Defense Of Chrome OS, Google, Chrome OS and the Big Picture, Google Goes to the Cloud for New Idea in PC System… En substance : un cloudbook ne peut pas remplacer réellement remplacer un ordinateur, mais avons-nous encore besoin d’un ordinateur ? Et c’est là où se situe le pari de Google : concentrer l’ensemble des usages informatique dans le navigateur.

Force est de constater que pour une bonne partie des utilisateurs, tout se passe dans le navigateur. Reste 5 à 10% d’usages qui peuvent potentiellement être migrés (retouche photo, musique…). Mon estimation est qu’une machine tournant sous Chrome OS pourrait convenir à la moitié de la population (grand public ET entreprise). Et c’est là le tour de force de Google : proposer une nouvelle approche de l’outil informatique qui se décline en BtoC et en BtoB. Si nous mettons de côté les graphistes et autres contrôleurs de gestion qui ont besoin de logiciels pour pouvoir travailler, il reste une très grosse partie de collaborateurs qui pourraient tout à fait se satisfaire d’un système d’exploitation diminué où toutes les applications seraient dans le navigateur (Emails, intranet, SalesForce, Zoho, Google Apps…).

Un des gros enjeux de Google va donc être de convaincre les DSI que l’ensemble des collaborateurs n’a pas forcément besoin d’une machine avec Windows et Office. Ils ont donc tout naturellement lancé il y a quelques jours un outil de déploiement de Chrome pour les entreprises : Chrome is Ready for Business. Il est ainsi tout à fait envisageable d’équiper le personnel « terrain » avec de telles machines en remplacement des terminaux client/serveur : gestionnaires d’entrepôts, vendeurs en boutique, guichetiers…

Le deuxième gros enjeu va être de séduire le grand public avec des applications en ligne qui tiennent la route. Et sur ce sujet, il existe déjà des choses tout à fait intéressantes : The Five Best Chrome Webapps That Aren’t Just Bookmarks. Et ce n’est qu’un début puisqu’il reste encore 6 mois à la communauté pour proposer des applications en ligne disruptives et 6 mois à Google pour perfectionner son OS. De plus, le principe de cloudbook est également une solution viable pour tous les contenus de divertissement :

Pourquoi cette obsession pour le navigateur ? Tout simplement parce que c’est là où Google gagne de l’argent. Plus Apple vous éloigne de votre navigateur (en déportant vos usages sur des applications propriétaires et vos loisirs sur des contenus verrouillés) et plus ils gagnent de l’argent. Avec Google, c’est l’inverse : plus vous passer de temps dans votre navigateur et plus ils gagneront de l’argent (notamment via leur modèle publicitaire qui se diversifie d’année en année).

Au final, le cloudbook à la sauce Google ne pourra pas concurrencer les ordinateurs traditionnels, mais peut potentiellement répondre aux besoins d’une large majorité des utilisateurs. Quelle majorité ? Tout est une question de persuasion (faire adhérer le grand public et les entreprises au principe de cloudbook) et de temps. D’ici à 2012, l’offre de Google pourrait ainsi menacer la moitié des parts de marché de Microsoft.

Deux obstacles : les périphériques et Android

Google vient donc de lever le voile sur sa stratégie, force est de constater qu’elle est ambitieuse. Il reste maintenant à résoudre deux problèmes de taille :

  • Le casse-tête de la compatibilité des périphériques. Sur ce point-là, il y a deux écoles : Essayer de rendre compatible le plus de périphériques et finir avec un OS obèse (Windows), ou se limiter à une sélection restreinte de périphériques « casher » (Mac OS). Je ne suis pas un spécialiste, mais je pense que Google a tout intérêt à imposer sa norme, mais je suis preneur d’avis structurés sur ce point.
  • Le possible phagocytage avec Android. Maintenir deux OS est en effet un travail titanesque et la logique voudrait de capitaliser sur une seule et même plateforme (comme peut le faire Nokia avec Meego). Certains observateurs s’empressent d’enterrer Chrome OS (Gmail Creator Paul Buchheit: Chrome OS Will Perish Or “Merge” With Android, Android Has Won — Time for Chrome OS to Move Along?), mais je reste persuadé que la disparité entre les terminaux ciblés est tellement large que c’est une tâche impossible (De la difficulté de concevoir une interface multi-terminaux). Exploiter deux OS me semble donc être une approche plus sécurisante dans un premier temps.

