Sommes-nous à la veille d’un nouveau paradigme numérique ?

Je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire qu’il y a eu un avant et un après iPhone. Dans la continuité de mon précédent article sur le smartphone en tant qu’icône du 21e siècle, je souhaite pousser la réflexion plus loin en prenant de la hauteur pour analyser l’impact de l’outil informatique et son évolution, surtout à la veille d’une probable annonce majeure pour Apple, certainement des lunettes de réalité augmentée.

Selon sa définition, un paradigme désigne une représentation du monde, c’est une manière de voir les choses. Effectivement, notre rapport au monde et à la société, ainsi que notre mode vie ont été profondément bouleversés par les smartphones. Seuls les plus anciens d’entre vous l’ont connu, mais avant cela, c’est la généralisation des ordinateurs qui a réellement transformé notre quotidien, mais sur une période plus longue, donc moins visible.

Le smartphone est la télécommande de notre quotidien numérique, c’est certainement l’objet avec lequel nous passons le plus de temps dans la journée. Mais n’oublions pas que son succès repose sur 30 ans d’évolution des ordinateurs personnels.

Déjà la sixième génération d’outils informatiques ?

Les premiers ordinateurs ou machines à calculer remontent à l’ère sumérienne, il y a 4.500 ans, avec les bouliers qui ont rapidement été adoptés par les Égyptiens, Perses, Grecs, Romains… mais que l’on retrouve aussi chez les Chinois et les Incas sous d’autres formes (cf. History of Abacus). Certes, c’est un petit peu tiré par les cheveux, mais cette plongée dans l’histoire nous montre que l’utilisation de machines par l’homme pour l’assister dans ses tâches quotidiennes n’est pas une lubie du XXe siècle.

Il faudra cependant attendre les années 80 pour que les premiers micro-ordinateurs s’invitent dans les entreprises, puis dans les foyers. Je fais volontairement l’impasse sur les ordinateurs centraux de type grands systèmes, car ils correspondent à une approche bien particulière de l’informatique (ex : système d’information bancaire).

Si l’on ne devait retenir qu’un seul produit pour illustrer l’évolution de l’ordinateur personnel ça serait sans hésiter le ThinkPad d’IBM, maintenant commercialisé par Lenovo. Comme vous pouvez le constater dans la frise chronologique ci-dessous, l’évolution est à la fois constante et spectaculaire :

Le PC (Personal Computer) est assurément l’outil qui a permis de démocratiser l’informatique, mais pour bien appréhender le chemin parcouru, il faut partir de plus loin pour discerner cinq, voir six générations d’ordinateurs (cf. la Chronologie de l’informatique) :

  • La première génération débute au milieu des années 40 avec les « moteurs de calcul » utilisant des tubes à vide et tableaux d’interrupteurs ;
  • La deuxième génération se situe autour des années 50-60 avec les premiers ordinateurs utilisant des transistors et des cartes perforées (prémices de la programmation) ;
  • La troisième génération commence dans les années 70-80 avec la généralisation des circuits intégrés et les premiers systèmes d’exploitation standardisés (UNIX, puis MS-DOS) ;
  • La quatrième génération s’échelonne dans les années 90-00 avec l’explosion des micro-ordinateurs et la suprématie du couple Windows / Intel ;
  • La cinquième génération démarre dans les années 2010 avec les premiers ordinateurs conçus pour ne fonctionner qu’en réseau (notamment les Chromebooks de Google propulsés par Chrome OS, qui est ce qui se rapproche le plus d’un système d’exploitation en ligne) ;
  • La sixième génération pourrait correspondre aux ordinateurs hybrides à mi-chemin entre ultra-portable et tablette, équipés d’une interface tactile et d’une connexion permanente (la Surface de Microsoft est précurseur sur ce créneau avec une offre qui a largement évolué et qui en est bientôt à sa 7ème itération)

J’utilise le conditionnel pour cette sixième génération, car il n’y a pas encore de consensus sur ce format. Mais à partir du moment où Apple et Google font converger leurs produits vers ce modèle, c’est que la formule est bonne. Toujours est-il que cet ordinateur hybride illustre bien la tendance à l’allègement de l’outil informatique, au point de se réduire au plus simple format.

