Vivement la fin du conflit entre Apple et Adobe

Apple et Adobe sont des partenaires de longue date, à une époque où Macromedia n’avait pas encore été racheté par Adobe et où Apple recommençait à gagner des parts de marché. Aujourd’hui cette époque semble bien lointaine quand on observe la polémique entre ces deux sociétés : les coups bas et déclarations rageuses fusent dans tous les sens et ce n’est pas très joli à regarder. Pour résumer une longue histoire, disons qu’Adobe et Apple est un vieux couple et quand les vieux couples se déchirent, ça fait mal.

Avant que tout ceci ne dégénère, il y a bien des problèmes de performance avec Flash sur Mac OS (le plugin consomme plus de ressources qu’il ne devrait), mais de toute façon les Macs sont largement surdimensionnés pour l’usage quotidien que nous en faisons (web, bureautique…). Les reproches étalés au grand jour me font penser qu’il y a plus de l’émotionnel que du rationnel dans cette histoire. Comprenez par là que ce conflit est à mon sens plus dû à un excès d’égo et de testostérone que de prises de position stratégiques. Avec la sortie récente de l’iPad, Apple est la reine du bal et elle tourne le dos à ses anciennes copines, c’est moche et dans cette histoire tout le monde perd.

Avant de me lancer dans de longues explications, laissez-moi vous rappeler quelques points fondamentaux :

  • L’iPhone n’a pas besoin de Flash, l’iPad non plus puisque c’est un gros iPhone ;
  • Flash est inscrit dans l’ADN du web ;
  • Flash et HTML5 ne peuvent pas être comparés ou substitués ;
  • L’informatique n’est pas binaire.

Flash pourrait être néfaste à l’expérience utilisateur de l’iPhone et de l’iPad

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur ce sujet (Pourquoi l’iPad n’a pas besoin de Flash) aussi je me contenterais de vous faire une synthèse :

  • Le succès de l’iPhone (et celui en devenir de l’iPad) repose sur une maîtrise de l’interface et de l’expérience utilisateur (au travers de guidelines très strictes imposées par Apple : Tout savoir sur l’interface de l’iPhone) ;
  • L’iPhone parvient sans problème à compenser l’absence du support de Flash au travers de ses nombreuses applications ;
  • Flash est la porte ouverte à d’innombrables possibilités d’interfaces et nombreuses dérives (et ce n’est pas du tout l’orientation choisie par Apple) ;
  • L’iPad n’est qu’un gros iPhone, ce n’est pas péjoratif mais c’était un compromis nécessaire pour sortir une machine viable avant tout le monde.

Pour conclure je dirais que la posture d’Apple a toujours été d’imposer le menu du jour à ses clients, contrairement à Microsoft qui propose un repas à la carte (et Google qui propose un buffet gratuit). Celles et ceux à qui ça ne plait pas peuvent… se chercher un autre restaurant. L’objectif d’Apple n’est pas de conquérir l’intégralité du marché, seulement les parts les plus juteuses.

Pour le moment il n’y a pas d’alternatives d’envergure à l’iPad (Microsoft vient d’abandonner son projet Courrier et HP vient de reporter la sortie de sa Slate), il faudra donc attendre de voir ce que Google peut proposer au travers d’une version dérivée d’Android ou de Chrome OS avec des partenaires constructeurs. D’ailleurs Adobe a décidé de mettre le paquet sur cette piste : Moving Forward.

Flash est un standard comme les autres

Dans sa lettre publiée sur le site d’Apple (Thoughts on Flash), Steve Jobs avance des arguments biaisés sur le manque d’ouverture des technologies d’Adobe (et plus particulièrement de Flash). Pour résumer un long discours je dirais ceci : Flash est une technologie propriétaire mais qui fait maintenant complètement partie de l’ADN du web, au même titre que d’autres technologies propriétaires comme JPeg, MP3 ou PDF.

Les utilisateurs tout comme les éditeurs et tout comme les agences travaillent au quotidien avec Flash et il n’est en aucun cas question d’abandonner cette technologie. L’industrie publicitaire repose par exemple sur Flash. Penser que les utilisateurs vont se mettre à massivement désinstaller Flash pour le plaisir et la fierté d’utiliser des standards open source est d’une naïveté déconcertante. C’est d’autant plus absurde qu’Adobe a commencé à libérer certains codes source : Vers un flash player en open source pour la fondation Mozilla ? et Adobe libère le code source de Flex.