Encore une fois : Chrome OS tel qu’il nous ai présenté n’existe pas réellement. Le produit fini sera très certainement bien différent de ce que nous pouvons tester. Parviendront-ils à trouver des solutions à ces deux problèmes ? Oui je le pense. Les constructeurs sauront-ils proposer des machines avec un niveau de qualité suffisant ? Oui je le pense aussi. Google parviendra-t-il à nouer des partenariats intelligents avec les opérateurs pour proposer une offre viable ? Rien n’est moins sûr. Et c’est sur ce dernier « détail » que je suis le plus pessimiste. Puisse les opérateurs français voir plus loin que le bout de leur nez… Sinon il faudra attendre que Free lance son offre !

Bilan de 10 ans d’interactivité

Hier soir j’étais sur le plateau de Canalchat pour une émission dont l’objectif était de faire un bilan de l’interactivité sur ces 10 dernières années (retransmission vidéo disponible ici : Faire le bilan de 10 ans d’interactivité). Il y a eu de nombreuses digressions lors de ce plateau et ça m’a donné envie de faire un petit bilan et surtout de confronter mon ressenti au votre.

En 10 ans tout a changé, mais rien n’a changé

10 ans ça représente une période considérable à l’échelle du web. Il s’est passé un  nombre de choses considérable au cours de cette décennie et le web de l’époque ne ressemble plus du tout au web d’aujourd’hui. Mais en est-on réellement certain ? Ces derniers mois, je me lasse d’entendre des « spécialistes » marteler que le web a changé du tout au tout et que la révolution est en marche. De mon point de vue, cette révolution est plus une évolution permanente qui a commencé dès les premiers jours du web. Oui il y a bien eu des grands tournants (nous y reviendrons) mais les fondamentaux de l’internet de 2010 étaient déjà présents en 2000.

Prenons ainsi l’exemple de Facebook : Je ne remets pas en cause le fait que c’est aujourd’hui un acteur incontournable du web, mais le principe des réseaux sociaux n’est pas neuf car des sites comme SixDegrees.com existaient déjà en 1997 (j’y avais un profil avec des contacts dans le monde entier). FourSquare nous est également présenté comme la révolution du mobile, mais ce type de service existait déjà il y a 10 ans au Japon avec l’i-Mode (je ne me souviens plus trop du nom du service mais il était possible de faire un check-in dans un quartier pour voir qui de vos amis était dans le coin et disponible pour boire un coup ou déjeuner). De même, on nous parle du social marketing comme la révolution de la gestion de la marque, et pourtant le Cluetrain Manifesto a été rédigé en 1999 (« Les marchés sont des conversations« ).

Loin de moi l’idée de jouer les vieux cons, mais je croise énormément de services en ligne et de start-up qui ne font que recycler des concepts déjà présents ou expérimentés. Après, tout est une question d’adéquation de l’offre avec le contexte et la demande.

Les grandes réussites de la décennie

Je n’ai pas le courage de me lancer dans une énumération exhaustive des réussites de ces dix dernières années aussi je me contenterais de me concentrer sur celles qui me semblent les plus éclatantes :

  • La suprématie de Google, qui a su imposer son moteur de recherche (de façon écrasante en France) et son modèle économique (Adwords, Adsens…). Quoi que vous puissiez dire sur les 500 millions d’utilisateurs de Facebook, Google est à mon sens le roi de l’internet et il n’a pas volé sa place. Reste pour Google de nombreux défis à relever (SaaS, Android, TV…).
  • La pérennisation d’Amazon qui était déjà dans les années 2000 une référence en matière de commerce en ligne et qui semble plus puissant que jamais avec un catalogue toujours aussi vaste et un service toujours aussi impeccable (nous verrons bien ce qu’ils vont faire de Zappos et du Kindle).
  • Le lancement de l’iPhone qui a véritablement fait exploser le segment de smartphones grand public et viabiliser le concept de marketplace d’applications et jeux mobiles. Il leur reste également de nombreux challenges à réussir (iPad, contrôle de son modèle de distribution…).
  • Le Web 2.0 et ses nombreux services emblématiques (blogs, YouTube, Wikipedia, MySpace…). Même si le terme est tombé en désuétude, les pratiques collaboratives, participatives et les mashups font maintenant partie de notre quotidien.
  • Second Life et son parcours très chaotique (cf. Grandeur, décadence, résurrection, sublimation et transformation de Second Life). Quoi que vous puissiez en penser, cet univers virtuel est une authentique réussite et il est plus viable que jamais (cf. Usages stables et croissance économique pour Second Life).
  • Le phénomène Twitter qui intrigue et passionne toujours autant. Même si Twitter n’affiche pas le même taux de croissance que Facebook, même s’il est toujours aussi complexe à appréhender pour les néophytes, ce service de Microblogging a selon moi modifié de façon durable notre rapport à l’information et a développé de nouvelles pratiques et opportunités liées à la communication en quasi-temps réel. Bon par contre il a aussi un impact non négligeable sur l’égo dont on ne mesure pas encore la portée (cf. Je tweet donc je suis. Heu… je suis quoi déjà ?)