Une généralisation de l’informatique ubiquitaire grâce aux smartphones et aux objets connectés

Il y a aujourd’hui près de 4 MM de smartphones en circulation. Largement de quoi reconfigurer le monde des médias, de la distribution… Un phénomène que j’ai largement eu l’occasion de détailler : Le mobile dévore le monde, L’avènement des plateformes de contenu et la revanche de la syndication, Le smartphone est la nouvelle TV, Le smartphone est la pierre angulaire de la civilisation du XXIème siècle… Si dans les pays occidentaux le taux d’équipement en ordinateur est élevé, le smartphone est le premier et le seul outil numérique pour des centaines de millions d’asiatiques, indiens et sud-américains. En ce sens, le smartphone est le principal vecteur de démocratisation des contenus et services en ligne.

Mais le smartphone n’est pas une fin en soi, c’est au contraire un point d’entrée vers d’autres catégories d’outils numériques. Je considère ainsi le smartphone comme la première étape vers l’ère post-PC. Un sujet qui n’est pas neuf, car cette idée a commencé à circuler dès 2012 : Et si l’ère du post-pc ne faisait que se cacher dans un smartphone ?

Mais ça c’était avant, avant que les smartphones (et dans une certaine mesure les tablettes) se généralisent et grignotent petit à petit le temps passé devant un écran. Aujourd’hui, les smartphones occupent une place prépondérante dans notre quotidien, mais commencent eux aussi à se faire grignoter par la nouvelle génération d’objets connectés : Les interfaces naturelles nous préparent à l’ère post-smartphone. Nous commençons d’ailleurs à avoir une idée très concrète de ce à quoi pourrait ressembler cette fameuse ère post-smartphone avec la prolifération des enceintes connectées et leur déclinaison dans les voitures (tableau de bord connecté).

À partir du moment où les utilisateurs sont connectés en permanence grâce à leur smartphone (au travail, en déplacement, en sortie, en vacances…) ou leur enceinte « intelligente » (dans le salon ou la cuisine, dans la voiture…), nous sommes en quelque sorte rentrés dans l’ère de l’informatique ubiquitaire, celle où les contenus et services numériques sont omniprésents, le web ambiant. Le point commun de tous ces terminaux est l’interface vocale, dont le centre de gravité est l’assistant numérique de l’un ou l’autre des géants du web : Les assistants personnels sont les nouveaux navigateurs web, et les GAFAM en sont les maitres absolus.

Certes, l’ancêtre commun de tous ces terminaux est incontestablement le PC (après tout, ce ne sont que des ordinateurs sous différentes formes), mais le smartphone a joué le rôle d’accélérateur, à la fois pour stimuler l’innovation technologique, mais aussi pour fluidifier l’adoption de nouveaux usages. Les interfaces vocales sont ainsi une alternative très pratique aux claviers tactiles, surtout pour les utilisateurs asiatiques qui n’utilisent pas l’alphabet romain (Baidu Upgrades DuerOS Voice Platform and Hits 400M Device Milestone).

À partir de ce constat, je me suis amusé à identifier les différentes familles d’outils numériques et à cartographier leur évolution. Ce schéma semble complexe, mais il est le reflet des outils numériques actuellement disponibles sur le marché :

  • les ordinateurs qui ont évolué vers des formats plus légers (netbooks, ultra-portables) et qui, dans une recherche de second souffle tentent de phagocyter le segment des tablettes (Les GAFAM à la recherche du prochain paradigme numérique) ;
  • les smartphones qui paradoxalement sont à la pointe de l’innovation, mais eux aussi sont en recherche d’un second souffle (Une troisième vague d’innovation pour les terminaux mobiles) ;
  • les appareils domotiques qui ont été intégrés au sein des écosystèmes des GAFAM et nous promettent une maison intelligente ;
  • les accessoires connectés (wearables ou habitroniques en québécois) qui ont également été intégrés dans les écosystèmes des GAFAM et bénéficient des innovations et applications des smartphones ;
  • les lunettes, casques et masques de réalité alternative qui eux aussi bénéficient des innovations, applications et économie d’échelle des smartphones.