Pour finir sur ce point, je me contenterais de citer un chiffre qui pour moi est tout à fait significatif : Flash est installé sur 99% des ordinateurs, c’est presque 10 points de plus que javascript !

Apple aussi propose un plugin : Quicktime

Il est amusant de constater comme Steve Jobs est prompte à donner des leçons sans toutefois se remettre en question. Il nous dit qu’il est néfaste d’utiliser une technologie propriétaire (Flash) pour faire de la vidéo en ligne, mais il ne précise pas ses plans concernant Quicktime. Si HTML5 est l’avenir de la vidéo en ligne, donc l’offre d’Apple sur les bandes annonces est condamnée, non ?

Donc comme bien souvent chez Apple, c’est « faites ce que je dis, pas ce que je fais« .

HTML5 ne remplacera jamais Flash, tout comme Flash n’a jamais remplacé HTML

Autre argument avancé par Steve Jobs : Flash c’est le passé car HTML5 est l’avenir. Encore une vision très réductrice de la réalité du marché. Là encore je vous invite à lire l’article que j’ai déjà publié à ce sujet (Pourquoi HTML5 et Flash ne peuvent être comparés) et dont voici un résumé :

  • L’objectif de Flash n’a JAMAIS été de remplacer l’HTML mais plutôt de le compléter  (d’ailleurs ont ne fait pas un site en Flash, on fait un site en HTML avec essentiellement du Flash dedans) ;
  • HTML5 est une spécification en cours de standardisation (les travaux seront sûrement finalisés dans le courant de l’année) dont moins de 10% des navigateurs sont capables d’interpréter ;
  • Flash représente aujourd’hui 75% des parts de marché de la vidéo en ligne, il existe bien un lecteur vidéo en HTML5 (le SublimeVideo Player)  mais il est très loin de pouvoir proposer ce que font les autres lecteurs qui reposent sur des plugin (Flash ou Silverlight) : Zones réactives, adaptative streaming, smooth streaming, ajout de sous-titres ou de publicités contextualisés… idem pour le codec H.264 qui n’est en rein un concurrent de Flash (Flash ‘vs’ H.264 demystified) ;
  • Flash n’est pas qu’une technologie, c’est un immense écosystème d’agences, de SSII, de développeurs indépendants, d’organismes de formation, de producteurs de contenus… qui ne sont pas prêt de modifier radicalement leur façon de travailler tout ça parce que Steve Jobs est mal luné ;
  • Vous n’aurez jamais à choisir entre HTML5 et Flash (les deux se complètent).

Certes, les possibilités offertes par HTML5 sont grisantes (HTML 5 + CSS 3 = une révolution pour les interfaces web) mais il a fallu 10 ans au W3C pour passer d’HTML4 à HTML5. D’ici à ce que sorte HTML6, Flash aura fait des progrès considérables. Ce débat entre HTML et Flash n’est le fruit que d’analystes du dimanche, les vrais professionnels du web savent que les deux se complètent et qu’il n’a jamais été question de remplacer l’un par l’autre.

Et à celles et ceux qui pensent que Flash a été conçu pour les ordinateurs (avec souris / clavier) et que cette technologie n’est pas faite pour les nouveaux terminaux tactiles, je vous invite à lire ça : Lessons Learned – Adventure in Multitouch.

L’informatique de demain sera nomade (en partie) (mais pas tout à fait) (enfin ça dépend)

Il y a par contre un point très intéressant soulevé par Steve Jobs dans sa lettre : le fait que l’outil informatique est en train de changer et que les ordinateurs vont perdre des parts d’audience au profit de nouvelles générations de terminaux (cf. 2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ? et L’avenir de l’informatique est-il au mobile ou au tactile ? Les deux – en partie). Par contre là où je ne suis pas du tout d’accord, c’est sur le manque de mesure des propos du patron d’Apple : l’informatique de demain sera bien nomade, mais dans un horizon d’une dizaine d’années et uniquement pour des usages grand public, en entreprise la situation est complètement différente.

