VivaTech 2019 : l’innovation au service de la quatrième révolution industrielle et du mieux vivre

La 4e édition de VivaTech s’achève, et elle était encore plus impressionnante que les précédentes, portée par un marché et des acteurs en pleine transformation digitale. Nous sommes en effet au coeur de la quatrième révolution industrielle, une révolution initiée par le numérique et stimulée par l’innovation. Si les nombreux participants donnaient l’impression de ne pas savoir pourquoi ils étaient là dans les éditions précédentes, tout le monde semblait avoir les idées claires cette année : la révolution numérique est en marche, rien ne pourra l’arrêter ou la ralentir, autant donc en profiter pour essayer de mieux faire les choses.

La semaine dernière se tenait à Paris la quatrième édition de VivaTech, le grand RDV annuel qui fait se rencontrer le monde de la technologie et celui des affaires. Plus de 120.000 participants venus prendre le pouls de l’économie numérique. Un événement unique au monde qui commence à rattraper les autres grands RDV internationaux comme le CES, le Web Summit, SXSW ou le Mobile World Congress. Ce qui fait la particularité de cet évènement, c’est sa capacité à réunir les géants du numérique (GAFAM, BATH…), les grands acteurs de l’économie (La Poste, LVMH, EDF, Orange, BNP, Accor, SNCF, TF1, Sodexo, Thales, Valeo, Vinci…), les startups (presque 13.000 cette année) et les politiques (Emmanuel Macron, Justine Trudeau, Margrethe Vestager…) autour d’enjeux technologiques (5G, IA…) et sociétaux (inclusion, environnement, contenus haineux…).

À première vue, cette édition 2019 n’était pas très différente des précédentes : beaucoup de startups, de politiques en maraude, de grands groupes en recherche d’une seconde jeunesse… Pourtant, en faisant l’effort de parcourir les différents stands, d’écouter les conférences et de discuter avec les participants, j’ai pu identifier quatre grandes tendances :

  • une approche moins naïve de l’inclusion technologique ;
  • des solutions concrètes pour réduire la dette numérique des entreprises et faire face aux prochains défis technologiques ;
  • des applications commerciales pertinentes ;
  • une réelle ambition de moderniser notre quotidien.

Je vous propose d’aborder ces différents points, mais dans un premier temps, d’évacuer le côté « folklorique » de VivaTech.

Des gadgets en pagaille, mais de vrais enjeux de société

Comme chaque année, VivaTech nous a apporté son lot de gadgets et inventions plus ou moins farfelues. Si certaines innovations sont tout à fait intéressantes et légitimes, il règne dans ce salon un esprit à mi-chemin entre le CES et la Foire de Paris que je déplore réellement. Cette sur-abondance de voitures volantes et autres robots véhiculent une image déformée de la réalité.

Passé le côté foire fouille, VivaTech reste un événement très impressionnant de par sa taille et le nombre de projets et initiatives qui y sont exposés. Comme le disait fort justement Jack Ma, le fondateur de Alibaba dans son intervention : « Si vous voyez la révolution technologique comme un problème, c’est un problème qui ne fait que commencer. Si vous la voyez comme une opportunité, alors l’opportunité ne fait que commencer !« . Comprenez par là que vous pouvez voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, mais que le verre est bien là (La transformation numérique entre dans une phase exponentielle).

Bon ceci étant dit, le numérique a plutôt mauvaise presse en ce moment. Le web nous a en effet apporté toutes les connaissances du monde, tous les services possibles et imaginables, des outils de communication gratuits et extrêmement sophistiqués… tout ça pour quoi ? Pour harceler les plus faibles, pour propager des fake news, pour diffuser des théories alternatives (flat earth, antivax…). Le numérique est omniprésent, il ne va pas disparaitre, et dans la mesure où nous avons touché le fond (du moins j’espère), il est largement temps de donner un second souffle à l’innovation technologique pour la mettre à notre service et non plus la subir. Non, je ne suis pas en train de vous tenir le discours habituel des bisounours 2.0 (« Making the world a better place« ), mais de trouver des solutions communes pour mieux nous comprendre, pour mieux nous parler, pour mieux cohabiter.