Ceci nous fait donc une très large panoplie de terminaux. Les plus visibles sont de très loin les smartphones, mais le segment qui progresse le plus et qui offre les meilleures perspectives de croissance est celui des accessoires connectés. Si la révolution annoncée par la firme à la pomme il ya quelques années n’a pas eu lieu, les wearables sont maintenant une source de revenus majeurs pour Apple qui a réussi à imposer ses montres connectées et écouteurs sans-fil à ses utilisateurs (Apple Deserves More Credit for Wearables).

Certes, Apple est loin d’être le seul sur ce créneau, mais ils proposent un écosystème parfaitement cohérent (smartphone + montre / oreillettes / enceinte connectées). Tout ceci est rendu possible grâce à la miniaturisation des composants et au perfectionnement des interfaces vocales et visuelles (Comment les interfaces vocales vont accélérer la transformation digitale). Pour le moment les produits Apple sont réservés à une petite partie de la population (les plus riches), mais ces technologies et usages vont se démocratiser et bientôt permettre à des milliards d’utilisateurs de se connecter de façon naturelle à un ou plusieurs assistants numériques, réalisant ainsi l’utopie de l’intelligence ambiante.

Tout ceci peut vous paraitre futuriste, et pourtant nous y sommes déjà, car ces produits sont disponibles depuis de nombreuses années et se perfectionnent à chaque nouvelle itération (Les objets connectés font maintenant partie de notre quotidien). La seule famille d’outils numériques qui n’a pas encore atteint le seuil critique de maturité est celle des équipements de réalité alternative.

Quel point de convergence pour les réalités alternées ?

Si les visiocasques existent depuis des décennies, il a fallu attendre l’avènement des smartphones pour que les premiers équipements parviennent à trouver un point d’équilibre acceptable entre qualité du rendu, confort d’usage et prix de vente. Après 10 ans d’innovation à marche forcée, les équipements de réalité alternée sont plus abordables et performants que jamais : Tour d’horizon des dernières nouveautés de la réalité augmentée – mixte – virtuelle.

Il y a eu ces dernières années d’incontestables progrès dans ce domaine, notamment au niveau du matériel avec des cycles d’itération très rapides : Google Glass Enterprise Edition 2 drops to $999 and adds Qualcomm’s XR1, Microsoft’s HoloLens 2 headset may go on sale in September, Oculus Quest is exactly what VR needs to hit the mainstream, Snap introduces Spectacles 3, with two HD cameras and 3D effects on Snapchat… De même, les outils de production de contenus et services, ainsi que les standards ont également progressés de concert : The state of Immersive Web in 2019 et Khronos releases OpenXR 1.0 for AR/VR, backed by Epic, Microsoft, and Oculus.

En synthèse : du matériel toujours plus performant, des contenus plus spectaculaires, des services plus fiables… Certes, le rapport qualité / prix de ces équipements est excellent, mais la valeur d’usage est encore trop faible pour des utilisateurs dont les moyens financiers sont accaparés par leur smartphone et les accessoires périphériques.

Autre problème : trois approches de la réalité alternative cohabitent aujourd’hui (la réalité augmentée, virtuelle et mixte). Ces trois approches sont parfaitement complémentaires, on les regroupe d’ailleurs dans la catégorie XR pour eXtended Reality (Boundless XR in a new era of distributed computing) et correspondent à des cas d’usages distincts, mais en l’absence d’un modèle dominant, les consommateurs sont confrontés à un choix compliqué : réalité augmentée, virtuelle ou mixte ?