Bref, annoncer la mort de Flash sous prétexte que les terminaux nomades à la sauce Apple (iPhone et iPad) vont dominer le monde est une vision encore une fois très naïve de la dynamique de marché : Ces terminaux vont s’inscrire dans notre quotidien mais ne vont pas remplacer les autres. Pour faire une analogie maladroite, c’est comme si vous me disiez que le web allait replacer la télévision. Les utilisateurs ne sont pas binaires, ils partagent leur attention entre différents médias au travers de différents supports et terminaux. Tout est donc une question de parts d’audience qui vont progressivement évoluer dans les pays occidentaux. Loin de moi l’idée de jouer les démagos, mais une très large partie de la population mondiale n’a et n’aura jamais accès à l’outil informatique (fixe, mobile, nomade ou tactile). Et vu les tarifs de l’iPad 3G, la situation ne risque pas de changer !

Conclusion

Au final la question qui me vient à l’esprit est la suivante : À qui la faute ? Il y a plusieurs éléments de réponse qui plaident en faveur d’Apple :

  • C’est Adobe qui a ouvert les hostilités en s’invitant de force sur l’iPhone, forçant ainsi Apple a durcir le ton et à modifier les conditions générales d’utilisation du SDK ;
  • Steve Jobs cherche à protéger un terminal et un écosystème à la réussite flamboyante qui provoque la jalousie de l’ensemble des acteurs de l’industrie (il ne fait que son boulot de CEO) ;
  • Mettre au point un environnement d’execution performant sur un terminal mobile demande des efforts et des moyens considérables, pourquoi Apple devrait-il investir du temps et de l’énergie dans le projet de portage de Flash sur l’iPhone alors que le marché ne le réclame pas réellement (les ventes croissantes sont là pour le prouver) ?

Pour le moment le torchon brûle entre Apple et Adobe. Ce dernier c’est d’ailleurs trouvé en Google un allié de choix et Android va devenir la plateforme mobile de référence dans ce monde post-iPhone. Google a aussi d’autres armes pour contrer Apple et son iPad, à commencer par Chrome OS qui pourrait bien devenir l’OS de référence pour les netbooks et touchbooks, et le rachat récent de BumpTop (la technologie de bureau 3D) devrait ouvrir encore plus d’opportunités.

L’avenir de l’informatique est-il au mobile ou au tactile ? Les deux (en partie)

L’avez-vous senti ? Le vent du changement ? Tout a commencé avec la sortie de l’iPhone, puis les netbooks et maintenant l’iPad. L’outil informatique est en train de réaliser sa mue. Une mutation qui a été mise en sommeil pendant deux décennies car la capacité d’innovation de l’industrie informatique était entièrement dédiée à la course à la puissance. Cette période est maintenant plus ou moins révolue dans la mesure où les utilisateurs (re)découvrent le plaisir d’usage des outils informatiques. Mais sommes-nous bien certain qu’il s’agit encore d’outils informatiques ? C’est là où les choses se compliquent…

Si l’on regarde bien les deux dernières décennies, l’ordinateur est passé d’une optique de productivité (dans le cadre de l’entreprise) à une logique de puissance (pour les jeux en ligne) à une logique d’esthétisme (en réintroduisant l’ordinateur dans le salon). Mais plus nous cherchons à intégrer les ordinateurs dans notre quotidien personnel (hors entreprise) et plus nous nous éloignons de l’ordinateur tel que nous le connaissons (écran + clavier + souris).

Même si tout le monde est d’accord pour dire que la souris est le périphérique le plus précis pour pointer quelque chose à l’écran et le clavier le périphérique le plus efficace pour saisir du texte, a-t-on réellement besoin d’une souris et d’un clavier dans le bus ou dans son salon ? Voilà pourquoi nous commençons à voir des objets communicants faire leur apparition (Lapin Nabaztag, Chumby…). Voilà pourquoi, fort du succès de l’iPhone, Apple a décidé de lancer l’iPad en le positionnant comme le terminal de référence dans votre salon.

ipad

J’entends d’ici les critiques dire qu’Apple n’a rien inventé, que les tablettes existent depuis longtemps, que les machines de dernière génération comme le Slate d’HP sont bien moins limitées et proposent des fonctionnalités dignes d’un véritable ordinateur. Ce à quoi je répondrais : l’iPad doit-il être considéré comme un ordinateur ?