Ceci résonne avec un tragique évènement survenu en fin de semaine : la disparition d’une des icônes du web qui nous a quitté cette semaine : Grumpy Cat’s death marks the end of the joyful internet. Très clairement, c’est la fin d’une époque, comme une page qui se tourne. Si je devais résumer cette nouvelle édition de VivaTech : il faut arrêter de fantasmer sur un avenir meilleur en pratiquant la fuite en avant technologique, et mieux employer les technologies et innovations à notre disposition pour stabiliser notre société et pérenniser nos modes de vie. C’est d’ailleurs ce qui est mit en évidence par une grande étude menée par le cabinet McKinsey et publiée lors de l’événement : Using technology to smooth disruption and improve well-being. Il ressort notamment de cette étude que les citoyens restent confiant dans la capacité des NTIC a améliorer plutôt qu’à empirer notre vie quotidienne :

Enfin de l’innovation qui a du sens !

Suite à plusieurs années de folle croissance, nous pouvons faire le constat que l’innovation a atteint un palier d’efficacité, une innovation de plus ou de moins ne fera pas la différence. Il convient donc d’ouvrir le dialogue pour en faire profiter le plus grand nombre et ne pas verser dans la collapsologie ou rejoindre les rangs des techno-réfractaires (Il est urgent de réfléchir aux fondamentaux d’une nouvelle société numérique). Car non, la quatrième révolution industrielle induite par le numérique ne se limite pas à l’industrie, elle touche aussi les différents aspects de notre société : l’agriculture, les médias, l’éducation, la santé, l’environnement…

Au cours des précédentes éditions de VivaTech, j’avais remarqué que les grands acteurs économiques présents ne savaient pas trop pourquoi ils étaient là (Les innovations technologiques en quête de sens en 2017 et Les grandes entreprises françaises en quête de crédibilité numérique à VivaTech en 2018). Pour l’édition 2019, j’ai eu la nette impression qu’au cours des deux dernières années, ces mêmes entreprises ont affiné leur vision / ambitions et se sont mises en ordre de marche pour participer activement à la révolution numérique. La transformation digitale des grandes entreprises participe-t-elle réellement à l’amélioration de notre quotidien ? Figurez-vous que oui, les deux sont liées, et c’est le second grand enseignement de l’étude de McKinsey :

L’étude rentre même plus en détails dans le potentiel impact positif des NTIC, avec une primeur pour l’intelligence artificielle, la robotisation et les plateformes numériques :

Oui je sais, une étude menée par McKinsey parlant de l’impact positif pour l’humanité de l’accélération numérique des grandes entreprises semble bien loin de la réalité des Gilets Jaunes. Soit, mais plutôt que de verser dans la démagogie (« Salauds de patrons ! Enfoirés d’actionnaires ! Méchants GAFA !« ), je vous propose de découvrir les vivions et projets concrets des grands acteurs économiques présents à VivaTech.

Des techs for good aux better techs

Cela fait plusieurs année que l’on nous rabâche les oreilles avec les Techs for Good, une espèce de mantra utopiste sur le rôle des technologies numériques dans l’amélioration du bien-être. De façon plus subtile que cette vision « bisounours », j’ai été grandement impressionné par le discours d’ouverture de Ginni Rometty, la CEO d’IBM sur l’innovation positive. Personne ne peut nier l’impact positif du progrès technologiques : en 200 ans, la richesse globale a été multipliée par 23, tandis que l’espérance de vie a progressé de 245% et que la durée hebdomadaire moyenne du travail a baissé de 49% (statistiques issues de l’étude de McKinsey). Mais nous arrivons à un point d’inflexion où la recherche du profit maximum devient néfaste pour l’humanité. Les entreprises doivent s’interroger sur le rôle qu’elles peuvent jouer dans l’écosystème. Partant du principe que les technologies ou l’innovation ne vont engendrer aucune amélioration par elles-mêmes, il est de la responsabilité des différents acteurs économiques, politiques et sociaux de mettre les technologies et innovations au service du progrès.

Selon cette approche better tech, IBM a monté différents projets dont Food Trust dans le domaine alimentaire (Carrefour rejoint la blockchain IBM Food Trust, chargée d’assurer la traçabilité des produits) et Diversity Faces pour lutter contre les biais cognitifs des IA (IBM releases Diversity in Faces, a dataset of over 1 million annotations to help reduce facial recognition bias).