C’est justement là où Apple a une carte à jouer : débloquer la situation en imposant leur vision produit, comme ils l’ont fait pour les smarpthones avec l’iPhone. Si les produits aujourd’hui disponibles sur le marché sont parfaitement viables (j’ai par exemple été très impressionné par l’Oculus Go), il manque un petit quelque chose pour amorcer la pompe et générer un cercle vertueux : un matériel ayant trouvé le parfait compromis entre qualité et prix de vente => des premiers acheteurs qui incitent les éditeurs à sortir des applications => plus d’utilisateurs => des économies d’échelle sur le production => encore plus d’acheteurs => encore plus d’éditeurs…

Aujourd’hui, il existe un consensus sur ce à quoi devraient ressembler des lunettes de réalité augmentée « abouties », mais leur mise sur le marché nécessite des investissements colossaux en R&D, ainsi que des chaines de production à la hauteur de ce défi technologique.

Nous n’en avons aucune preuve tangible, mais un faisceau d’indices laisse à penser que Apple devrait dévoiler un nouveau produit s’en rapprochant lors de leur prochaine conférence : iOS 13 code suggests Apple’s exciting new AR glasses might launch sooner than we thought. Les rumeurs autour des Apple Glasses sont nombreuses et récurrentes depuis des années, mais la conférence du 10 septembre prochain serait un parfait timing pour coiffer au poteau Google, Microsoft et MagicLeap.

Ce lancement nous ferait définitivement rentrer dans l’ère de l’informatique spatiale (What is spatial computing ?) et amorcerait assurément un nouveau paradigme numérique, d’où le titre de l’article. Mais la question est plutôt de savoir pourquoi.

50 ans de progrès au service de… de quoi déjà ?

Comme nous venons de le voir, l’outil informatique a connu en 50 ans des progrès spectaculaires, aussi bien en termes de performances, que de miniaturisation, que d’accessibilité (simplicité d’usages, prix…). Cette progression constante permet de donner accès à des milliards de personnes à une infinité de contenus et services en ligne. Mais au final, qu’avons-nous :

En théorie, la technologie est censée aider les utilisateurs et non les diviser. Voilà pourquoi l’ensemble des acteurs du numérique mettent l’accent sur le mouvement tech for good, car les dérives potentielles sont nombreuses, et les utilisateurs pas forcément bien préparés pour s’en protéger (Le smartphone est l’icône du 21e siècle, pour le meilleur et pour le pire).

Nous pourrions ainsi raisonnablement identifier trois objectifs prioritaires pour les évolutions des outils numériques cités plus haut :

  • simplicité (nous faciliter le quotidien) ;
  • productivité (nous rendre plus performants) ;
  • divertissement (nous proposer des expériences toujours plus riches et immersives).

J’ai bien conscience que cela peut paraitre incroyablement démagogique, mais c’est une préoccupation qui me semble légitime dans la mesure où nous allons bientôt manquer de ressources (notamment de métaux rares). La question que l’on doit maintenant se poser est de savoir si ces innovations vont bénéficier à l’humanité ou non. Cette question n’est pas simple, car si nous prenons l’exemple des montres connectées, une Apple Watch plaquée or n’est d’aucune réelle utilité, mais une montre plus basique, mais fonctionnelle, pourrait redonner un certain niveau d’autonomie à de nombreux séniors (sans compter toutes les applications de surveillance à distance). Idem pour les enceintes connectées : Alexa will be your best friend when you’re older. De même, les casques de réalité virtuelle haut de gamme font la joie des gamers fortunés, mais sont aussi d’excellents outils pédagogiques.

Nous en revenons donc à l’éternelle question : l’innovation au service de quoi et de qui ? Une question d’autant plus importante que comme nous venons de le voir, le rythme s’accélère et dépasse même la capacité d’assimilation du marché. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le mouvement de rejet engendré par l’avènement du machine learning (L’intelligence artificielle fait peur à la moitié des Américains).

Je reste intimement persuadé que le numérique est un sujet de première importance qui doit être débattu en société et non dans les conférences réservées aux initiées (Il est urgent de réfléchir aux fondamentaux d’une nouvelle société numérique). D’autant plus que le prochain-prochain paradigme numérique n’est plus si loin : Brain-computer interfaces are developing faster than the policy debate around them.