Cette question n’est pas anodine et mérite que l’on s’y attarde. Même si les composants qui le font tourner en sont très proches, un Chumby n’est pas un ordinateur (en tout cas il ne peut pas être vendu en tant que tel). Posons-nous maintenant la même question pour un smartphone… Eux non plus ne peuvent être (et ne sont pas) vendus comme des ordinateurs.

chumby

Poursuivons avec les smartbooks : Avec un positionnement à mi-chemin entre smartphones et netbooks, eux non plus ne seront pas vendus comme des ordinateurs. En fait ils seront vendus comme… autre chose. Autre chose que quoi ? Autre chose que l’ordinateur de papa et maman. Hé oui, car c’est bien de cela dont il est question : Créer un nouveau segment pour toucher une nouvelle cible, ou plutôt pour toucher une cible bien particulière qui est prête à sacrifier de la puissance et du confort (large clavier) pour de l’autonomie et de la mobilité (on l’emporte partout avec nous). Cette prise de position n’engage que moi, mais je suis fermement convaincu qu’il y a un potentiel gigantesque dans les smartbooks, auprès des jeunes, qui seraient la pierre angulaire de leur vie sociale (comme l’est le mobile).

smartbook

Passons maintenant à l’exemple des ebooks : beaucoup trop limités pour être associés à un ordinateur (je ne m’attarde pas sur ce point).

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Nous revenons donc aux touchbooks et à l’iPad, dont les usages sont diamétralement opposés aux ordinateurs professionnels. En fait l’iPad se positionne comme le terminal de tous les loisirs numériques : Musique, jeux, vidéos, livres, magazines et web. Web ? Oui tout à fait, car qui a dit que le web était la chasse gardée des ordinateurs ? L’iPhone nous a ainsi prouvé qu’il était tout à fait possible de consommer du contenu et des services en ligne au travers de mini-applications (en fait des widgets) et se passer du navigateur / clavier / souris.

Est-ce ça alors l’avenir de l’informatique ? Non je ne pense pas. L’outil informatique tel que nous le connaissons (écran + clavier + souris) n’évoluera pas beaucoup dans la prochaine décennie car il va progressivement se spécialiser dans ce qu’il sait faire de mieux : La productivité. Il restera le roi dans le contexte de l’entreprise ou dans celui d’un bureau à la maison. Par contre, dans un autre contexte d’usage (salon + détente, bus + mobilité), il est condamné à évoluer car pas forcément adapté. En fait cette évolution a commencé il y a bien longtemps avec les terminaux dédiés qui équipent les livreurs ou les collaborateurs nomades : Ils sont passés au PDA depuis bien longtemps, car ces terminaux leur permettent d’être plus productifs sur le terrain.

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Mais alors, est-ce que l’iPad ne serait pas un gros PDA ayant évolué pour s’adapter à un contexte d’usage bien particulier (la détente dans votre salon) ? J’ai encore beaucoup de chose à reprocher à l’iPad, mais il est ce que nous avons de plus proche pour illustrer ce paradigme de l’outil informatique (avec le Litl). Il y a d’autres scénarios d’évolution (interfaces projetées, tables tactiles comme la Surface…) mais ils ne sont pas encore commercialisés.

J’envisage donc un avenir où les utilisateurs vont partager leur temps entre des terminaux conçus dans une optique de productivité (ordinateurs), des terminaux nomades (consoles mobiles, smartphone, smartbooks) et des terminaux dédiés au divertissement. Dans cette dernière catégorie vous pouvez d’ailleurs faire rentrer les consoles de salon (qui font aussi office de media center comme la PS3). Entendons-nous bien : Il ne sera pas question de choisir entre l’un ou l’autre, mais plutôt de répartir les usages et d’exploiter le terminal et les modalités d’interaction qui sont les plus appropriés à la situation.

Dans cette course au changement c’est certainement les jeunes générations qui basculeront le plus vite (génération Y et surtout génération Z) car elles n’ont pas encore pris les habitudes de nous autres (les « vieux » de plus de 30 ans). Ces usages mobiles / tactiles / ludiques / sociaux correspondent mieux à leur réalité que la notre car nous avons grandi dans un monde analogique.

Donc au final, l’avenir de l’informatique n’est pas réellement au mobile ou au tactile, il est aux ordinateurs tels que nous les connaissons et qui remplissent parfaitement leur fonction. Par contre les usages purement informatiques vont petit à petit céder du terrain à des usages d’un nouveau genre où vont se mélanger les interfaces tactiles, les terminaux nomades, les TV connectées, les objets communicants… le tout dans une dynamique sociale / ludique où le web sera omniprésent (NDR : Ce postulat n’est valable que si l’on considère que l’internet n’est pas un outil informatique). Illustration avec le tout nouveau concept de smartphone social lancé par Microsoft (le Kin) qui inclut un espace de partage en ligne doublé d’une plateforme sociale (Kin Studio) :

Le concept de smatphone social de Microsoft
Le concept de smatphone social de Microsoft

À partir de là, la grande question est de savoir où se situe votre marque dans ce tableau. Cette réflexion est valable à la fois pour l’externe (la façon dont votre offre est marketée / distribuée, les points de contact entre vos promesses de marque et les cibles) et pour l’interne (les outils et moyens qui sont mis à disposition des collaborateurs et la façon dont sont partagés / enrichis les savoirs).