Différents autres sujets ont également été abordés lors de cette intervention, en résonance avec des articles déjà publiés sur ce blog :

Outre cette intervention très pertinente de la patronne d’IBM, d’autres sociétés s’illustrent dans cette mouvance better tech comme Orange qui apporte des services bancaires à des dizaines de millions de personnes en Afrique : Orange Money célèbre une décennie d’innovation financière en Afrique et confirme sa position d’acteur majeur du mobile money.

De même, je retiens également La Poste et ces nombreux projets liés à l’amélioration du quotidien des citoyens :

Vous constaterez qu’ils sont sur tous les fronts : handicap, dépendance, écologie, inclusion numérique… Sur ce dernier thème, vous noterez également l’ouverture de l’École des Nouvelles Compétences par la SNCF (en partenariat avec Wild Code School), une initiative qui s’inscrit dans une démarche de revitalisation de quartiers prioritaires : La SNCF s’engage dans un projet d’inclusion sociale en Seine-Saint-Denis.

De nombreuses initiatives au service des citoyens, parmi tant d’autres que je n’ai pas eu le temps d’explorer. Je vous propose maintenant de revenir sur l’approche Smart at scale d’IBM et de voir comment les autres géants du numérique aborde le sujet de l’IA.

Du Go to Cloud au Go to AI

Ces dernières années, le monde de l’informatique est en pleine mutation avec le basculement des infrastructures informatiques dans les data centers et le paradigme de la conteneurisation des applications. Pour aider les entreprises à accélérer la mutation de leur système d’information, les grands prestataires ont développé des offres dites de « Go to cloud » (c’est d’ailleurs la spécialité de Red Hat qui a été racheté l’année dernière par IBM pour une somme record de près de 34 Mds de $). Par analogie avec ces offres, les géants du numérique proposent tous maintenant tous des offres pour simplifier l’accès aux solutions exploitant l’intelligence artificielle (que ce soit pour faire de l’automation ou du machine learning).

Le pionnier en la matière est Google, qui proposait déjà des outils entièrement graphiques dès le début de l’année dernière (Google’s AutoML lets you train custom machine learning models without having to code) une offre complète a été lancée récemment (Google launches an end-to-end AI platform), de même que chez Microsoft avec une offre centrée sur la simplicité d’utilisation (Microsoft launches a drag-and-drop machine learning tool).

Partant du principe que l’IA est omniprésente (Intelligence artificielle et machine learning s’installent durablement dans notre quotidien), que l’on ne peut plus réellement parler d’innovation, mais plutôt d’outils informatiques exploitant l’IA, voir d’outils de productivité, l’objectif de ces offres est d’abaisser les barrières à l’entée et de grandement simplifier l’accès à l’intelligence artificielle pour le plus grand nombre de sociétés ou organisations. C’est ce que j’appelle le « Go to AI ».

J’ai eu l’occasion de discuter longuement avec Stephan Hadinger, le responsable de l’activité AWS chez Amazon. Ils proposent depuis peu une offre d’intelligence artificielle en libre service (SageMaker) qui met à disposition des entreprises un ensemble de 18 algorithmes prêts à l’emploi (reconnaissance visuelle / sonore, traitement naturel du langage, traduction, analyse sémantique…). Par défaut, les modèles sont vierges, prêts à être entrainés grâce aux données de l’entreprise (ou grâce à un bibliothèque de données publiques baptisée fort justement Public Data Set) ; sinon, les entreprises peuvent choisir de démarrer avec des modèles pré-entrainés grâce aux données fournies par Amazon (une façon d’accélérer le déploiement et la mise en oeuvre).

Cette offre entièrement hébergée sur les serveurs de Amazon est facturée à l’usage (à la puissance de calcul consommée), tandis que les formations et les ateliers d’idéation pour identifier les cas d’usages sont proposés gracieusement. En revanche, le travaille fastidieux de préparation des données (« data prep » dans leur jargon) est facturé en fonction du volume, mais permet encore une fois de se lancer sans disposer d’experts ou de data analyst en interne.