Non je ne suis pas en train de suggérer un référendum d’initiative citoyenne pour réguler les interfaces neuronales directes, mais simplement de m’efforcer de vous faire prendre conscience de l’impact de l’accélération numérique. J’espère que cette prise de hauteur vous aura ouvert les yeux sur le chemin parcouru (innovations technologiques), sur les dérives potentielles (manipulation de l’opinion publique, cyberhacking, harcèlement en ligne…) et sur notre responsabilité (avons-nous besoin d’autant d’équipements ?). Si cela peut vous rassurer, je n’ai pas toutes les réponses à mes questionnements, mais au moins je me les pose, et je vous invite à en faire autant pour vous amener à réfléchir aux rôles que vous souhaitez jouer dans ce nouveau paradigme : souhaitez-vous simplement profiter ou contribuer ?

MàJ (10/09/2019) : Finalement il n’y a pas au d’annonce de lunette de réalité augmentée, mais des progrès décisifs pour les montres connectées (Apple announces three new Apple Watch health studies with big-name partners).

MàJ (17/09/2019) : Facebook vient officiellement d’annoncer un partenariat avec le leader mondial pour un projet de lunettes de réalité augmentée qui devrait voir le jour en 2023 : Facebook is reportedly teaming up with Ray-Ban on its smart AR glasses.

MàJ (19/09/2019) : Visiblement je ne suis pas le seul à penser que nous sommes à la veille d’un paradigme. Ici cet article très complet et très optimiste de Robert Scoble : Will Apple Behave Differently When It Launches Its Spatial Computing Devices? Will it go first or last?. Et là, l’annonce

MàJ (20/09/2019) : L’examen approfondi du code source d’iOS révèle une introduction progressive de briques technologiques liées à la réalité augmentée, en préparation d’un lancement prochain : Apple’s iOS 13.1 beta reveals AR headsets with 58- to 68-degree FOVs.

MàJ (12/11/2019) : D’après un mémo interne, les lunettes de réalité augmentée de Apple ne serait pas commercialisées avant 2023 : Apple reportedly plans 2022 release for first AR headset, followed by AR glasses in 2023.

18 commentaires sur “Sommes-nous à la veille d’un nouveau paradigme numérique ?

  1. Boris Johnson un despote ?! et comme si la manipulation des masses était réservé aux despotes… elle est bonne celle-là… en même temps elle est tellement conformiste… je trouve plutôt qu’un des problèmes majeur c’est l’enfermement algorithmique, dépasser cet enfermement est vraiment un challenge, c’est un véritable problème de Responsabilité Sociétale ! Le combat est là et nul par ailleurs !!!!

    Pour avoir une idée de comment vont évoluer les gens face à la techno il faut poser la questions à ceux qui ont eu trés tôt des palm des gps et des smartphone en poche… et à mon avis (ce n’est que mon avis) il y a un détachement naturel…. pas un rejet mais juste un détachement…

    1. Concernant l’enfermement algorithmique, il y a un vrai déficit d’éducation là dessus, surtout chez les adultes. Les enfants y sont sensibilisés à l’école, mais pas les parents…

      1. je pense qu’il faut légiférer sur l’enfermement algorithmique, car meme si on éduque les gens, il n’est pas improbable qu’à terme nous n’ayons pas la possibilité d’avoir un choix ouvert… C’est un peu comme dire
        Pensez vous que BJ est
        1. un despote
        2. un idiot
        3. un fou

        :)