L’iPad est enfin sorti, n’en parlons plus

Après plusieurs (interminables) semaines de spéculations, l’iPad d’Apple est enfin commercialisé. Pour le moment les avis convergent tous vers la même conclusion : Un très bel appareil qui recèle un formidable potentiel… pas encore pleinement exploité. Au dernière nouvelles il y aurait presque 500.000 unités vendues en 1 week-end (MàJ : Visiblement les chiffres diffèrent d’une source à l’autre), belle performance.

Je ne retiendrais que trois choses pour la sortie du touchbook d’Apple :

  • La disponibilité de l’application Kindle d’Amazon (qui cherche à assurer ses arrières) ;
  • La disponibilité de l’application Pandora (un service de découverte musicale qui risque bien d’exploser les compteurs car le contexte d’usage de l’iPad – dans le salon – est tout à fait propice à cette activité) ;
  • La publication par Apple d’une liste de sites compatibles avec l’iPad (ils sont donc conscients qu’il y a un problème à ce niveau).

Voilà, sinon je peux vous renvoyer aux différents articles que j’ai rédigé sur le sujet (inutile de répéter les mêmes choses) :

J’attends donc avec impatience la V2 (ou la V3).

À la recherche de nouveaux formats hybrides pour les touchbooks

Alors que la date de sortie officielle de l’iPad a été annoncée au 3 avril prochain et que de sérieux concurrents commencent à pointer le bout de leur nez (HP Slate, Dell Streak…), nous sommes toujours dans l’expectative pour savoir quel type de contenu va faire mouche sur les touchbooks. Après avoir tourné le problème dans ma tête de nombreuses fois, j’en viens à la conclusion que les contenus réellement adaptés aux touchbooks ne sont pas encore là, mais que nous n’en sommes pas très loin. Plusieurs expérimentations me laissent en effet penser que la solution se trouve dans un format hybride à mi-chemin entre web-documentaire, livre / BD enrichis et jeux narratifs. Encore faudra-t-il résoudre le casse-tête du format et de la distribution, mais nous reviendrons là-dessus plus tard.

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler des web-documentaires, ces documentaires morcelés en chapitres librement accessibles mélangeant du texte, des photos, de la vidéo… Après en avoir consulter plus d’un, force est de constater que l’on n’est pas très bien installé sr une chaise en face de son écran. Par contre, visionné sur un touchbook dans votre canapé favori, l’expérience est autrement plus intéressante. Imaginez ainsi ce que pourrait donner un contenu comme Afrique : 50 ans d’indépendance

Afrique

Le niveau d’interactivité est parfaitement adapté à ce que l’on peut faire sans trop d’effort sur un écran tactile : Choisir un chapitre, cliquer pour lire un texte complémentaire, laisser un commentaire…

Il y a ensuite le cas des bandes dessinées qui pourraient tout à fait être adaptées sur les touchbooks. Nous avons déjà des start-up qui se positionnent sur le créneau comme Graphic.ly ou Panelfly mais je ne suis pas certain qu’ils prennent la bonne direction. Je suis ainsi bine plus conquis par ce que propose les Humanoïdes associés avec le portage sur Megalex sur iPhone.

MEGALEX

Au final nous nous retrouvons avec une vidéo, mais l’expérience est tout à fait convaincante : Le fait de remplacer les bulles par des bruitages et voix d’acteurs ainsi que les effet de traveling sur les cases procurent un sentiment d’immersion tout à fait saisissant.

C’est d’ailleurs rigoureusement le même procédé qui est utilisé pour N, la BD vidéo de Stephen King :

N-StephenKing

C’est bien une vidéo « toute bête » qui est utilisée, mais avec un peu d’imagination on se dit que ça ne devrait pas être très compliqué de faire ça en Flash qui à la base est fiat pour ça (de l’animation vectorielle). Du Flash sur l’iPad ? Mais oui bien sûr puisqu’il existe maintenant la possibilité de compiler un contenu Flash pour en faire une application iPhone, le recours à Flash ne semble plus être un problème.