De nombreux clients exploitent déjà cette offre (Airbus, Veolia, Soitech, Aramis Auto…) qui a été enrichie récemment d’une marketplace regroupant des éditeurs tiers d’algorithmes ou services complémentaires. Pour le moment, la seule déclinaison verticale est un service clé-en-main d’analyse des conversations dans le domaine de la santé (« Comprenhend Health« ).

Enfin il existe un outil (SageMaker Neo) permettant d’optimiser le poids du modèle du traitement pour pouvoir l’embarquer dans un objet connecté (ex : un véhicule autonome) et faire de l’edge AI.

Microsoft est également actif dans cette approche « Go to AI » avec un ensemble de services disponibles sur leur plateforme Azure. Le AI Lab propose ainsi des outils simples d’accès pour faire du « knowledge mining », c’est à dire de l’analyse de grands volumes de données non-structurées (ex : éparpillées dans différentes documents). Il y a même un tutoriel très sympa pour se faire la main à travers une enquête documentaire sur l’affaire JFK.

Sinon, Microsoft est très impliqué dans la montée en compétences avec notamment un MOOC réalisé en partenariat avec l’INSEAD (AI Business School) qui propose une dizaine d’heures de cours sur l’intelligence artificielle exploitée dans un contexte d’affaires. Un parcours plutôt décevant si vous vous intéressez déjà au sujet, mais qui peut être intéressant pour les néophytes, et encore plus pour les sceptiques (et il y en a quelques-uns). Signalons également une initiative plus vaste orientée better tech mais dont je n’ai pas trop compris quelle était l’action concrète : AI for Good.

Mais la grosse annonce de Microsoft dans le domaine était cette nouvelle offre dédiée à l’automatisation des traitements manuels (Autonomous Systems) qui se présente sous la forme d’un service clé-en-main reposant non pas sur des développements spécifiques, mais sur de l’assemblage de briques technologiques et solutions existantes. Un moyen d’abaisser les barrières à l’entrée et plus précisément les coûts et délais de mise en oeuvre.

J’ai déjà publié de nombreux articles à ce sujet, et je persiste : l’intelligence artificielle n’est pas la technologie révolutionnaire que l’on décrit dans les médias généralistes, c’est tout simplement un outil informatique supplémentaire nous permettant de faire évoluer notre façon de travailler et de gagner en efficacité. Dis comme ça, ça semble simple, mais ne vous y trompez pas : les gains de productivité réels ne pourront être assurés qu’avec une mise en oeuvre rapide et pragmatique pour ne pas consommer les ressources censées être économisées. D’où l’intérêt de ces offres de « Go to AI ».

Du marketing personnalisé à la production personnalisée

Dans un tout autre domaine, LVMH a encore une fois ravi les visiteurs avec un superbe stand et de nombreux prototypes présentés par les différentes maisons du groupe. En revanche, c’est très clairement du côté du stand L’Oréal qui faillait aller trainer pour voir des initiatives réellement novatrices.

Cela fait plus de 20 ans que l’on nous parle de marketing 1to1. Les pratiques de personnalisation du marketing (donc des messages et offres) ont néanmoins connu une accélération ces dernières années avec l’abondance de données et la montée en puissance de certaines catégories d’outils (cf. De l’inévitable rapprochement entre marketing et technologie publié en 2016 et L’avènement du marketing augmenté publié l’année suivante). Dans le secteur de la beauté, la seule donnée qui compte réellement est celle qui concerne la peau ou les cheveux des client(e)s. Problème : cette donnée n’est pas simple à capter à grande échelle. L’approche présentée par L’Oréal est donc de fournir un ensemble de dispositifs pour identifier les types de peau / cheveux, soit à l’aide de cabines très sophistiquées installées en point de vente, soit à l’aide de miroirs connectés intégrant des capteurs, soit à l’aide d’applications mobiles.

Une fois ces données captées, il est alors possible de formuler des offres et de fabriquer des produits spécifiquement adaptés aux caractéristiques ou problématiques des client(e)s. Pour y parvenir, plusieurs moyens technologiques étaient présentés : imprimantes 3D et surtout nano-usines équipées d’unités de production automatisées pour pouvoir assurer des toutes petites séries dans des ordres de coûts raisonnables.