  2. Très bonne chronique, comme toujours. Ces derniers mois, je suis plus ou moins arrivé à la même conclusion que toi (au moins sur le prochain trend) dans cet article (https://www.redsen-consulting.com/fr/inspired/tendances-decryptees/la-prochaine-grande-affaire-et-les-tendances-2019-2020). En conclusion, j’essayais d’imaginer une journée avec cette informatique omniprésente (ambient computing ou spatial computing sont sans doute de meilleurs noms…) et ça donne ça :
    ==
    Pour illustrer un peu ce que cette tendance va nous apporter, essayons d’imaginer ce que serait une journée de travail où l’on profiterait pleinement des avantages de l’informatique omniprésente, mettons à cinq ans d’ici (et cinq ans, c’est un strict minimum, hein !)…
    Monsieur N. est réveillé par son assistant numérique habituel qui le tire du lit en lui faisant un briefing audio sur l’actualité (brièvement), sur la météo (encore plus brièvement) et surtout sur la journée qui l’attend. Il passe à la salle de bains où s’affichent sur le miroir ses objectifs mensuels en termes de style de vie : poids, exercices, temps passé sur les écrans, temps passé en famille et ainsi de suite.
    Il s’habille ensuite en prenant soin de vérifier que ses “vêtements intelligents” sont bien chargés à fond afin de tenir jusqu’au soir sans défaillance. Le trajet dans les transports en commun passe vite grâce aux podcasts qu’il écoute régulièrement afin de se motiver pour la journée. Une fois arrivé aux bureaux (partagés), il reçoit la mise à jour du planning des réunions et des rendez-vous prévus. Il a juste le temps de s’installer devant sa station de travail (son smartphone se branche automatiquement sur son ensemble écran/clavier/souris quand il s’en approche) afin de saisir les derniers paragraphes du rapport sur lequel il travaille depuis une semaine. La nuit de sommeil lui a enfin permis de trouver les mots justes pour sa conclusion…
    Sa montre connectée lui envoie un premier retour haptique qui lui indique que sa première réunion va débuter. Quand il approche de la salle, un autre retour haptique lui confirme qu’il s’agit bien du bon endroit. Il provoque l’enregistrement audio et vidéo de la réunion en clignant trois fois des yeux de façon rapprochée grâce à ses lunettes à réalité augmentée (AR) qui lui affichent également le nom et le rôle des participants quand il pointe le regard sur chacun. N. passa ainsi sa journée de travail aidé par son assistant numérique avec lequel il interagissait selon différents modes : clavier et souris quand il était à son bureau, voix et/ou gestes quand il n’y était pas.
    Grâce à la connexion 5G, il est en permanence relié au réseau, quel que soit l’endroit où il se trouve ou le moyen de transport qu’il utilise en déplacement. Pas de rupture dans la liaison avec ses données et pas d’interruption des conseils de son assistant numérique : selon les situations, les éléments utiles apparaissent dans ses lunettes AR (carte de navigation lors d’un déplacement ou options de choix face à un appareil peu familier).
    Une fois de retour chez lui, N. écoute le bilan de son activité journalière diffusé par l’enceinte du salon : le nombre de pas qu’il a fait, le nombre de tâches qu’il a accomplies et les événements qui sont arrivés entretemps et qui peuvent le concerner de près ou de loin. Encore une bonne journée en phase avec ses objectifs mensuels…
    Bien entendu, cette petite fiction a une portée limitée et il y a plus de chances que nos journées soient différentes que le contraire… Cependant, elle permet de se rendre compte de l’omniprésence de l’assistant numérique (quelle que soit son origine, Amazon, Google ou Microsoft) qui devient l’équivalent du “contrôleur aérien” de notre activité, minute par minute.
    C’est cet assistant qui va lancer les différentes applications dont nous aurons besoin au fur et à mesure du déroulement de notre journée et de la nature de nos activités.
    ==
    Ceci dit, je partage ta conclusion : à quoi sert d’avoir de tels progrès si c’est pour aboutir à du négatif globalement (les populistes et le reste) ?
    C’est comme si les progrès techniques favorisaient la baisse du niveau intellectuel généralisé.

    1. Les grands esprits se rencontrent ! Effectivement, les assistants seront omniprésents dans notre quotidien pour nous aider à atteindre nos objectifs : professionnels ou personnels (ex : alimentation, exercice, recyclage…).