Nous pourrions même envisager des choses encore plus poussées avec la possibilité d’interagir avec le contenu comme nous le présente l’éditeur Penguin sur cette vidéo (cf. How Penguin Will Reinvent Books With iPad) :

L’idée est de transformer le lecteur en… lecteur actif ? Acteur ? Gribouilleur ? Je ne sais pas trop quel terme utilisé mais nous sommes bien dans un cas de figure unique où les enfants peuvent interagir directement sur le contenu (c’est d’ailleurs tout l’intérêt de ce type d’ouvrage) :

Penguin-iPad

Nous quittons ici le domaine de l’édition pour rentrer sur le territoire des jeux. Et ça tombe bien car l’actualité nous fournit un très bon exemple avec Heavy Rain, un jeu vidéo narratif développé par un studio français (cocorico !) :

HeavyRain

Ici il n’est pas tant question d’action ou de dextérité à la manette mais plutôt de suivre une histoire conditionnée par vos choix (qui jalonnent la narration) et agrémenter parfois de Quick Time Events pour maintenir votre attention. Pour le moment ce titre n’est disponible que pour la PS3, un monstre de puissance, mais n’oublions pas que l’iPad (out comme l’iPhone) a des composants techniques suffisamment puissant pour faire tourner de la 3D dans de très bonnes conditions sans avoir besoin de sortir un rendu Full-HD.

J’imagine tout à fait ce type de titre envahir les touchbooks car parfaitement adaptés au contrat d’interaction que proposent les tablettes tactiles : Visionnage en plein écran et quelques clics de temps à autre. Il en va de même pour les jeux de stratégie ou de plateau qui font fureur sur l’iPhone (de type Tower Defense) qui pourraient trouver dans l’iPad un second souffle pour des projets plus ambitieux : Ngmoco hopes to rule with new mobile games.

Tout ceci est très encourageant et la solution semble donc bien se trouver dans de nouveaux formats hybrides. Mais il reste à régler deux problèmes : Tout d’abord le circuit de distribution qui est plutôt rigide chez Apple (euphémisme) et qui ne favorise pas forcément les petits éditeurs (cf. Is Content King? Then Distribution Is Crown Prince). Ensuite le format car s’il semble y avoir consensus pour les ebooks avec le format ePub (cf. Web Standards for E-books), pour les touchbooks ça va être beaucoup plus compliqué car les contenus sont loin d’être figés. Et c’est d’ailleurs tout l’intérêt de ces machines : Pouvoir proposer un éventail beaucoup plus riche de possibilités en mélangeant des images, du son, de la vidéo, du texte, des animations…

Flash a su s’imposer comme standard de facto pour les contenus rich media du web, en sera-t-il de même pour les contenus des touchbooks ? Difficile à dire pour le moment dans la mesure où le marché a toutes les chances d’être très largement dominé par l’iPad et que les rapports sont très tendus entre Adobe et Apple. Je ne vois pas bien comment la situation pourrait se débloquer dans les prochaines semaines… si ce n’est avec le rachat d’Adobe par Apple. L’idée vous semble farfelue ? Réfléchissez-y à deux fois, et pour vous aider, je vous propose cette lecture : 7 Reasons For Apple To Acquire Adobe et Why Apple Should Buy Adobe.

Je suis persuadé que l’arrivée effective de l’iPad sur le marché va faire se précipiter les choses. Plus que quelques jours à attendre…

2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ?

Après presque 30 années de domination sans partage, j’ai comme l’impression que l’outil informatique traditionnel (écran + clavier + souris) est en train de sérieusement se ringardiser. Le couple Windows – Intel semble en effet avoir atteint son apogée et l’on se dirige tout droit vers un nouveau cycle d’innovation pour faire émerger de nouvelles catégories de terminaux et de nouveaux usages.