Cette individualisation de l’offre avec une production locale se situe donc à l’opposé de la logique de marketing / production de masse du siècle dernier. Un authentique repositionnement stratégique pour L’Oréal qui cherche visiblement à monter en gamme en travaillant notamment sur la valeur perçue de son offre : plus elle est personnalisée, plus elle est rare, plus elle est élevée. L’intérêt de ces unités de micro-production est d’aller au-delà de la personnalisation de masse et de faire réellement de la production individualisée. Une approche très intéressante pour relever les marges et pour limiter la consommation de ressources (lutter contre la sur-consommation de produits de beauté low-cost).

Des smart cities à la smart society

Dernier sujet, et pas des moindres, la 5G. Oui je sais, ça fait des mois que l’on vous bassine avec la « révolution de la 5G », le « saut quantique » rendu possible par d’incroyables innovations et les indénombrables opportunités offertes par une nouvelle génération de services en ligne. Sauf que… si vous êtes comme moi, la 4G vous va très bien et vous ne comprenez pas en quoi sont révolutionnaires tous ces services qui sont déjà accessibles à travers des technologies pré-existantes, notamment le WiFi 5 alliant très haut débit et faible latence, ou des protocoles comme LoRa ou Sigfox pour faire communiquer entre eux les objets connectés et capteurs passifs. L’édition 2019 de VivaTech était justement l’occasion pour moi de poser toutes ces questions et d’avoir accès aux experts capables de « vendre » la 5G sans tomber dans les banalités qu’on nous ressort depuis des mois, voir des années (pour mémoire, j’avais publié un article sur le sujet en 2017 : Enjeux et usages de la 5G).

Nous vivons, dans un quotidien numérique. Ça, vous l’aviez déjà remarqué. L’accès à tous ces contenus et services numériques ne peut se faire que grâce à une connexion permanente, fiable et performante (ce que propose actuellement la 4G). Avec une connexion encore plus fiable et encore plus performante, ce sont de nombreux autres services et usages qui sont potentiellement rendus possibles. En fait, à chaque nouvelle génération de téléphonie mobile nous franchissons un palier. Pour bien mesurer le potentiel disruptif de la 5G, essayez de vous remémorer tout ce que vous ont apporté les anciennes nouvelles générations : l’email pour la 2G, l’accès aux sites web et applications pour la 3G, la vidéo en ligne et les jeux en réseau pour la 4G. À chaque nouvelle génération correspondent des usages que l’on avait pas forcément réclamés à l’époque, mais qui nous semblent indispensables maintenant. Pour la 5G, c’est la même chose : il ne s’agit pas simplement d’offrir une meilleure bande passante, mais de réunir les conditions technologiques nécessaires au déploiement de nouveaux services et usages dont nous avons encore du mal à appréhender la valeur ajoutée (5G: if you build it, we will fill it).

Je pense ne pas me tromper en disant que l’industriel le plus actif dans le domaine de la 5G est Huawei. Si cette société chinoise est en ce moment en pleine tourmente (Trump décrète l’urgence nationale et bannit Huawei), c’est qu’elle dispose d’un réel savoir-faire technologique qui fait peur à l’administration US. Il faut dire qu’ils ont investi énormément de ressources pour acquérir un réel leadership sur la 5G et qu’ils bénéficient surtout du soutien de Gouvernement chinois qui a décidé d’en faire le point d’orgue de leur conflit économico-diplomatique avec les USA. Même si l’annonce récente de Donald Trump d’interdir les équipements télécom de fournisseurs jugés à risque, Huawei peut toujours s’appuyer sur son gigantesque marché intérieur et l’ambition très forte du Gouvernement pour pouvoir atteindre rapidement la taille critique leur permettant de proposer les meilleurs équipements au meilleur prix (China sets 40-city national 5G rollout for October 1). Je précise que je ne suis pas un expert du secteur des télécom, mais je constate simplement que la règle est la même que dans le football : c’est celui qui a le plus gros budget qui gagne (il n’y a pas de mystère).