  3. Bonjour,
    Merci pour cette article de synthèse. Je ne reviendrai pas sur la différence entre réalité augmentée et réalité mixte (qui doit montrer une interaction dans les deux sens virtuel/réel), mais en bref, il n’y a pas d’expérience de RM aujourd’hui sauf dans les laboratoires.
    Je suis très curieux de voir les annonces d’Apple dans ce contexte. Ils ont en effet un écosystème assez cohérent pour proposer de la RA grand public. Ils ont aussi les compétences en interne suite à leur nombreux rachats. Ont-ils par contre l’usage qui va être utile à leur client ? Pour le moment, les autres constructeurs ne l’ont pas trouvé, ce qui entraîne Microsoft à dire qu’il ne concentre sur le marché pro et Magic Leap à tester tout et n’importe quoi :)
    Les deux seuls créneaux porteurs (à mon avis) sont le commerce et l’entertainment, et peut être la formation/éducation (mais en direct pour le grand public, j’ai des doutes). Nous verrons si la Pomme annonce des choses dans ces secteurs.

  4. Merci pour cette très belle synthèse de l’évolution du hardware.
    Vous posez la question cruciale du sens de l’innovation. Une des clefs de trouve dans les services qui seront déclinés à partir de la technologie.
    Dans l’un de mes billets en 2015, j’ai par exemple analysé comment la sûreté pourrait bénéficier des technologies smartglass. De nombreuses applications de défense et sécurité s’appuieront sur la réalité augmentée.
    http://personalinteractor.eu/en/wisiwys-or-generalised-video-presence

    Mais je pense que nous partageons le sentiment que nous sommes à l’aube du prochain bouleversement avec la prochaine génération de Smart glasses.
    Il s’agit, selon moi, de la « semantisation » du monde, c’est a dire l’ajout d’une couche de sens accessible aux porteurs des nouveaux artéfacts sans les efforts nécessaires pour utiliser un service comme Google Lens.
    Il se pose néanmoins comme vous le souligner la question de la référence de cette couche sémantique, de la manipulation et de l’influence. Une approche scientifique de la semantisation est indispensable. Une approche éthique aussi.

    1. Hum… je vois mal comment un utilisateur pourrait bénéficier d’une vision augmentée sans faire d’efforts (s’équiper d’un terminal, le configurer, le recharger et le mettre à jour régulièrement…). Les lentilles de réalité augmentée ne sont aps encore là, et je doute qu’elles le soient un jour, à moins d’utiliser une unité de calcul / communication déportée (un boitier que l’on porterait à la ceinture). Les lentilles ne seraient alors qu’une interface de visualisation. Est-ce si compliqué d’utiliser Google Lens ?

  5. L’innovation au service de quoi et de qui ?

    Cela pourrait faire le sujet d’un article plus long – voire même d’une thématique pour un gros event web. C’est intéressant de voir les positions des professionels du digital changer. Nous sommes passés d’optimistes naifs à spectateurs incrédules pour finalement se dire que tout a été trop vite et que des réglémentations doivent avoir lieu au plus vite si on veut pas se faire manipuler encore plus.

    Merci pour la rétrospective ds tous les cas.

  6. Bonjour, je suis sidéré que votre article tourne en rond autour des débouchés et avantages de l’informatique et de ses évolutions depuis 50 ans sans évoquer ne serait-ce qu’une fois les conséquences majeures qu’elle provoque en termes d’énergie consommée et d’écosystèmes détruits par l’extractivisme. Quelques références:
    https://theshiftproject.org/article/pour-une-sobriete-numerique-rapport-shift/
    https://theshiftproject.org/article/climat-insoutenable-usage-video/
    https://reporterre.net/La-folie-du-smartphone-un-poison-pour-la-planete
    Bien cordialement.

    1. Oui je sais, je n’ai volontairement pas abordé le côté environnemental, car cela clôturerait le débat. Mais je l’ai un peu mentionné quand même dans la conclusion (« Nous allons bientôt manquer de ressources »).

    2. Vidéo en ligne : Pornographie 27%
      Vivement les robots compagnons.. on fera comme ça tomber la natalité qui à mon avis est la seule façon de faire de l’écologie ;)

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