De l’internet mobile à l’internet nomade

Je pense ne pas me tromper en disant que la révolution mobile a fait long-feu en France et dans les pays occidentaux en général. Autant l’Asie a connu un formidable essor des services mobiles dans les années 2000 (principalement en Corée du Sud et au Japon), autant le WAP évoque un demi-échec (lire à ce sujet Ne confondez plus internet mobile et internet en situation de mobilité). Mais ne parlons plus du passé et tournons-nous vers l’avenir car l’avènement de l’iPhone et des netbooks a permit au marché de comprendre qu’il n’est pas forcément nécessaire d’avoir un écran de 19″ et un processeur à quadruple-coeur pour profiter de services en ligne dans de très bonnes conditions. L’idée étant de compenser du débit et de la puissance par de l’autonomie et de la praticité (il faut 30 secondes pour allumer son iPhone et relever ses mails).

De plus, je note une forte volonté des industriels de sortir de l’impasse du web gratuit où les producteurs et distributeurs de musique, films, séries TV, news… s’arrachent les cheveux pour trouver des modèles économiques viables sur un média où les utilisateurs sont habitués au tout gratuit. Les conditions de marché semblent donc réunies pour initier la révolution de l’outil informatique et sortir de la domination du PC (dans le sens « Personnal Computer« ).

Bien évidement il existera toujours et nous continuerons à utiliser des ordinateurs (fixes ou portables), mais ils devront partager leur part d’audience avec d’autres types de terminaux qui nous permettrons de consommer des contenus, d’exploiter des services et de prolonger nos interactions sociales dans d’autres contextes. Ces terminaux nous les connaissons déjà (smartphones, netbooks, touchbooks, terminaux grand public ambiants…) mais leur prolifération et la part d’usage que nous leur réservons va petit à petit augmenter et inverser la tendance.

allbook

Eric Schmidt, PDG de Google, a ainsi déclaré que l’avenir de l’internet était au mobile. Ce n’est pas également un hasard si Steve Jobs a annoncé en ouverture de sa dernière keynote qu’Apple était une société de terminaux mobiles. Non pas que ces patrons ne croient plus en l’informatique « traditionnelle », mais plutôt que les meilleures opportunités sont à chercher en dehors du cadre des ordinateurs tels que nous les connaissons (avec écran, clavier et souris). L’approche de services morcelés en widgets (ou applications chez Apple) semble en effet beaucoup plus facile à contrôler (d’un point de vue modèle économique).

Nous ne parlons pas seulement des terminaux qui tiennent dans la poche et que nous trimbalons partout avec nous, mais plutôt des terminaux à encombrement réduit et à grande autonomie qui peuvent servir partout mais dont l’essentiel des usages se fait en intérieur dans votre salon ou chambre (à l’image des consoles de jeux portables comme la Nintendo DS). L’avantage de ces terminaux est de supprimer toute dépendance aux fils (alimentation, réseau), nous parlons plus ainsi d’internet nomade plutôt que d’internet mobile.

Une course à la taille critique pour les systèmes d’exploitation

Il en va de même pour l’iPhone, terminal mobile de référence qui est également capable de rendre de très bon services d’appoint pour vous éviter d’avoir à démarrer votre ordinateur (regarder la météo ou le programme TV, vérifier ses emails ou Twitter, jouer 5 minutes…). L’iPhone et son modèle de distribution fermé fait ainsi beaucoup d’envieux. Nombreux sont ceux qui aimeraient bien réitérer cet exploit à l’image de Palm, Blackberry ou encore de cette alliance entre 24 opérateurs pour lancer une plateforme ouverte d’applications sur mobiles. Le but de la manoeuvre est de créer un marché-cible suffisamment grand pour créer un écosystèmes de développeurs et d’éditeurs d’applications.

OK très bien, mais il va falloir faire preuve de plus d’ambition pour convaincre le marché. D’autant plus que cette alliance ne prend en compte qu’une partie de l’équation (les terminaux mobiles). Je suis ainsi beaucoup plus attentif au tout récent partenariat entre Nokia et Intel pour fusionner leurs systèmes d’exploitation respectifs (Maemo et Moblin) en une plateforme unifiée du nom de MeeGo.

MeeGo
MeeGo, le système d'exploitation multi-terminaux

L’idée est de construire sur un noyau Linux une architecture logicielle suffisamment souple pour s’adapter à différents types de terminaux connectés :

MeeGo-Architecture
L'architecture logicielle de MeeGo

En proposant une plateforme logicielle unique pour un grand nombre de terminaux (smartphones, netbooks, TV et véhicules connectés…), Nokia/Intel s’assurent ainsi un soutien de nombreux développeurs et éditeurs souhaitant toucher un maximum de cibles et décliner leurs applications sur un maximum de terminaux en un minimum de temps. Nous allons donc très probablement assister à une course à la taille critique. Je ne pense pas qu’un système va écraser les autres mais plutôt une configuration où le marché est réparti entre 4 à 5 OS.