Pour votre information, Huawei ce sont des dizaines de milliers de chercheurs en Chine, mais également un centre de R&D à Paris qui emploie une centaine de personnes travaillant dans différents domaines (5G, 6G, IA…). Si les premières offres estampillées « 5G » sont si longues à être mises sur le marché, c’est qu’elles mobilisent un écosystème très dense d’équipementiers, intégrateurs, opérateurs, fabricants de smartphones… Le problème est que ce que nous appelons communément « 5G » n’est pas une technologie, c’est une norme correspondant à des pré-requis. Pour la 4G, le pré-requis était grosso-modo d’offrir du haut-débit en situation de mobilité. Pour la 5G, l’ambition est plus forte, et elle est surtout multiple :

  • fournir du très haut débit en situation de mobilité (« Enhanced Brodband« , eMBB) ;
  • réduire les temps de latence à moins de 1 ms (« Ultra-reliable and low latency communications », uRLLC) ;
  • garantir une stabilité et une disponibilité pour les objets connectés (« Massive machine type communications« , mMTC).

À chacun de ces pré-requis correspondent des bandes de fréquence qu’il va falloir octroyer et libérer. Il va donc y avoir un déploiement en plusieurs phases : 2020 pour le eMBB, 2021 pour le uRLLC et 2022 pour le mMTC. Avons-nous réellement besoin d’une telle augmentation de bande passante et d’un temps de latence aussi faible ? Oui tout à fait, ne serait-ce que pour la vidéo qui fait exploser le trafic (les volumes de données doublent tous les ans) et pour les nombreux jeux en ligne (ex : Fortnite, PUBG…). Et là, nous ne parlons que des besoins des particuliers. Si l’on prend en compte les utilisateurs professionnels ou les industriels, les attentes sont encore plus fortes.

J’insiste sur ce dernier point, car il est crucial : à travers le prisme des utilisateurs particuliers, il n’y a effectivement pas réellement d’urgence à déployer la 5G. En revanche, si l’on tient compte de tous les usages en entreprise (big data), dans l’industrie (edge computing), dans l’agriculture (capteurs connectés), dans les transports (véhicules autonomes) pour les collectivités (smart cities)… on comprend mieux les enjeux, et surtout les raisons qui poussent Donald Trump à se lancer dans une grande partie de bluff avec la Chine !

Au final, le déploiement progressif de la 5G va avoir un impact bien plus important qu’on ne le pense : en connectant de façon fiable et performante l’ensemble des acteurs de notre quotidien (personnes, véhicules, objets…), la 5G va redéfinir les médias, la distribution, l’éducation, la santé, les transports, l’industrie, l’agriculture, l’énergie… Ces changements sont généralement décrits dans le cadre des villes intelligentes (« smart city« ), mais vous conviendrez que ce terme générique ne retranscrit pas forcément bien l’ampleur des transformations à venir. Voilà pourquoi je préfère parler de « smart society« . C’est d’ailleurs une ambition partagé par d’autres acteurs comme EDF qui disposait d’une présence massive sur le salon avec des tonnes d’innovation au service des individus et des territoires (santé augmentée, entreprises connectées, travail 4.0…) à découvrir dans ce compte-rendu : VivaTech, EDF s’entoure de 40 start-ups pour inventer l’avenir électrique.

Ce que vous devez retenir de tout ça, c’est que la transformation numérique touchant les individus, les entreprises, les industries… elle va entrainer une refondation de notre société dans son ensemble. Voilà pourquoi un événement comme VivaTech a son importante : car il nous fait prendre conscience de l’ampleur des enjeux du numérique et du travail qu’il reste à accomplir pour pleinement profiter d’un quotidien où devront cohabiter humains, robots et intelligences artificielles. Les Japonais ont déjà initié une réflexion de grande ampleur avec le plan Society 5.0, j’attends avec impatience que l’on puisse initier une réflexion similaire à l’échelle de notre pays, voir à celle de l’Union Européenne. Mais pour cela, il faudrait définitivement tourner la page du XXe siècle et nous projeter dans l’avenir.

2 commentaires sur “VivaTech 2019 : l’innovation au service de la quatrième révolution industrielle et du mieux vivre

  1. Bonjour. Je me permets de vous signaler une petite erreur dans votre article : l’école des nouvelles compétences est développée par SNCF développement et Wild Code School(wildcodeschool.fr) et non Simplon.

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