Ceci est mon appréciation personnelle (après tout c’est à ça que sert un blog), je vous laisse le son de compléter cette liste…

Les grands flops de la décennie

C’est à la fois difficile et délicat de revenir sur les échecs de ces 10 dernières années car je ne veux pas me prêter à un jeu de massacre. Je vais donc me contenter de thèmes génériques :

  • La chute d’audience des portails. Il y a 10 ans les champions de l’audience s’appelaient Yahoo!, MSN ou encore AOL (surtout aux USA). Aujourd’hui ils ne sont plus que des acteurs de seconde zone évoluant en coulisse. Bien évidemment ils brassent encore une audience considérable mais leur lectorat est plus que largement entamé par des plateformes sociales présentant plus de valeur aux yeux des internautes. Facebook est ainsi devenu le nouveau concentrateur de contenus et de services (nous y reviendrons).
  • Les difficultés des modèles payants. Il a fallu 5 ans (de 2000 à 2005) pour éduquer le marché et faire comprendre aux internautes que pour avoir un service ou du contenu de qualité il fallait payer. Et il a fallu 5 ans pour que Facebook déstabilise cet équilibre avec sa politique du tout gratuit : Publication, partage de photos et vidéos, drague, retrouvailles de camarades du collège… Je pense qu’il n’est pas faux de dire que Facebook a bâti son audience en récupérant les utilisateurs de services payants comme CopainsDavant ou Meetic. Je me suis déjà longuement exprimé sur la fragilité de Facebook et je reste persuadé qu’il y aura un prix à payer pour tous ces services gratuits (un billet en préparation à ce sujet).

Je vais me limiter à ces deux thèmes mais vous êtes encore une fois libre de me donner votre ressenti sur les échecs de la décennie.

À quoi vont ressembler les dix prochaines années ?

Il est difficile de se lancer dans des prédictions à long terme (je préfère celles à court terme), mais je suis néanmoins persuadé que trois thèmes sortent du lot :

  • La mobilité qui va nous faire consommer de plus en plus de contenus et services sur des terminaux alternatifs (moins de temps passé devant votre ordinateur et plus de temps avec votre smartphone, touchbook… cf. 2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ?). Cette nouvelle répartition des terminaux va impacter de façon significative les usages car en l’absence de clavier et souris, l’utilisateur se retrouve dans une position de consultation beaucoup plus passive qu’avec un ordinateur. Il va donc en résulter une perte de la suprématie de la recherche (donc de Google) au profit de la découverte (donc des éditeurs / distributeurs de contenus).
  • Les pratiques sociales qui vont petit à petit se diluer sur l’ensemble des sites et services. Il y a fort à parier que les internautes vont ainsi passer un peu moins de temps sur les plateformes sociales (Facebook) et un peu plus de temps là où se trouvent les contenus et services (et où se trouveront également les fonctions sociales). Reste encore à résoudre le problème de l’identité numérique et de la gestion d’un profil unifié (et sur ce point là je pense que Facebook est sur la pente descendante).
  • Le cloud computing qui va prendre une place de plus en plus importante dans nos usages quotidiens (ex : Gmail qui a révolutionné l’email). Il y a sur ce domaine deux terrains sur lesquels le cloud computing devra faire ses preuves : Le monde de l’entreprise avec des applications et des données hébergées en dehors du domaine de confiance ; l’entertainement avec des contenus stockés dans les nuages pour éviter les contraintes de stockage et simplifier la gestion des droits (j’attend avec impatience ce qu’Apple nous réserve avec le rachat de Lala).

Voilà, je m’arrête là car je préfère rester à un niveau abstrait et ne pas parler de services ou acteurs en particulier. Ainsi se termine mon modeste bilan de ces dix dernières années, j’adorerais confronter mon point de vue au votre alors n’hésitez pas !