Des terminaux polymorphes pour contenter le plus grand nombre

À partir du moment où le « problème » du système d’exploitation (et du nombre d’applications disponibles) est résolu, rien n’empêche les industriels de segmenter le marché à l’infini et de proposer différents formats de terminaux pour cibler de façon plus fine les différentes niches de clients.

Des touchbooks pour petits et grands
Des touchbooks pour petits et grands

Le but de la manoeuvre est de proposer des machines parfaitement adaptées aux clients-cibles. Ça fonctionne donc pour les petits avec le iXL de Play Fish mais ça pourrait aussi fonctionner pour les séniors ou n’importe quelle autre niche.

Et puisque l’on parle de segmentation, impossible de ne pas évoquer le tout récent Windows Phone de Microsoft. Conscient du retard accumulé avec Windows mobile, les équipes de Microsoft ont pris la décision radicale de faire table rase du passée et de proposer un tout nouveau concept avec cette téléphone grand public propulsé par le système d’exploitation du Zune.

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Sage décision car le marché des smartphones sur-puissants à vocation BtoB commence à être sacrément bouché (Symbian, Android, BlackBerry, Palm). C’est donc un coup de maître de la part de Microsoft qui rompt définitivement l’héritage culturel de Windows et Office pour se montrer sur un nouvel angle (Xbox, Zune, Facebook). Ce nouveau positionnement grand public et plus abordable en terme de sophistication et de prix va permettre à Microsoft de réduire considérablement la pression concurrentielle en s’attaquant au middle-market (situé entre les téléphone basics et les smartphones).

Nouveaux usages = nouveaux revenus (ou pas)

Je n’ai pas eu la chance de participer au grand raout annuel de la mobilité à Barcelone (le Mobile World Congress), mais les comptes-rendus que je peux lire à droite et à gauche (cf. Mobile World Congress: some thoughts on day 1) me laissent penser qu’une nouvelle vague d’innovation est en train de déferler avec beaucoup d’investissements dans le software, une segmentation plus fine et une réflexion de fond sur les usages. Et même si les terminaux sont globalement plus intelligents, la sur-enchère technologique semble être compensée par des approches marché plus pertinente : Moins de puissance mais plus d’autonomie, de confort, d’adéquation…

L’innovation s’accélère, et les géants du monde informatique (Google, Apple, Microsoft) ne compte pas se laisser distancer. Pourquoi ? Tout simplement car cette vague de terminaux alternatifs va avoir une conséquence directe sur les revenus générés par la vache à lait du web : la recherche. Autant les ordinateurs sont parfaitement équipés pour faire une recherche dans de bonnes conditions (clavier complet pour saisir les mots-clés, large écran pour afficher les résultats, souris pour naviguer dans les résultats), autant sur un touchbbok ou un smartphone c’est complètement différent car les périphériques de saisie / d’affichage rendent la recherche plus délicate.

Nous sommes ainsi dans une dynamique de découverte plutôt que de recherche. Les géants comme Google, Apple et Microsoft investissent massivement pour ne pas perdre le contrôle de l’interface et se réserver des espaces de valorisation et de mise en avant du contenu. Les bannières et autres mots-clés sponsorisés vont donc être remplacés par des têtes de gondoles. Qui s’en plaindra ?

Un nouveau paradigme de l’outil informatique

Les 10 dernières années ont été consacrées au perfectionnement des services et contenus web consommés au travers d’un ordinateur. Les 10 prochaines années seront consacrées à la découverte de nouveaux services / contenus et à l’appropriation de nouveaux types de terminaux aux contraintes et spécificités très variées. Tout ceci vous semble peut-être un peu lointain, mais je vous donnes rendez-vous en 2020 pour faire le point sur ces usages nomades et surtout sur l’impact qu’ils vont avoir sur notre façon de concevoir, distribuer et consommer de nouveaux services et contenus. Peut-être engendreront-ils de nouvelles formes de dépendance ou de cyber-criminalité…

Je suis en tout cas fermement convaincu que nous entrons dans une nouvelle ère, celle de l’informatique nomade, tactile et sociale. Il va donc nous falloir complètement ré-inventer les expériences utilisateur (interfaces et contenus) pour mieux coller à ce paradigme du marché.